Le bac n’existe pas

Il paraît que c’est la semaine du bac. Un rapide tour sur Google et on mesure l’ampleur du phénomène: 720 sources d’actualité s’affichent pour cette requête. Cela fait beaucoup de sujets pour ce qui n’en est pas un . Il est d’ailleurs prodigieux de voir à quel point le « bachot »- ce vilain terme qui fleure bon la blouse et l’encrier- passionne les éditorialistes et les médias. Or, le bac est un non-sujet.

Cet examen n’a en effet pas d’autre actualité que d’exister: c’est même le seul « machin » de l’Education nationale qui ne change pas quand tout, absolument tout dans cette institution, change: les filières, les programmes, les concours, les sigles, et surtout les ministres. Le bac reste cette institution immuable, deux fois centenaire, quasi identique à ce qu’il était dans les années 60. Une absurdité si on réfléchit à l’évolution radicale du paysage scolaire depuis 50 ans!

Le bac, cette fiction collective

Comme l’écrit très justement l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, le bac est une fiction, une fiction à laquelle chacun s’efforce de croire: fiction d’un bac unique alors qu’il faudrait parler des baccalauréats, pluriels et divers: le bac professionnel, le bac technologique et le bac général. Ces trois examens ne débouchent pas sur les mêmes études et n’offrent pas les mêmes chances aux élèves. Il est donc aberrant de penser que le bac est un ciment de l’égalité républicaine. Non : il couronne un système profondément inégalitaire, fait de filières sélectives ou de voies de relégation, de hiérarchies cachées entre les disciplines « nobles » et les autres, et de prime aux « sachants », bons connaisseurs du système. En témoigne le désintérêt marqué pour le bac professionnel qui ne concerne, il est vrai, QUE 200 000 élèves, soit un candidat sur trois.

Seconde fiction, celle d’un examen « premier grade » de l’enseignement supérieur: or rien dans le bac, ni dans sa forme, ni dans la composition des jurys, ni dans les modes de certification ne relève de l’enseignement supérieur.

Dernier ingrédient de cette mystification collective: admission post-bac. Ce système qui permet aux élèves de terminale de saisir leurs choix d’orientation et d’organiser la suite de leurs parcours, fait du bac une banale chambre d’enregistrement en décidant du destin des lycéens. Ce qui n’est pas fictif en revanche, c’est le coût de ces bacs: 48 millions d’euros selon le programme annuel de performance 2015 de la mission enseignement scolaire.

Dans ce contexte,  la force totémique du « bac » n’en est que plus absurde. Mais les totems sont justement faits pour être renversés.

 

NB 1: Je réalise qu’avec ce post, je me suis livrée tranquilou à une prétérition. Que j’en sois excusée.

NB 2: On peut retrouver ce billet dans l’émission Rue des écoles sur France Culture, mercredi 17 juin et consacrée au lycée (et au bac!) pour adultes.