Carte scolaire : de 2012 à 2016, le revirement de l’Etat

Serpent de mer des politiques éducatives, le débat sur la carte scolaire refait surface, en cette dernière rentrée avant la présidentielle. Une tribune publiée dans le Monde par l’économiste Thomas Piketty pointe à travers une spectaculaire infographie la ségrégation sociale pratiquée dans les collèges parisiens. L’information n’est hélas pas nouvelle : Thomas Piketty en convient, mais il déplore surtout l’inaction du gouvernement socialiste sur ce terrain en pointant une forme de défaite idéologique de la gauche.

La réponse de la ministre de l’Education dans le même quotidien du soir lui donne entièrement raison. En indiquant qu’on ne peut pas imposer la mixité sociale dans les établissements scolaires, la ministre opère un virage à 180 degrés par rapport à toutes les positions affichées par son parti depuis 2012, et notamment François Hollande.

Mars 2012. La carte scolaire fait son entrée dans la campagne du futur président. Devant les parents de la FCPE, François Hollande assure vouloir « revoir le mécanisme de la carte scolaire pour que tous les enfants aient les conditions qui leur permettent de réussir pleinement leur scolarité ». Son staff de campagne décrypte. Pour Bruno Julliard, alors secrétaire national du PS à l’éducation « chaque établissement devra respecter des objectifs de mixité, y compris le privé ». Les principaux et proviseurs seront « responsabilisés »: leurs moyens financiers seront modulés en fonction du parcours scolaire des élèves qu’ils accueillent, pour éviter qu’ils ne retiennent que les meilleurs.

Ca c’était en 2012. Quatre ans plus tard, en assurant que le ministère ne peut imposer de réforme de la carte scolaire, Najat Vallaud-Belkacem acte la défaite de l’Etat sur ce chantier, pourtant l’un des marqueurs forts entre une politique éducative dite de « droite » et de « gauche ». Paradoxalement, le discours tenu rejoint presque mot pour mot celui de l’un de ses prédécesseur, Xavier Darcos, partisan en 2007 de la suppression de la carte scolaire (pour se contenter finalement d’un assouplissement. Seuls les arguments diffèrent : la liberté des familles contre la liberté des territoires.

Au-delà d’un revirement de pensée qui interroge, ce discours pointe une autre évolution : ce ne sont pas les chefs d’établissement ou le ministère qui sont placés au centre du jeu dans l’expérimentation mise en place par la ministre, mais les collectivités. Et ceci montre à quel point le paysage éducatif s’est transformé en moins de 10 ans : l’échelle territoriale est devenue le niveau de référence des politiques scolaires, qu’il s’agisse de la réforme de la carte scolaire, des cartes de formation, de la vie quotidienne des élèves, des bâtiments, du financement du numérique… Et maintenant de l’organisation de la mixité. Certains penseront que l’Etat se défausse de ses responsabilités sur les territoires, d’autres qu’une méthode expérimentale partant du terrain est la seule qui ait une chance de fonctionner. En l’absence de bilan de la réforme de la carte scolaire de Najat Vallaud Belkacem, on ne peut que s’étonner d’un revirement total d’objectif et de discours entre le début et la fin du quinquennat.

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