À ma grand-mère

Je voudrais ici rendre un hommage à ma grand-mère, Simone Girard, disparue ces jours-ci. Quel rapport avec l’éducation me direz-vous ? Tout, justement.

Parce que la transmission, la diffusion des savoirs de toutes sortes -être, comme faire – dépassent infiniment les murs de la classe. Le rôle d’une grand-mère dans les apprentissages dits « informels » est immense. J’en prends la mesure aujourd’hui.

Simone Girard (1922-2015)

L’enseignement dès le plus jeune âge de l’empathie – aux fondements de la capacité à apprendre, le chercheur Stanislas Dehaene ne dit pas autre chose -, l’éducation au goût, le développement du jeu, l’attachement au passé et l’inscription de l’enfant dans une perspective temporelle à travers la mémoire familiale…tout cela pourrait utilement figurer dans un programme de maternelle.

J’ai eu beaucoup de chance puisque ma grand-mère a joué ce rôle à la perfection, la tendresse en sus. Elle a ouvert ma curiosité, délié mes papilles -ça marche ensemble- et enseigné l’importance de la trace, celle que l’on laisse, celle que l’on transmet. Si j’en ai fait mon métier, je le lui dois.

 

 

Réforme des Zep, budget des universités: ça va chauffer

L’actualité offre parfois des configurations inédites. Pour ceux qui s’intéressent à l’éducation, le 17 décembre est exemplaire: la ministre Najat Vallaud-Blekacem présentera la nouvelle carte de l’éducation prioritaire. A quelques centaines de mètres, le Sénat examinera en deuxième lecture le projet de loi de finances 2015 et devrait valider le rétablissement des 70 millions retirés en première lecture du budget des universités. Au total par rapport au projet de loi de finances initial, ce sont 86 millions d’euros qui manqueront aux facs en 2015.

L’enjeu est de taille pour cette « jeunesse » dont François Hollande avait fait la priorité de sa campagne : en début de chaîne, au collège et à l’école, il est question d’enlever des moyens aux élèves les moins fragiles parmi les élèves de ZEP, et à l’autre bout de la chaîne, à l’université, les initiatives se multiplient – intense lobbying de la Conférence des présidents d’universités, manifestation de Sciences en marche le 11 décembre- pour dénoncer le délabrement matériel et financier des universités. Le calendrier budgétaire est bien fait : ces annonces interviennent à la veille des vacances de Noël, qui a toujours la vertu d’apaiser, sinon d’endormir les esprits.

La colère monte

Il faut pourtant prendre au sérieux cette humeur que l’on sent monter dans un corps enseignant engourdi, comme ankylosé – en témoigne le taux de participation aux dernières élections professionnelles : 41%. La sortie de l’éducation prioritaire, dans des établissements qui se battent pour la réussite de leurs élèves dans des conditions difficiles est vécue comme une trahison par les profs. Mon amie Aude de Lombares, professeure de français au Collège Jean-Macé de Clichy (Hauts-de-Seine) ne parvient pas à calmer sa colère: elle ne comprend ni les « critères » qui président à cette réforme, ni son sens, ni sa finalité. Jeudi soir, avec d’autres enseignants aussi exaspérés qu’elle, elle a séquestré son principal.

Le principal du collège Jean-Macé de Clichy séquestré. (Compte Twitter des enseignants mobilisés contre la réforme des ZEP)

Même révolte au collège Daniel-Mayer dans le 18ème arrondissement de Paris. En grève à la mi-novembre, les enseignants ont dénoncé des violences à peine croyables : « introduction d’un objet s’apparentant à une arme 9mm au sein de l’établissement, un élève frappé, gazé et poignardé devant le collège, agression d’une CPE… ». Daniel-Mayer demande son classement en REP +, sans succès. Des exemples isolés mais symptomatiques de cette colère froide qui s’empare des salles des profs.

Une réforme à effets différés, avec de gentils fusibles

Revenons en arrière : la réforme de l’éducation prioritaire a été pensée en deux temps. Temps 1 : le 16 janvier 2014, Vincent Peillon présente l’esprit de la réforme : des moyens en plus (300 millions d’euros) et la création d’un nouveau réseau de supers ZEP (les fameux « Rep +  qui regroupent les établissements concentrant les difficultés sociales et scolaires). 102 établissements de ce type ont été labellisés dès la rentrée 2014, ils seront 350 à la rentrée 2015. A cela s’ajoutent  781 établissements classés REP « tout court », soit un total de 1081 réseaux d’éducation prioritaires. L’idée du gouvernement est de passer d’une logique de zonage, de moins en moins lisible, à une logique de réseau – notons que des réseaux ont déjà été mis en place en 2006 avec la réforme « Robien » et encore renforcés avec les réseaux ECLAIR, sortes de super ZEP inventées par Luc Chatel. Bilan de l’opération : 200 nouveaux établissements sont classés « REP »…mais autant en sortent. Temps 2 donc, avec la présentation jeudi de la nouvelle carte de l’éducation prioritaire.

Dès le mois de janvier, la perspective d’une sortie de l’éducation prioritaire était affichée Mais en faisant reposer sur les seuls recteurs le choix des établissements exclus du dispositif, le ministère a gagné du temps tout en se trouvant de gentils fusibles. Or les choses ne se passent pas exactement comme prévu. D’abord les « vertus » de la réforme sont derrière nous. L’opinion se focalise désormais sur les moyens en moins et les écoles qui pâtissent du dispositif. Ensuite, il y a fort à parier qu’en janvier, au moment où les dotations budgétaires seront annoncées aux établissements, le mouvement reparte de plus belle. C’est un mois traditionnellement sensible dans les établissements : les syndicats le savent et s’emploient, pour certains, à souffler sur les braises. Ajoutons à cela, les difficultés budgétaires des universités, l’état de délabrement de certaines facs pointé du doigt par le mouvement Sciences en marche, une mobilisation perlée mais continue chez une partie des étudiants….il n’en faut pas tellement plus pour préfigurer un printemps de la jeunesse. La même jeunesse que celle des discours de campagne de 2012.