Les fonds d’investissement à la conquête de l’école

Apax, Providence,  Laureate. Voilà une dizaine d’années que l’enseignement supérieur apprend à compter avec les fonds d’investissement. Qu’ils soient européens ou anglosaxons, ces fonds ont investi massivement dans l’enseignement supérieur privé français, avec des montants d’acquisition spectaculaires. Les motivations de ces fonds et la conséquence de leurs investissements étaient au programme de la Conférence Educpros du 23 février. Pourquoi l’éducation supérieure est-elle aussi attractive pour ces acteurs ? Du seul point de vue financier, les formations supérieures offrent en effet des taux de rentabilité très sûrs avec des droits d’inscription à 10 000 euros par an en moyenne, renouvelés sur 5 ans. Le secteur connait de plus une très forte croissance et a, à lui seul, absorbé 80% de la hausse des effectifs étudiants français en 10 ans. Selon les témoignages des participants, les taux de rentabilité recherchés sont élevés, avec une augmentation de 15 à 20% de l’Ebitda. Les critères d’investissement de ces fonds –certains ont accepté de témoigner dans un univers d’ordinaire très discret – reposent sur la solidité de l’équipe en place, les projets de développement des écoles et leur vision en terme d’innovation.

Mais la surprise est venue de leur nouveau terrain d’investissement : l’enseignement primaire et secondaire. Le mouvement est encore timide, l’enseignement privé hors contrat ne scolarisant « que » 56 000 élèves à ce jour, mais bien réel. Le fonds américain Providence vient ainsi de faire l’acquisition de l’Ecole Internationale Bilingue (EIB) implantée sur trois sites parisiens. « L’éducation comme la santé est un secteur où la disposition des familles à payer a beaucoup augmenté », analyse la financière Martine Depas, partenaire et experte en éducation à la Financière de Courcelles. « A la différence du supérieur, marché désormais mature, le marché du secondaire est aiguillé par la demande ». Comment expliquer cet appétit des fonds pour l’enseignement primaire et secondaire ? Ceux-ci tablent sur une perception très dégradée de l’enseignement public par les parents et sur la saturation de l’enseignement privé sous contrat, majoritairement catholique, qui ne peut absorber les demandes des familles. Ils anticipent donc un « marché » pour un enseignement totalement privé, souvent  cher, où les pédagogies alternatives type « Montessori »,  le bilinguisme ou le numérique sont utilisés comme un produit d’appel pour les parents.

Une dérégulation progressive de l’éducation

Dans ce contexte, les récentes prises de position de l’Enseignement catholique prennent un tout autre retentissement. Son secrétaire général, Pascal Balmand, s’apprête à diffuser dans le cadre de la campagne présidentielle, une demande visant à « repenser » la règle du 80/20 qui définit le mode d’attribution des moyens de L’Etat à l’enseignement privé sous contrat. Cette rège du 80/20 a été concédée par la loi de finances de 1985 à l’enseignement catholique : 20% des moyens publics lui sont ainsi attribués pour effectuer sa mission. L’enseignement catholique fait aujourd’hui valoir qu’il peine à répondre à la demande, notamment des publics défavorisés. L’idée serait donc d’obtenir des moyens supplémentaires pour des besoins spécifiques, notamment dans les quartiers prioritaires ou les zones rurales. Mais cette démarche peut aussi se lire à l’aune du succès grandissant d’initiatives purement privées telles que la fondation d’Anne Coffinier, Créer son école, à l’œuvre derrière les écoles Espérance banlieues, qui bénéficient d’une couverture médiatique enthousiaste.

Le mouvement de privatisation et de financiarisation de l’enseignement primaire et secondaire constitue un signal alarmant sur l’état de l’école. A ce titre, la « guerre scolaire » que chaque gouvernement s’emploie à ne pas ranimer depuis les années 80, a peut-être changé de visage. L’antagonisme entre public et privé sous contrat est peut-être désormais moins pertinent que celui qui oppose un système d’enseignement régulé et une dérégulation progressive de l’éducation. Un sujet qu’il est urgent de porter sur le devant de la scène.

 

 

Comment l’Education nationale a explosé ses dépenses de communication

CO-MMU-NI-QUER. Faute de ligne claire ou de véritables convictions en terme de politique éducative, les ministres de l’Education qui se sont succédé ces deux dernières années auront au moins mis le paquet sur une chose: la communication.

Les documents budgétaires  nous donnent une idée précise de la place prise par les dépenses de communication dans ce ministère. Le rapport annuel de performance 2013 nous apprend ainsi que le ministère, alors géré par Vincent Peillon, a largement dépassé (d’un peu plus d’1 million d’euros au total) son budget communication. La loi de finances prévoyait 5,15 millions d’euros de budget: le ministère a dépensé en 2013 6, 09 millions d’euros.

En cause? Les difficultés du ministère à recruter de nouveaux enseignants, concrétisation de la promesse de campagne de 60 000 postes en plus.  Selon les documents budgétaires, ce dépassement s’explique par « l’effort supplémentaire de communication sur les deux campagnes de recrutement des enseignants nécessitées par l’organisation d’une session exceptionnelle de concours en 2013″.

Outre ces deux campagnes destinées à attirer les jeunes profs (2,08 millions d’euros), le ministère a investi dans plusieurs opérations de communication, notamment pour « vendre » la réforme des rythmes scolaires, très mal reçue par l’opinion (240 000 euros pour la campagne et 50 000 euros pour une cartographie ainsi qu’un mini-site web). 9 études et sondages ont également été commandées sur la période pour un montant de 240 000 euros. La veille des medias et des réseaux sociaux a représenté 590 000 euros.

Le projet de budget 2015 marque toutefois une nette diminution des dépenses de communication, limitées à 4,73 millions d’euros, contre 5,024 millions l’année précédente. Suffisant pour une ultra-communicante comme Najat Belkacem?