Comment APB a hacké le bac

En ce début d’été, la concomitance de deux polémiques, l’une sur la nécessité de « toiletter le bac », selon les termes de la ministre Najat Vallaud-Belkacem, l’autre sur le « scandale APB » selon les mots de l’économiste Thomas Piketty pointe un paradoxe : la dimension sélective du baccalauréat a peu à peu été entièrement absorbée par le logiciel d’admission dans le supérieur « APB », si bien que le bac est en passe de devenir un objet de dévotion républicaine surannée, en voie de muséification. En témoigne ces quelques mots lâchés par la ministre à la fin d’une interview aux Echos consacrée au budget 2017:

« Il faudra faire un jour le toilettage du bac, avec sans doute moins d’options, moins d’épreuves et un calendrier plus équilibré ».

Autant dire que cette déclaration représente une prise de risque assez proche de zéro puisque depuis une dizaine d’année tous les rapports de la Cour des Comptes, des Inspections générales ou plus récemment de Terra Nova s’accordent sur la diminution du nombre d’option au bac. Ensuite, évoquer une réforme du bac à quelques mois d’une élection présidentielle revient surtout à laisser un dossier « To Do » sur le bureau de son successeur. La ministre prend en outre soin de souligner que cet éventuel toilettage serait à mener « dans quelques années ». Il est donc très étonnant de voir que cette seule déclaration a suffi à exciter les esprits : défenseurs de l’école républicaine, victimes de #college2016, lobbys disciplinaires, hommes politiques déplorant la baisse de niveau générale… Comme si le simple fait d’évoquer une réforme du bac représentait la transgression ultime pour un ministre en exercice, une sorte de crime culturel comparable à une rénovation ratée du Louvre ou au démontage de la Tour Eiffel. Ainsi, à force de repousser cette sacrée réforme du bac, les ministres successifs de Luc Chatel à Xavier Darcos puis à présent Najat Valaud-Belkacem ont allègrement (sans jeu de mot) contribué à sa muséification. Le bac qui connait un taux de réussite record en cette session 2016, est un totem national -ce qu’on savait-, mais il risque de n’être plus que cela, en complet décalage par rapport aux certifications internationales et aux compétences exigées dans un Enseignement supérieur mondialisé.

Briseuse de rêves

Dans le même temps, l’entrée dans le supérieur se joue désormais bien avant le bac, et dans le plus grand secret. Un logiciel, APB, censé organiser et rationnaliser les flux d’entrée dans l’Enseignement supérieur est devenu depuis plusieurs mois la cible de critiques des lycéens et des familles. Opacité, manque de transparence : la machine APB est perçue comme une briseuse de rêves, l’incarnation d’une logique de sélection voire d’un arbitraire de plus en plus mal tolérés par une partie des lycéens…au point qu’un prix Nobel d’économie se mêle de l’affaire et dénonce « l’attitude scandaleuse du gouvernement » et « l’opacité publique » du système.

On est donc à la croisée des chemins : faute d’avoir réformé le bac et repensé le continuum bac +3/bac -3, les gouvernements successifs ont peu à peu délégué le problème de la sélection à l’entrée dans le Supérieur à … une machine. Résultat : le système craque.

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