Education : ce qui a changé en 2016

Quels sont les faits qui ont marqué l’actualité éducative de 2016, au point de changer le quotidien des élèves, des étudiants, des professionnels de l’éducation ? L’exercice n’est pas simple, forcément frustrant à bien des égards, mais à relire l’année qui vient de s’écouler, en ayant pris soin d’évacuer les polémiques médiatico-politiques ou les séquences de com, quelle actions publiques ou décision politiques marqueront durablement l’année en matière éducative ? Le résultat, à mon sens, est plutôt modeste. Quelques décisions fortes se dégagent, qu’on les juge justifiées ou non, et marquent un vrai tournant pour l’école ou l’enseignement supérieur. Revue des mots de l’année en éducation.

SELECTION

Le 4 octobre marque un tournant dans l’Enseignement supérieur : c’est la date de l’accord entre la CPU, les organisations étudiantes et les syndicats, sur la sélection en master. Un accord qualifié d’historique, et à raison, et qui a trouvé sa concrétisation dans une proposition de loi adoptée juste avant Noël. Le 4 octobre signe surtout la fin des ennuis judiciaires pour nombre d’universités, dont les pratiques sélectives avaient été jugées illégales par le Conseil d’Etat en février. Mais au-delà, cet accord montre au grand jour la réalité des universités françaises, autonomes certes, incitées à rivaliser avec les grandes universités mondiales, et officiellement sélectives.

Dans cette affaire, le vocabulaire employé joue un grand rôle et donne malgré tout le sentiment que chacun des acteurs, les universités, les organisations étudiantes, les syndicats de personnels voient dans cet accord ce qu’il a envie d’y voir : « sélection » pour les uns, « droit à la poursuite d’études » pour les autres.

Autre difficulté posée par ce texte : la gestion du droit à la poursuite d’étude pour les étudiants est confiée…aux recteurs! Dans ce scenario, les recteurs imposeraient aux universités d’accueillir des étudiants recalés à l’entrée en master ? Une décision en totale totalement contradiction avec le principe de l’autonomie des universités.

Enfin le ministère travaille à la création d’une plateforme qui doit permettre aux étudiants d’enregistrer leur candidature. Nouveau monstre administratif ou vrai service rendu aux étudiants ? Réponse (en théorie) pour mars 2017…

ALGORITHME

L’algorithme : voilà le responsable. Ces lignes de code informatique, rendues publiques cette année par le ministère, cristallisent toute la frustration et l’appréhension générées dans les familles par APB, le portail national « admission post bac » qui organise l’accès des lycéens au supérieur. Comment sont acceptés les vœux formulés par les lycéens ? En fonction de quels critères ? Voici les questions auxquelles est censée répondre la publication de l’algorithme d’APB, réclamée cette année par l’association « Droit des lycéens ».

Mais c’est sans doute trop demander à un algorithme. La question posée est double c’est à la fois celle de la transparence des processus de sélection qui pèsent sur l’avenir des enfants et stresse les familles. APB pointe aussi avec beaucoup de force les contradictions de l’enseignement supérieur: un sésame d’accès, le bac, qui perd de sa sélectivité et envoie des masses de lycéens dans un système supérieur hyper sélectif, y compris dans les universités, décryptable par les initiés, et donc de plus en plus inégalitaire. Une question que n’a pas épuisé la publication partielle du code source d’APB.

BILANGUES

Que l’on soit « pro » ou « anti » réforme du collège, il est difficile de comprendre que la majorité des classes bilangues soient vouées à disparaître dans la réforme menée au pas de charge par la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Enterrer les classes bilangues au motif que celles-ci ne profitent qu’aux seuls élèves socialement favorisés est une erreur d’appréciation et une méconnaissance de la réalité de ces classes. Mais que dire alors du maintien partiel de ces dispositifs dans les écoles privées sous contrat et dans certaines académies, selon le choix des recteurs ? Pour le coup, le procédé est largement inégalitaire. Ainsi à Paris, la majorité des dispositifs bilangues seront maintenus à la prochaine rentrée, quand dans d’autres académies comme Lille, Lyon, Grenoble ou encore Rouen enregistrent d’importants reculs de ces classes. Où est l’égalité, objectif affiché de cette réforme, dans cette décision ? Comment justifier que des académies déjà favorisées comme Paris continuent à bénéficier de ces classes à bons élèves quand celles-ci sont supprimées dans les REP ? Comme le résume Frédérique Rolet du Snes, citée par Le Monde : « Au nom de l’égalité, on a voulu très vite – trop vite ? – trouver des coupables aux dysfonctionnements d’un système inégalitaire. Mais le calcul politique était mauvais : ces sections n’ont pas toujours, en matière de ségrégation, le mauvais rôle qu’on veut leur faire jouer. En ZEP, les supprimer peut être contre-productif et faire fuir les bons élèves vers le privé. » Et c’est ce qui n’a pas manqué d’arriver : le taux de pression sur l’enseignement privé en Ile-de-France n’a jamais été aussi fort.

IDEX

C’est un véritable coup de tonnerre qui s’est abattu fin avril sur les universités, un coup d’arrêt brutal porté à de très importants financements. Je parle ici des IDEX, les initiatives d’excellence, des pôles universitaires dotés, sur projet, de sommes allant de 700 à 950 millions d’euros. L’objectif ? Faire émerger des universités de rang et de rayonnement international….

Deux projets ont été stoppés cette année : Toulouse et Sorbonne Paris Cité, le jury ayant estimé que « l’objectif Idex est impossible à atteindre sans une dynamique toute nouvelle et des mesures de rupture. » La décision a jeté un froid dans l’Enseignement supérieur et la question se pose maintenant du devenir de ces pôles qu’il a fallu plus de cinq ans pour mettre sur pied.

La poursuite de ce mode de financement de l’Enseignement supérieur se pose pour la mandature à venir. Est-il cohérent de voir des millions alloués via ces appels à projets, quand il a fallu la mobilisation de nombreux chercheurs pour éviter une coupe de 134 millions d’euros dans le budget de la recherche ? Il y a ici un déséquilibre qui interroge et qui à terme risque de fragiliser les universités françaises.

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