Les palmarès des lycées ou une forme ancienne de disruption de l’éducation

Pourquoi publier un palmarès des lycées ? Quel rôle un media joue-t-il en proposant de classer l’offre de formation du secondaire en fonction de la capacité des établissements à faire réussir les élèves ? L’exercice n’est pas neuf et depuis une dizaine d’années, le nombre de publications se prêtant à l’exercice s’est considérablement étoffé. L’Etudiant a été l’un des premiers à proposer ce type de traitement éditorial consistant à classer des données du ministère de l’Education nationale. Une approche qui a pu, à plusieurs reprises, susciter la polémique. Car l’idée de classement heurte de plein fouet trois croyances de l’école républicaine: l’égal accès de tous à une même offre de formation, du moins jusqu’au bac, l’absence de concurrence entre établissements, et le choix d’un établissement scolaire en fonction de la proximité géographique.

Ca c’était avant. La réception de cette forme journalistique a considérablement évolué au fil des années, au point de s’imposer comme l’un des marronniers de l’année. Le potentiel polémique de ces classements est ainsi aujourd’hui en partie désamorcé et ce pour plusieurs raisons. Cela tient en premier lieu à la campagne de communication du ministère et de son service statistique, la Depp, à la manœuvre, pour la publication des données. Le ministère donne accès aux medias qui le réclament aux indicateurs de « valeur ajoutée » des établissements, c’est-à-dire un taux de réussite au baccalauréat pondéré par l’origine sociale et scolaire des élèves. Le service statistique insiste bien sur ce point, qui permet de relativiser les seuls taux de réussite au baccalauréat et de mettre en lumière la capacité à faire réussir les élèves hors des grands lycées de centre-ville.

La seconde raison d’une réception plus apaisée de ces classements est liée à internet et aux nouveaux modes de consommation. Trouver la bonne information au bon moment, comparer avant de se lancer, s’informer pour faire les bons choix préexistent désormais aux décisions, des plus quotidiennes aux plus engageantes: se soigner, se loger, s’informer et bien sûr, se former. L’offre d’éducation de ce point de vue n’échappe pas à cette forme de disruption. La demande des parents a accompagné cette évolution et, comme pour les « news », la multiplication et l’éclatement des informations disponibles sur l’orientation et les cursus scolaires a paradoxalement rendu plus forte encore la demande d’une information de qualité, vérifiée, et directement utile pour les familles.

Troisième raison de cette moindre intensité polémique : la fin d’un certain nombre de mythes autour de notre système éducatif. La montée en puissance et l’implication des collectivités, la publication de comparaisons internationales comme Pisa, les programmes d’égalité des chances qui se sont développé dans les années 2000 et le succès de l’enseignement privé ont peu à peu imposé l’idée d’une éducation à plusieurs visages, et parfois à plusieurs vitesses. Que l’on soit dans un grand lycée de centre-ville ou dans un petit établissement rural, dans une ZEP ou dans un établissement élitiste, l’offre de formation n’est pas tout à fait la même et s’adapte au public accueilli et aux caractéristiques propres à l’établissement. D’une certaine manière, la décision du ministère d’exploiter des « IVAL » ou indicateurs de valeur ajoutée est une façon de prendre acte de cette réalité et de mettre en valeur le vrai pouvoir des pédagogues : faire réussir tous les élèves, quel que soit leur environnement.

NB: Vous pouvez retrouver dès demain en ligne sur letudiant.fr notre palmarès 2016 des lycées.

 

 

2 réflexions au sujet de « Les palmarès des lycées ou une forme ancienne de disruption de l’éducation »

  1. Le classement des lycées met, en effet, en évidence, bien des inégalités véhiculées (renforcées?) par le « système scolaire » français. Une première série d’inégalités n’est que rarement signalée, celle du fonctionnement des écoles primaires qui relève des communes. Qu’y a-t-il de commun entre une école du XVe arrondissement de Paris et l’école à 5 classes réparties sur deux sites dans deux petites communes rurales? La comparaison des coûts de financement rapportés à l’élève serait édifiant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>