Numérique à l’école : la révolution « Efran » en marche

Quelque chose est en train de bouger dans l’Education nationale. Ce n’est ni une réforme, ni un mouvement enseignant, encore moins un nouveau locataire Rue de Grenelle. C’est une initiative encore discrète mais qui pourrait bien modifier la manière de conduire l’action publique en éducation. Le sujet, voire le prétexte de cette transformation, est le numérique et son impact sur les modes d’apprentissage des élèves, au cœur de l’appel à projets EFRAN. Doté de 30 millions d’euros, pris sur les investissements d’avenir, «  EFRAN » a pour objectif de rapprocher le monde de la recherche, les collectivités qui financent les équipements, les start up de la « edtech » et l’Education nationale. Autant dire des mondes qui aujourd’hui évoluent de manière parfaitement parallèle, avec des agendas et des modes de collaboration quasi inconciliables.

Une logique « bottom up »

Si tous les regards sont aujourd’hui tournés vers le plan numérique, poussé par l’arsenal de communication du ministère, Efran avance une proposition et un mode opératoire beaucoup plus neufs dans l’Education nationale : valoriser des dynamiques territoriales dans une logique « bottom up » et évaluer, de façon scientifique, l’impact réel des technologies éducatives.

Le jury, dont je fais partie, se réunit ces jours-ci pour examiner les dossiers déposés pour la deuxième vague de l’appel à projets. Les initiatives présentées explorent différentes possibilités offertes par le numérique lorsqu’il s’applique à la pédagogie : learning analytics (problématique des « traces » d’apprentissage laissés par les élèves) , outils facilitant l’évaluation par compétences ou l’éducation inclusive, gamification, apprentissage du code, logiciels favorisant la discussion et la pensée critique, réalité virtuelle…

L’évaluation, condition de l’action publique

Portés par des collectivités, expérimentés dans des écoles, collèges ou lycées, évalués par des équipes de recherche, ces projets reposent le plus souvent sur des partenariats avec des entreprises et des start up de la filière « edtech ». On est ici très loin de l’achat massif de tablettes ou d’ordinateurs portables et de la simple injonction à l’équipement auxquels se résument depuis les années 2000, les plans numériques successifs. « L’objectif d’Efran consistait à essayer de mettre un peu d’ordre méthodologique dans des orientations pilotées quelquefois par des raisons politiques. Il était pour cela important que les acteurs concernés puissent travailler dans des écosystèmes territoriaux. Les financements qui arrivent dans le dispositif éducatif sont ceux des collectivités territoriales, qui financent avec un souci de retour rapide sur investissement et parfois aussi d’impact électoral. Notre position n’est pas celle-là : Efran doit voir apparaître des dispositifs territoriaux efficaces, associant recherche, éducation nationale et entreprises, et qui deviennent des repères pour les politiques publiques futures », souligne Jean-Marc Monteil,ancien recteur et en charge d’une mission intermnistérielle sur le numérique à l’école.

Enfin l’évaluation scientifique et le suivi sur le long terme des projets retenus constituent un axe essentiel d’Efran. C’est sur cette évaluation et sa diffusion auprès du « terrain » que repose la promesse de transformation de l’ensemble du système. Il n’est pas ici question de l’évaluation « couperet » des inspections générales, ou de la seule mesure de performance budgétaire pratiquée par l’Inspection des finances. L’évaluation menée par un comité indépendant devra mesurer l’amélioration des résultats des élèves, la capacité des enseignants à s’emparer des technologies, les modes de gouvernance des projets et leur ancrage territorial. Donc : l’Etat investit de l’argent dans des projets de terrain, portés et élaborés par des acteurs locaux, les évalue avant de les généraliser. Une démarche scientifique, rigoureusement opposée à celle qui a prévalu lors de la mise en place des dernières réformes de l’Education nationale, des rythmes scolaires à la réforme du collège pour ne citer que les plus récentes. Une autre façon de faire de la politique.

 

Une réflexion au sujet de « Numérique à l’école : la révolution « Efran » en marche »

  1. Si l’approche bottom up est un changement dans l’interrogation des pratiques liées à l’usage du numérique, elle souligne aussi fortement la disparité des territoires..
    Si l’action top-down classique témoigne parfois (sic!) d’une déconnexion état/territoires, l’inverse, je le crains, risque aussi de montrer une bien grande hétérogénéité d’approches…
    La question des collectivités est de mon point de vue centrale… (voir par exemple la carte des collèges connectés…)

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