Comment une prof est devenue entrepreneure du web

Il y a quelques mois j’ai croisé le chemin de Julie Kuhn. Lectrice du blog, elle m’adresse un message bourré d’enthousiasme, d’idées et de points d’exclamation. Une de ces filles qui arrive à se rendre sympathique par SMS…suffisamment, en tous cas, pour me donner très envie de la rencontrer. Son parcours donnera à méditer aux enseignants que la pause estivale pousse à s’interroger sur leur métier ou sont régulièrement démangés par l’idée de faire autre chose. Oui mais quoi?

Professeure des écoles, Julie a commencé à enseigner il y a une dizaine d’années, en Allemagne. Elle s’investit beaucoup dans la « pédagogie de projet« , à l’instar de ses collègues. « Les enfants étaient très autonomes, habitués à collaborer, en utilisant l’espace comme bon leur semble ». Enthousiasmée par son expérience à l’étranger, elle revient en France, et retrouve un poste à Paris. « J’y ai trouvé un enseignement très vertical et très traditionnel. Bien sûr la pédagogie de projet existe, mais pas suffisamment à mon sens. La parole du prof reste au centre de l’action pédagogique, et moins celle de l »élève ». Elle a l’idée d’utiliser sa tablette en classe: « c’est un aimant à enfants », constate-t-elle. Via les tablettes, Julie Kuhn développe une pédagogie ludique, ce qu’on appelle la « gamification » (sur ce vaste chapitre, je vous recommande l’excellent blog de Jordan Shapiro sur Forbes). « C’est un outil de stimulation hors pair: on avance dans le jeu en atteignant des niveaux de plus en plus difficiles et on accumule les récompenses. Cela marche très bien pour les tables de multiplication par exemple ». La pédagogie développée via certaines applications pédagogiques adopte de fait les codes du jeu video: l’apprentissage emprunte ainsi le chemin qui va de l’obstacle à la gratification pour l’effort fourni. Depuis,  les applis disponibles sur tablettes ou smartphones se sont largement développées mais restent mal connues des parents (nous parlons bien sûr ici de parents de milieux plutôt favorisés et ultra connectés).

C’est le déclic. Se sentant de moins en moins en phase avec son environnement professionnel, Julie Kuhn décide de quitter l’Education nationale et de lancer son site. « Super Julie » -puisque c’est son nom-  voit le jour à la rentrée 2013. Le principe est tout simple: proposer une sélection éclairée des meilleures applis pédagogiques pour enfants, selon les classes et les disciplines. L’enseignante apporte ainsi son expérience et son savoir-faire aux parents intéressés par ce type d’adjuvant. Le site reste gratuit pour les utilisateurs. Sa conceptrice se rémunère via le système des affiliations (7% du montant d’un téléchargement). « Mon objectif est de devenir la référente des applis pour les parents et pour les profs. J’aimerais à terme identifier un label pour identifier les bonnes applis », ambitionne la jeune femme. Elle vise aussi un développement à l’international, aux Etats-Unis et au Canada, où dit-elle, les taux de téléchargement des applis pour enfants explosent.

Une belle rencontre donc qui m’inspire deux réflexions:

– Bien que liée à une trajectoire et une histoire très personnelle, l’initiative de cette enseignante montre que les compétences enseignantes sont aujourd’hui précieuses. Les éditeurs d’applis ou de logiciels n’ont pas cette capacité et cette crédibilité dans la recommandation. Ce qui est monétisable ici c’est l’expertise pédagogique.

– Le bouillonnement autour des « edtech » (les technologies appliquées à l’éducation) produisent les mêmes besoins et les mêmes effets que dans les médias: l’expertise, l’influence et la recommandation sont aujourd’hui des valeurs en soi pour aider l’internaute à hiérarchiser et à s’orienter dans l’offre d’information….ou de formation.

J’en ajoute une autre : la pédagogie de projet ne se résume pas, évidemment, aux tablettes. L’intérêt de cette histoire n’est pas tant la technologie ou la pédagogie utilisées, mais la capacité pour un enseignant à valoriser son expertise grâce aux opportunités du web.

 

 

 

 

 

 

 

Be Sociable, Share!

5 réflexions au sujet de « Comment une prof est devenue entrepreneure du web »

  1. Ping : Comment une prof est devenue entrepreneure du web - actualites.buzz | actualites.buzz

  2. C’est l’alliance parfaite entre le savoir-faire pédagogique et l’univers des applis.
    Elle est « super » Julie, car elle a vraiment trouvé le bon moyen de monétiser son expertise, en proposant un service à forte valeur ajoutée.
    On ne peut que saluer cette excellente initiative, contenu de la myriade d’applications ludo-éducatives !

  3. Elle est super Julie. Mais le problème de la France est qu’on a fait croire que la pédagogie projet est magique!! Aussi, on n’enseigne plus les mécanismes cognitifs de l’apprentissage de la lecture, ni les mécanismes cognitifs de l’apprentissage de la lecture. Or comprendre les mécanismes de la lecture c’est fondamental pour être capable d’aider les enfants à « besoin particulier » à apprendre à lire. On apprend moins à acquérir des techniques de mémorisation ce qui en plus a des biais sociaux.
    Ce gens de truc c’est sympa, mais c’est efficace quand l’enseignant maîtrise les fondamentaux de l’enseignement et à cause de l’effet Hawthorne.
    C’est la dernière chose à imposer pour améliorer l’enseignement en France.

  4. Ping : Comment une prof est devenue entrepreneure du web | quoi de neuf

  5. Bravo à Super Julie, j’aurai aimé connaitre ce site plus tôt…
    Dans le meme but d’utiliser les nouveaux outils pour ‘transmettre’, éveiller, amuser mais à destination des plus grands…
    Qrious2know
    Vous connaissez des jeunes hyper-connectés, curieux, avides de découvrir le monde mais qui devant la profusion de vidéos ont du mal à trouver du contenu informatif, créatif, explicatif sans être pour autant ennuyant ?
    Qrious2know (Facebook, You Tube + blog) propose une sélection/curation de courtes vidéos sur des sujets éclectiques (Actualités, Citoyenneté, Histoire, Economie, Monde, Arts) à destination des jeunes (14 ans et +).
    GRATUIT / Sans pub.
    Un bon moyen pour apprendre sans ennui, pour élargir sa culture générale, pour satisfaire sa curiosité du monde …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *