Numérique à l’école : derrière la com, une filière en ébullition

Plusieurs centaines d' »acteurs du numérique éducatif » réunis sous les ors de la Salle des fêtes de l’Elysée, Audrey Pulvar en maîtresse d’école, une salle des classes du « futur » reconstituée sur scène, des pitchs de profs vantant leurs expériences pédagogiques, l’entraîneur Raymond Domenech et le chanteur Marc Lavoine en « guests » …et un discours de François Hollande en bonus : vendredi, l’Elysée n’a pas lesiné sur le budget com pour mettre en scène l’action du quinquennat en matière de numérique à l’école.

Car c’était bien de cela qu’il s’agissait : communication (les profs ont même été coachés pour l’occasion) et mise en image de l’action publique sur le numérique. Lancé en 2015, le plan numérique à l’école se veut assez ambitieux, malgré la relative modestie des moyens investis….Mais cela n’a pas suffi à faire taire les critiques. Les résultats de l’appel d’offres sur les ressources pédagogiques ont laissé amers bon nombre de start-up qui avaient cru pouvoir mettre un pied dans la forteresse Education nationale. C’était sans compter le lobbying -payant- des éditeurs scolaires traditionnels.Le partenariat signé par le ministère de l’Education nationale avec le géant informatique Microsoft a de même fait grincer des dents, jusqu’au sein du Conseil national du numérique.

41 millions d’euros levés en 2016

En attendant, la France compte aujourd’hui 300 à 350 start-up de la edtech qui pour la plupart peinent à trouver un modèle économique durable, quand d’autres se tournent vers la formation et le marché des entreprises, avec une croissance plus rapide à la clé. Il n’en reste pas moins que cette filière de la french edtech est en pleine phase d’accélération : selon l’étude de Victor Wacrenier, fondateur d’Appscho, en 2015, 8 millions d’euros ont été levés par les start-up de la edtech, contre 41 millions d’euros un an plus tard…Lancé par Marie-Christine Levet, fondatrice de Lycos et pionnière de l’internet, un fond d’investissement dédié, « Educapital », devrait voir le jour en 2017. Enfin un Observatoire français de la Edtech est également en cours de constitution. Deux initiatives évoquées lors de la conférence « Edup » organisée par Educpros le 15 décembre et qui contribueront à la visibilité et donc à la viabilité de cette filière.

Au fond, le seul intérêt d’un raout élyséen comme celui du 16 décembre est de réunir dans un même lieu tous les acteurs du numérique à l’école. L’occasion de constater que depuis les débuts du cartable numérique dans les années 2000, le paysage a clairement changé : plus divers, plus ouvert sur le monde économique, plus politique, il compte aujourd’hui des enseignants -et pas seulement des profs de techno ou des prophètes isolés-, des éditeurs, des start up et pas seulement des éditeurs d’ENT, des institutions, des collectivités, des associations, des media, des influenceurs…En bref tous les ingrédients sont réunis pour concrétiser le « rêve » exprimé avec bonhomie par le Président de la République dans son discours: « faire que tous les enfants puissent avoir accès à des outils numériques », mais surtout transformer la pédagogie, donner à chacun la chance d’apprendre mieux, plus durablement, et de se former tout au long de son parcours, enfin, faire émerger, au niveau mondial, un ou plusieurs champions français du numérique éducatif. Nous en avons vraiment les moyens et c’est le point positif à retenir du goûter de Noël du 16 décembre.

 

François Fillon et le déclin de l’Inspection générale

L’attaque est passée quasi inaperçue. A la manœuvre François Fillon, désigné à une large majorité candidat de la droite et du centre pour l’élection présidentielle. A plusieurs reprises durant l’ultime débat télévisé qui l’oppose à Alain Juppé, l’ancien ministre de l’Education s’en prend à l’Inspection générale, responsable d’une supposée mainmise idéologique sur les programmes.

L’ère de la défiance

En dénonçant une politisation de l’administration, François Fillon fait…de la politique et acte le retour de la droite sur les questions scolaires. L’angle choisi, outre l’uniforme et les 500 000 fonctionnaires en moins, est celui de la pédagogie et des programmes. Mais au-delà de la polémique usée sur l’enseignement de l’histoire et la présence ou non de Clovis Charlemagne et consorts dans les manuels, ce qui frappe ici c’est la mise en accusation publique, dans le cadre d’un débat hypermédiatisée, de l’administration de l’Education nationale. La charge de François Fillon exprime une défiance qui manifestement trouve echo dans l’opinion, vis-à-vis d’un corps qui constituait autrefois le « Saint des Saints » de l’Education nationale, détenteur d’une forme de prestige et d’incontestabilité.

Plus qu’un angle d’attaque politique, cette petite phrase traduit une réalité des politiques publiques aujourd’hui, tout particulièrement vraie dans l’Education nationale : une défiance croissante entre le politique (les cabinets ministériels et les ministres, qui passent) et l’administration (les inspections, les directions, l’administration déconcentrée, qui restent d’une mandature à l’autre). Une administration plus idéologue qu’efficace, rendue responsable de la débâcle de l’école. Ce n’est autre que la thèse de la journaliste politique Carole Barjon, qui dans un livre à succès, accuse nommément des hauts-fonctionnaires responsables de l’assassinat de l’école.

Un gouvernement « caché » de l’école

L’idée qui prévaut à ce diagnostic est celle d’un gouvernement « caché » de l’école par ses instances administratives et son administration, cœur battant de la gauche. Et cela accroche. « Cette assertion est-elle le fruit d’une opinion généralisée ou est-elle là pour conditionner une opinion ? », s’interroge pour sa part Jean-Yves Daniel, doyen honoraire de l’Inspection générale, Nommé par Vincent Peillon, il milite au PS et a largement contribué au programme de la gauche durant la présidentielle de 2012. Il défend pourtant le « devoir de réserve » de l’inspection, son rôle d’évaluation indépendante des politiques mises en œuvres, quand le CSP est lui en charge des contenus des programmes. Et de rappeler qu’il a mis en œuvre à son arrivée une « charte de déontologie » signée par tous les inspecteurs généraux. Soit. Pas de politique donc à l’Inspection générale ? Il n’en reste pas moins qu’une bonne partie des inspecteurs généraux est nommée au « tour extérieur », c’est-à-dire en fonction de critères et de fidélités politiques. Les recasés des cabinets ministériels y attendent tranquillement la prochaine alternance pour reprendre du service.

Quelle que soit l’issue de cette année présidentielle, l’Inspection générale ne tiendra pas longtemps son rôle en réalité intenable d’évaluation totalement dépendante du pouvoir en place. Le système a sans doute fait son temps, et pour ce qui est de l’évaluation des politiques éducatives, la montée en puissance médiatique du Cnesco et des évaluations internationales comme PISA, Pirls ou Timms a de fait réduit l’espace et l’influence de l’Inspection générale.