« Et si on tuait le mammouth ? » : comprendre l’immobilisme pour enfin en sortir

« Et si on déniaisait le prochain ministre? » : tel aurait pu être le titre de l’ouvrage de Soazig Le Nevé et Bernard Toulemonde, publié aux éditions de l’Aube. Quel que soit son appartenance politique, le futur locataire de la Rue de Grenelle trouvera dans ce livre une peinture crue et sans tabou de l’Education nationale : les renoncements des différents ministres de Lionel Jospin à Najat Vallaud Belkacem et les coulisses peu reluisantes des politiques éducatives, les compromissions avec les syndicats, les assauts des lobbys en tous genre, la gabegie financière au détriment d’une amélioration du niveau des élèves, les incessants effets de yoyo d’une politique sans changement en profondeur des modes de gouvernance du système…pour le plus grand bien de l’enseignement privé. Ainsi déniaisé, le ou la prochaine ministre aura soit à cœur de s’attaquer une bonne fois pour toutes au « mammouth » pour l’intérêt des élèves, …ou de prendre ses jambes à son cou tant la tâche s’avère difficile.

Réhabilitation de Claude Allègre

Le livre se propose en effet non pas de réformer mais de tuer le « mammouth », une expression inventée par l’un des auteurs, Bernard Toulemonde, ancien recteur, et popularisée par le ministre Claude Allègre (dont il fut le directeur de l’enseignement scolaire). Le mammouth désigne ainsi avec humour la masse inamovible de la machine Education nationale et de son administration. A ce titre, il faut alors voir comme un excellent signe les attaques dont l’ouvrage fait l’objet depuis quelques jours sur les réseaux sociaux ou sur le site militant du Café pédagogique ! Car le mammouth tremble…Le livre a en effet de quoi déranger certains syndicalistes quand il relate quelques épisodes bien connus des observateurs de l’école.

Pour ne prendre qu’un exemple, les auteurs s’attachent à montrer, d’un ministre à l’autre, les dégâts de la « revalorisation sans contrepartie ». Ils racontent la « faute originelle » de Lionel Jospin qui à l’orée des années 90, sous la pression de la FEN a augmenté les profs en renonçant in extremis à réformer le métier enseignant. « Estomaqué, le ministre du Budget Michel Charasse ne signe les décrets qu’en glissant un « Avec regrets » à côté de son nom », relatent les auteurs.

La FSU trahit toujours!

Et à chaque ministre, le scenario se répète : le système de cogestion dont pâtit l’Education nationale aboutit immanquablement à un allongement des vacances scolaires ou un raccourcissement du temps scolaire (je le précise pour Jean-Rémi Girard du Snalc qui attire mon attention sur ce point) et à une revalorisation des salaires sans modification de la gestion du temps de travail des enseignants. Résultat : les syndicats sont satisfaits, le ministre croit être tiré d’affaire et promis à un bel avenir politique et patatra…le voilà trahi par la FSU qui tout en fréquentant assidument les couloirs des cabinets, pousse élèves et profs dans la rue jusqu’à faire sauter le malheureux ministre. Et on recommence.

Le passage qui fait le compte des jours de vacances concédés par les différents ministres est ainsi particulièrement savoureux. « Faute d’argent pour augmenter les salaires, on donne des congés supplémentaires aux enseignants, autant de jours de travail en moins pour les élèves ! (…) Avec la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon en 2013, on assiste à un joli tour de passe-passe. Le ministre étale les 24 heures de classe de la semaine sur cinq jours au lieu de quatre, et sans tambour ni trompette, il transforme l’appellation  « aide personnalisée » en « activités pédagogiques complémentaires » dont on réduit le volume annuel de 60 à 36 heures (une heure par semaine) soit l’équivalent de 14 000 postes perdus ! ».

Privilèges secrets

Le livre rappelle aussi la politique de privilèges accordée à bas bruit à certaines catégories de personnels. « A Paris, on bat des records de privilèges indus aux frais du contribuable. Les directeurs d’école bénéficient tous d’une décharge totale de service alors que leurs collègues de France et de Navarre n’y ont droit qu’à partir de 14 classes ! De même tous les instituteurs y sont assistés (remplacés ?) par des maîtres rémunérés par la Ville de Paris pendant six heures par semaine, soit le quart de leurs heures de classe ».

Le diagnostic porté sur l’école est sans appel : « En vérité tous les ingrédients de l’immobilisme sont là pour que rien ne change : un pouvoir politique, en la personne du ministre, très faible, qui intègre vite son impuissance à modifier le cours des choses ; des syndicats puissants qui, dans leur majorité, sont arc-boutés sur leurs privilèges hérités du passé et refusent tout changement, des enseignants qui cherchent à bien faire, mais qui sont mal formés, mal gérés, englués dans un système bureaucratique qui fait tout pour les désespérer. Et pendant ce temps-là, si il y a une chose qui ne change pas, c’est qu’on continue quand même à déverser des milliards d’euros ».

Des solutions et une méthode

L’ouvrage ne se contente pas de décrire les dysfonctionnements du système et d’en analyser les causes, il propose des solutions : l’autonomie des établissements, régionalisation du recrutement des profs, statut des écoles primaires, publication des résultats des établissements scolaires et publication de leurs résultats, définition des heures de service en heures de présence dans les établissements, lancement d’un plan de création de bureaux et salles de travail, transfert aux régions volontaires des formations professionnelles et agricoles, notamment.

Les solutions sont doublées d’une méthode d’action : surtout pas de grande loi mais un cap clairement fixé et « une volonté de fer » pour des « décisions ultrarapides  dans les quelques semaines qui suivent les élections », « confiance au terrain mais point trop aux syndicats (la preuve est faite, peu tiennent parole) ».

Outre le caractère extrêmement bien documenté de l’ouvrage, sa force tient à son humour. Les auteurs savent rendre limpides voire amusantes le décryptage des rapports annuels de performances ou les plus arides documents budgétaires. On sent à la fois l’expertise et la technicité de la journaliste Soazig Le Nevé mais aussi la clairvoyance de « vieux renard de l’Education nat » de Bernard Toulemonde (qui me pardonnera cette expression), grand serviteur de l’Etat mais lucide sur toutes les absurdités dont il a été témoin et soucieux de les rendre publiques.

C’est donc et il faut le souligner, un livre courageux qui a le mérite de montrer au grand jour ce que tous ceux qui ont travaillé à l’Education savent et parfois, taisent. Indispensable.

 

25 réflexions au sujet de « « Et si on tuait le mammouth ? » : comprendre l’immobilisme pour enfin en sortir »

  1. Votre billet est truffé de mensonges éhontés.
    Premier exemple :  » Et à chaque ministre, le scenario se répète : le système de cogestion dont pâtit l’Education nationale aboutit immanquablement à un allongement des vacances scolaires et à une revalorisation des salaires sans modification de la gestion du temps de travail des enseignants. Résultat : les syndicats sont satisfaits, le ministre croit être tiré d’affaire et promis à un bel avenir politique et patatra…le voilà trahi par la FSU qui tout en fréquentant assidument les couloirs des cabinets, pousse élèves et profs dans la rue jusqu’à faire sauter le malheureux ministre. Et on recommence. » Il me semble que la dernière réforme n’a pas du tout été cogérée par la FSU, mais plutôt par le SE UNSA. Il serait de bon ton de vérifier vos assertions. De plus, dans le secondaire, les vacances d’été débutent le 8 juillet et s’achèvent le 30 aout. Loin de moi l’idée de me plaindre, mais c’est tout sauf un allongement des vacances. Pour les autres vacances (Noël, hiver et printemps) vous n’êtes pas sans ignorer que ce sont les professionnels du tourisme qui décident des dates, pour atteindre un taux de remplissage des stations de ski satisfaisant. Que les élèves en pâtissent n’est apparemment pas le problème du ministère. Ni le votre, étant donné que vous préférez taper sur le mammouth, ce qui est tellement plus vendeur.

    Deuxième passage : « la clairvoyance de « vieux renard de l’Education nat » de Bernard Toulemonde (qui me pardonnera cette expression), grand serviteur de l’Etat mais lucide sur toutes les absurdités dont il a été témoin et soucieux de les rendre publiques. ». Mr Toulemonde a passé 20 ans dans les couloirs de l’EN, à tous les postes possibles. De deux choses l’une, soit il est lucide sur ce qui y a été fait, mais par manque de courage, a préféré appliquer tout ce qu’on lui demandait. Soit il est simplement en train de cracher dans la soupe qu’il a lui-même préparé. Et je penche plutôt pour la seconde hypothèse. Quand on réussit à demeurer 20 ans au même endroit, malgré les changements de majorité, c’est qu’on est suffisament habile politique pour cirer les bonnes chaussures, et conduire sa carrière tranquillement, sans se préoccuper vraiment des nombreuses décisions qui sont prises.

    Vous saluer un livre courageux. Premièrement, il n’est en rien courageux puisque le co-auteur touche tranquillement sa retraite. Facile de critiquer le patron quand celui-ci n’est plus le votre. Deuxièmement, cracher dans le sens du vent n’est pas particulièrement courageux, à mon sens. Comme vous, en quelque sorte. Toujours facile de faire quelques clics sur le dos des profs, ces parasites du mammouth toujours en vacances. Sans avoir rien vérifié, évidemment.

      • Oui, Monsieur, j’ai commencé modestement comme pion au lycée de garçons de Douai (Nord) (c’était avant la loi Haby) et j’ai eu la chance de faire à peu près tous les métiers de l’éducation nationale – ce qui m’a beaucoup appris sur les us et coutumes des uns et des autres. J’ai même été viré par M.Monory, car je venais du cabinet de Pierre Mauroy Premier Ministre, puis directeur au ministère auprès d’Alain Savary. J’ai pu voir de près la « co-gestion » qui a atteint à certaines périodes (lisez notre livre) des sommets, les tentatives de réformes, les réussites et les échecs., les retournements (cf: la réforme des rythmes scolaires)…Je vous signale que le début des vacances est fixé au 8 juillet, mais vous savez comme moi que c’est une pure fiction: les lycées seront fermés 4 semaines avant: trouvez-vous normal que les élèves perdent 4 semaines de classes, même ceux qui ne sont pas concernés, en seconde par exemple?
        Effectivement, la dernière réforme des collèges est plutôt co-gérée avec l’UNSA, c’est d’ailleurs pourquoi le SNES la combat.

    • Mais je ne suis pas à la retraite! Et je ne trouve pas que ce soit dans le sens du vent au vu des nombreuses critiques que je lis depuis ce matin. Le mammouthe ce n’est pas les profs mais l’administration de l’Education nationale. Et c’est le fonctionnement du système qu’il faut changer. Ce que vous écrivez sur la cogestion par le Se-Unsa sur la dernière réforme est juste. Mais permettez moi de souligner que c’est une exception…le passage que vous incriminez est peut-être caricatural et ne prétend pas être le fruit d’une enquête. C’est la recension d’un livre où l’on peut lire il est vrai certaines de mes positions. Mais je suis prête à en discuter avec vous. Bon we et merci pour ces commentaires vivifiants.

      • Vous n’êtes pas à la retraite, mais Mr Toulemonde l’est. Pourquoi n’a-t-il pas écrit ce livre il y a 10 ans puisque ce qu’il décrit perdure depuis très longtemps ?

        Bonne journée.

  2. Cet ouvrage m’enthousiasme! Il dit ce que j’ai observé et analysé lors de mon passage au ministère entre 1997 et 2003(cabinet de Segolène Royal puis présidence du CNIRS). Depuis ces observations je suis convaincue que les premiers et plus essentiels leviers de changement du système éducatifs sont là où les auteurs les signalent.
    Je sais d’expérience que sur le plan des propositions pédagogiques , de l’innovation éducative, des pratiques professionnelles la France dispose de tous les savoirs faire nécessaires depuis des décennies mais comme le montrent les auteurs de cet ouvrages le « mammouth » empêche qu’ils soient largement mis en oeuvre.
    Merci aux auteurs pour ce travail.Il reste toutefois pour moi une grande interrogation: comment et où trouver le gouvernement et le ministre de l’EN qui auront le courage, les convictions et savoirs nécessaires aux transformations proposées par les auteurs. Cela relève d’une petite révolution culturelle chez les élites intellectuelles et gouvernantes de la France. Cela suppose que nos politiques soient capable de dépasser leur intérêt personnel pour servir l’intérêt général.
    Enfin, cela nécessite une mobilisation des médias, de tous les lieux de d’information et de formation populaire ou professionnelle pour transformer le regard et adhérer à cet indispensable changement.
    Je suis prête à investir beaucoup de temps et d’expérience pour participer à ce grand œuvre.

  3. C’est exactement ce que je vis au quotidien à le tête d’un collège rural!
    Cet excellent ouvrage doit faire l’objet d’un maximum de promotion pour que ces dysfonctionnements chroniques d’une école publique qui se meurt petit à petit soient connus!

  4. Oui ce livre donne envie qd Allègre a parlé de Mammouth je trouvais qu il exagerait..mai depuis que j ai un enfant qui n entre pas dans le moule et qui a une profonde aversion de l école qui ne parvient pas à donner une reponse adaptée. .et qui fait corps je me dis qu Allègre etait en dessous de la réalité et j ajoute que ds son esprit et en tt le cas ds le mien les enseignants font bien partie du mammouth. .pourquoi changer ? Pourquoi se former ? Perdurer ds l erreur c est tellement plus confortable ne jamais prendre en compte l avis d autres professionnels car ils ne sont pas ds la classe..vous comprenez…oui ..il faut vraiment tuer le mammouth faire une revolution si l on veut donner une chance aux gosses qui arrivent!

  5. Encore un livre-poubelle sorti par un journaliste qui végète et tente de percer, et un technocrate de l’Educ-Nat retraité qui est passé, comme les apparatchiks soviétiques, du marxisme à l’ultralibéralisme en un retournement instantané de veste.

    On y retrouve toutes les idées indigentes à la mode chez les esprits faibles. Celles qui suivent l’idéologie du moment comme l’eau des égouts suit la plus grande pente. « Autonomie » des établissements, négation de l’autonomie des professeurs, volonté de créer une hiérarchie de chefaillons, de « managers » et autres parasites, comme chez Leclerc et Carrefour, suppression des concours académiques nationaux remplacés par un entretien d’embauche réalisé par un bouffon sorti d’une école de commerce… C’est la lie de la pensée, le bas-fond de la démagogie, la sous-culture directement formaté par la publicité, le show-biz et la télé-réalité. Voilà le résultat de 25 ans de crétinisation par Bouygue et Bolloré.

    Certains commentaires montrent d’ailleurs que cela plaît aux planqués des bureaux et des ministères qui croient détenir la solution alors que ce sont eux le problème. Ils en appellent à la mobilisation des mérdiats : apparemment, ils le sont déjà, mobilisés, vue la publicité que tous les gruyères mainstream font de ce torchon. Il ne faut vraiment pas s’étonner que le métier de journaliste soit le plus profondément détesté dans ce pays. Puisqu’ils veulent du libéralisme, qu’on leur en serve et qu’assèche les subventions à la presse, sans compter les avantages fiscaux. Ils n’iront pas loin, plus personne ne lit leurs scribouillages. Et il y a tant de sites où se réinformer en dehors de leur propagande !

    • Monsieur ou Madame Dumouch,
      Votre commentaire haineux en dit long sur la difficulté qu’il y a à porter sereinement un regard critique sur l’EN sans se voir aussitôt voué à l’enfer par les tenants de l’immobilisme à toute force.
      Puisque vous semblez affectionner les métaphores hydrauliques, souffrez donc que l’on préfère l’eau courante qui suit sa pente (en avez-vous souvent vu qui la remonte ?) à l’eau stagnante des flaques ou des marais. Mais, naturellement, je vous reconnais bien volontiers le droit de stagner si telle est votre penchant (ah la pente…).
      Je dis « haineux » puisque dès le troisième mot de votre diatribe vous passez en mode insulte (en connaissez-vous d’autre ?) ce qui ne donne vraiment pas envie de lire plus avant… ce que j’ai fait néanmoins… Pour constater tristement que vous poursuivez sur la même veine, de propos insultants et/ou méprisants en généralisations approximatives.
      Pour finir sur des propos un peu ridicules (pardonnez-moi) sur la presse… après le journaliste (excusez-moi du vous reprendre : « la »… car « Soazig est un prénom assez rarement donné à un garçon, mais je m’égare…), la journaliste donc « qui végète » en début de texte… Vous avez donc quelque chose contre la presse aussi ?
      Nostalgique de la Pravda peut-être ?
      Bien à vous

      • Monsieur,

        Contrairement à ce qui est raconté dans ladite presse, les élèves sont plus que globalement charmants. Jamais d’insultes.

        Les seules insultes que je reçois dans mon métier ne viennent jamais des jeunes gens ni de leurs parents mais de ce genre de publication et d’article. Je m’arroge donc, en retour, du droit de traiter un torchon de torchon. Et aussi celui de dire que je n’ai pas de leçons à recevoir d’un monsieur qui n’a pas vu d’élèves depuis 36 ans et porte une lourde responsabilité dans l’état actuel de l’École par son action depuis son bureau. C’est bien le minimum.

        Effectivement, j’ai un problème avec la presse. Nietzsche disait « encore cent ans de journalisme et tous les mots pueront ». Nous y sommes largement, cela fait 130 ans passés. Regardez comment le mot « autonomie » est utilisé pour dire le contraire de son sens originel ; regardez comment vous-même inverser le sens du mot « immobilisme » et « conservatisme » (= refuser une régression, c’est être un méchant immobiliste).

        Le Правда ? Vous datez un peu… Je vais sur Sputnik et RT, là, on respire un peu d’air libre face à l’unanimité de la presse soi-disant « libre » mais qui pense partout la même chose et coordonne sa propagande selon un calendrier bien précis pour nous faire avaler ce que l’oligarchie a décidé : les radars partout, la fin du CDI ou l’ « autonomie » des établissements.

    • Je vous remercie de ne pas tenir de propos haineux sur les auteurs de ce livre sur ce blog qui est un espace d’échange et pas d’insultes. Merci à vous pour le respect de ce cadre d’expression. Cordialement, Mc Missir

  6. Je suis au minimum étonné que votre connaissance des questions éducatives ne vous conduise pas à porter un regard quelque peu critique sur ce qui me semble être d’abord le discours caricatural qui est tenu depuis des années par un haut fonctionnaire qui non seulement n’a pas fait grand chose pour améliorer le système éducatif mais est responsable aux côtés de Claude Allègre d’un dommageable blocage du débat éducatif.

    • Bonjour Gérard et bonne année: c’est justement ma connaissance du système éducatif qui fait que je donne du crédit à ce que décrivent Benrad Toulemonde et Soazig Le Nevé. Les épisodes relatés – et que vous avez vécu-, comme l’accord de la FEN avec Lionel Jospin, sont à mon sens des occasions ratés d’améliorer la qualité du système éducatif pour tous les enfants. Je crois qu’il faut sortir de l’idéologie (libérale versus anti libérale, pedago versus reac etc…) si on veut changer les choses à l’école et améliorer la qualité du service public d’éducation (une demande forte des familles aujourd’hui). Et cela ne passe pas QUE par des postes en plus.

      • Plus que jamais les idéologies sont à l’œuvre ici…

        Tout cela vient de l’association lobbyiste « SOS-éducation », petite sœur de l’IFRAP, dont les plumitifs font la promotions partout ces derniers jours.

        C’est assez ridicule de faire du thatchérisme avec 40 ans de retard et au moment précis où Theresa May et Donald Trump rompent avec cet héritage. Dans le genre ringard qui n’a rien compris au XXIe siècle…

  7. Ce livre se veut bien évidemment être un pavé dans la mare. Mais, une fois de plus, les commentaires sur le mode « défense du personnel contre les attaques » montrent, soit une mauvaise lecture, soit une manipulation de la part de ceux qui les émettent. La critique porte en effet sur un système déresponsabilisant, profitant à certains et qui ne performe pas comme il serait souhaitable pour la société française. Comment ne pas voir que la revalorisation du métier d’enseignant passe par une remise à plat complète du système ? Comment ne pas voir que c’est l’urgence des urgences pour la période quinquennale à venir ? Pourquoi ne pas vouloir envisager de changer tout ce qui ne va pas et préférer au contraire se perdre dans le détail des coquilles, des erreurs d’intérêt secondaire du livre et de discours pseudo-corporatistes éloignés des attentes de la société dans son ensemble ?

  8. Ce qui frappe dans le pamphlet de B. Toutlemonde, c’est la place accordée à la prétendue nécessaire « autonomie » des établissements. Mais de quelle autonomie s’agit-il ? En réalité, l’autonomie, telle qu’elle est présentée par l’auteur et les nombreux politiques qui mettent en avant ce concept, se réduit à donner le pouvoir de nomination des enseignants aux chefs d’établissement, renforçant ainsi le rôle de petits chefs que beaucoup endossent déjà avec un plaisir certain. Loin de viser à une déconcentration du pouvoir central et à une véritable responsabilisation des acteurs du terrain, cette procédure aggrave au contraire le fonctionnement hiérarchique de l’EN et l’infantilisation qui va avec, les chefs d’établissement continuant, eux, d’être nommés par l’état.

    Pour approcher d’une véritable autonomie, on pourrait imaginer, par exemple, de donner aux conseils d’établissement un droit de regard sur la nomination des chefs d’établissement – ce qui changerait d’emblée la perspective – un assouplissement des programmes et des normes d’évaluation des élèves (cf l’invraisemblable DNB), supprimer le corps d’inspection, aujourd’hui réduite à une fonction de surveillance.

    Finalement, pour Toutlemonde, l’autonomie et la bonne marche du service public d’éducation se ramèneraient d’abord à une affaire d’obéissance : faire peur pour faire marcher droit. De fait, une longue carrière d’apparatchik à l’EN ne peut pas manquer de laisser des traces.

    • Cher Monsieur,
      Effectivement, il faut savoir de quelle autonomie on parle! Lisez le livre et vous verrez qu’on y suggère que nous ne confondons pas autonomie de l’établissement et pouvoirs du chef d’établissement. Nous évoquons la liberté pédagogique des équipes enseignantes (avec les curriculums), de confier la présidence du conseil pédagogique à un enseignant, d’ouvrir les possibilités d’innover et d’expérimenter, de faire con fiance aux équipes. En ce qui concerne l’affectation des enseignants, nous ne préconisons pas le recrutement par le chef d’établissement, mais d’introduire dans la procédure le profilage des postes et un entretien (qui peut être organisé par une équipe), comme partout ailleurs dans la fonction publique. Ne serait-ce pas mieux que de bombarder les enseignants sans connaître ni leurs compétences et leurs goûts ni les caractéristiques propres de l’établissement? Depuis une quinzaine d’années les assistants d’éducation sont recrutés par les établissements (ce que nous ne préconisons pas pour les enseignants), avec pour résultat une autonomie accrue de l’établissement qui définit le profil du poste, une équipe (souvent les CPE) reçoit les candidats et le CA vote le contrat: n’est pas un progrès par rapport à la période antérieure, que j’ai connue, où le rectorat nommait les Mi et SE sans égards pour les compétences des candidats ni les besoins des lycées et collèges?
      Bonne lecture de notre livre

      • la « liberté » des « zéquipes », tout est dit…

        Eh bien je défends la liberté pédagogique individuelle et non votre reformatage par le groupe (avec autocritique obligatoire ?)

        Vous passez la vaseline, mais ça ne trompe que les demeurés. Je cite : « Sous prétexte de « liberté pédagogique », inscrite dans la loi Fillon en 2005, le métier est conçu comme une profession libérale exempte de toute subordination hiérarchique ».

        Vous pouvez l’emballer dans du papier toilette rose bonbon, cela ne suffira pas à cacher que c’est un projet autoritaire lié au new-management, qui vise à mettre au pas les enseignants. Il s’agit de remplacer la déontologie, la confiance, l’autonomie (la vraie) par du flicage, des règlements, du formatage, des contraintes et du contrôle.

        La vraie révolution professionnelle, c’est de faire, dans tous les métiers sabotés par la même logique depuis 30 ans, un virage à 180°. Retour de la liberté de prescription des médecins et rétablissement de leur statut, retour des extemporanés pour les pharmaciens et de leur droit à inventer des médicaments (volé par l’industrie), bref fin du pouvoir donné à une caste de parasites bureaucrates, de « DRH », de « managers » et autres titres donnés aux ignares qui ne produisent rien et veulent contrôler les autres.

        Le vrai corporatisme à démolir, c’est celui de la gestion, de la communication et de la « GRH », de « management » à la noix. Cela nous coûte les yeux de la tête, pourrit la vie de la population et entretient une multitude de nuisibles surpayés.

  9. Bonjour Madame Missir,

    Votre article m’a bien plu et je vais acheter ce livre. Je constate que le monde de l’éducation Français a besoin d’avancer et qu’il avance beaucoup moins vite que les principaux pays Européens. Je m’occupe de transformation numérique au niveau des Grandes Ecoles, des Universités et des centres de recherche et suis prêt à vous rencontrer à l’occasion pour en parler.

    Bien cordialement,

  10. Il y a urgence effectivement. Que de temps perdu en réformes, en tentatives irréfléchies…Nos enfants et les enseignants souffrent de cela au quotidien.
    Nous parlons quand même de l’éducation de millions d’enfants, c’est la nouvelle génération, celle qui hérite de l’état désastreux de notre planète, qui aura tant de défis à relever. Ils ont besoin d’être formés aux changements de notre monde (politique, économique, écologique,…). Quel enfant est conscient qu’il est vital de prendre soin de notre planète, des êtres humains(dignité, droits, égalité, libertés…) ? Si les familles ne les en informent pas, ils ne l’apprennent pas à l’école. Ou si peu et de façon peu coordonnée tout au long du cursus.
    Le bateau dérive, personne n’est au gouvernail (parfois un capitaine titubant prend la barre puis quitte le navire); les moussaillons font ce qu’ils peuvent mais se sentent abandonnés. Il faut pourtant amener à bon port les milliers de passagers…
    Rendez vous compte que actuellement nos jeunes enfants vont à l’école avec un cartable pesant entre 8 et 10 kgs, passent entre 9h et 12h chaque jour à l’école +transports+garderie/étude. Une fois à la maison, les devoirs les occupent encore de 1 à 2h, ce qui nous fait entre 11h et 14h consacrées à l’école. Et le week-end, plusieurs heures de devoirs, pour préparer les contrôles. Et on s’étonne qu’il y ait autant de phobies scolaires, ou au moins de dégoût face à l’école… Quelle place reste-t-il pour les relations familiales, pour voir les amis, pour faire du sport, des activités artistiques ? Si au moins la motivation, l’enthousiasme, la joie, la paix et surtout les résultats étaient au rv…
    Dans les hautes sphères et dans les syndicats, il semble qu’il n’y ait pas de sincérité, d’intérêt réel pour le bonheur et le bien-être de l’enfant… Pas plus que d’intérêt sincère pour les enseignants, qui démissionnent s’ils le peuvent, sont en dépression, en tout cas souvent en grand malaise. On recouvre tout cela d’un immense couvercle, on s’en fout. Ce mépris pour les principaux concernés, à savoir les enfants et les enseignants, est une honte. Je souhaite que tout le monde se réveille et mettent les enfants et les enseignants au coeur de ce changement. Il va falloir taper dans la fourmilière. Qui aura le courage ? Les enseignants eux-mêmes pourraient exiger de vraies mesures, en toute indépendance par rapport aux syndicats. Penser et agir par soi-même, prendre des initiatives, agir pour le bien commun, c’est bien ce que l’école doit apprendre aux élèves, non ? Alors, montrons l’exemple !!

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