« Pimprenelle » ou « Peronnelle »: assez de clichés sur les femmes politiques

C’est une information bien calibrée pour le « buzz » : selon L’Opinion, François Hollande, affublerait en privé sa ministre de l’Education du surnom de « Pimprenelle », allusion au personnage féminin et à l’atmosphère léthargique de « Bonne nuit les petits ». La référence, gentillette, fait sourire…sauf qu’il en existe une version beaucoup plus acide. Le surnom de Najat Vallaud Belkacem à l’Elysée ne serait pas « Pimprenelle » mais « péronnelle », un terme qui selon le Larousse désigne une femme « bavarde et sotte ». Un terme bien entendu sans équivalent masculin.

Machisme rhétorique

Impossible à vérifier, cette supposée méchanceté présidentielle pose problème et mérite d’être relevée, quelle que soit l’appréciation portée sur l’action ou le style de la ministre. Ce n’est pas le sujet. Comme l’emploi du prénom pour les seules femmes politiques, le surnom grinçant voire l’assimilation à des animaux de bassecour – souvenons-vous de ce député UMP, Philippe Le Ray caquetant pour moquer sa collège Véronique Massonneau – est une pratique qui visiblement perdure, y compris au sommet de l’Etat. A coup de petites phrases et d’indiscrétions, l’affichage d’un gouvernement paritaire, progressiste, ouvert à une nouvelle génération de femmes jeunes  et ambitieuses, prend un sacré coup dans l’aile. Parité affichée mais machisme rhétorique, progressisme revendiqué mais vocabulaire rétrograde et sexiste.

Pour illustrer ce paradoxe, le documentaire d’Yves Jeuland « Un temps de président », livre plusieurs scènes très explicites sur l’atmosphère bien masculine de l’Elysée. Ce film qui ne met en scène que des hommes essentiellement préoccupés des retombées médiatiques de leur action, livre une séquence glaçante entre le président, la ministre de la Culture Fleur Pellerin fraichement nommée, et Manuel Valls. Encadrée par deux hommes, la jeune femme reçoit avec le sourire les recommandations condescendantes du président et de son Premier ministre : « Vois Jack, il a des idées » « Va au spectacle »…. La scène ne montre pas les bonnes blagues que se sont peut-être échangé les deux hommes après cette discussion, ou le délicieux surnom dont est désormais affublée Fleur Pellerin. Pimprenelle? Péronnelle?

 

NB: Sur ce sujet, nous avons co-écrit avec Louise Tourret une enquête sur les nouvelles formes d’exercice de la maternité en politique et au travail. « Mères, libérez-vou!s », Plon, 2014.

Comment le ministère compte revoir l’évaluation en maternelle

Qui se souvient de la polémique sur le « fichage » des enfants de maternelle? En 2011, un document de travail estampillé « direction générale de l’enseignement scolaire » est communiqué à la presse. Il prévoit un protocole d’évaluation des enfants en fin d’école maternelle, notamment pour repérer les élèves en difficulté dans l’acquisition des bases de la lecture. Devant le tollé provoqué par l’information, le directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Michel Blanquer est fermement pris à partie, et sommé d’expliquer qu’il ne s’agissait que d’un « outil à disposition des maîtres, destiné à les aider dans un travail que, par ailleurs, ils font déjà : repérer des difficultés pour y répondre au plus tôt ». Le projet, dans sa forme initiale, est alors abandonné.

Une évaluation obligatoire mais un format libre

Quatre ans plus tard, la question de l’évaluation des enfants de maternelle est de nouveau posée. Selon un document interne de la direction générale de l’enseignement scolaire auquel nous avons eu accès, le ministère entend revoir ses modalités. « Il est nécessaire que les enseignants du cycle des apprentissages premiers puissent transmettre aux enseignants du cycle suivant un état des acquis de leurs élèves à l’issue de la scolarité obligatoire« , justifie-t-on.  Ce suivi des acquis, obligatoire, « doit permettre d’identifier des points d’alerte et de repérer des difficultés spécifiques, sans bien sûr établir de diagnostic« , est-il précisé. Pour cela, l’enseignant devra remplir un « carnet de suivi des apprentissages« , qui remplace le livret d’évaluation en vigueur aujourd’hui.

La direction de l’enseignement scolaire laisse ouverte la forme que peut prendre ce carnet de suivi tout en signalant bien son caractère obligatoire: « La tenue du carnet de suivi est obligatoire mais le format du document est laissé à l’appréciation des enseignants », insiste-t-on. Le ministère avance tout de même quelques suggestions: « pour garder trace du parcours d’apprentissage de chaque élève et le valoriser aux yeux de l’enfant et de ses parents, les enseignants collectent des productions, des témoignages de réussite sous forme de photographies prises au cours d’activités, de dessins, d’écrits, d’enregistrements, etc. »

Une évaluation mal assumée?

Une synthèse des acquis scolaires de chaque enfant de maternelle est également prévue, à la fin de l’année de grande section. Cette synthèse s’appuie sur un document national, réalisé pour faciliter la communication des ces éléments pédagogiques « quels que soient la commune, le département ou l’académie dans lesquels se situent l’école« . Cette synthèse, qui ne « donne pas lieu à la passation préalable d’épreuves spécifiques » relève de la « responsabilité de l’équipe pédagogique« . Le ministère insiste enfin sur la communication du carnet aux parents -au moins deux fois par an-, précisant : « On sera particulièrement attentif aux modalités de transmission de ce carnet aux familles peu familières de l’écrit« .

Dans une formule étrange, la Dgesco souligne toutefois que le « temps de l’évaluation en maternelle ne saurait se substituer à celui de l’enseignement« . Un peu comme si l’évaluation des enfants dès la maternelle et le repérage des difficultés n’étaient pas pleinement assumés à ce stade de la scolarité. La maternelle ne fait d’ailleurs pas partie de la réforme de l’évaluation, la semaine dernière par Najat Vallaud Belkacem.

Edit 1: Vous pouvez réécouter la chronique d’actualité de Rue des écoles, sur France Culture, qui revient sur cette information.

Edit 2: Sur Twitter, Jean-Michel Blanquer a sobrement commenté:  « C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt »