Belkacem, Bartolone et le « 93 »

Fallait-il faire « cas », au sens propre du terme, de la Seine-Saint-Denis ? La question a agité le cabinet de la ministre Najat Vallaud-Belkacem pendant plusieurs semaines. En débloquant 500 postes supplémentaires, et en créant un concours spécifique pour faire face à la pénurie d’enseignants, la ministre a répondu oui. Et ce n’est pas sans poser problème.

Certes, la situation l’exige plus que jamais. Et peut-être davantage qu’en 1998 où 3000 postes avaient été créés pour ce territoire. Les conditions d’enseignement dans ce département d’Ile-de-France se sont fortement dégradées ces dernières années. Les cabinets redoutent le caractère explosif de la situation : les  mouvements de grève enseignants partent invariablement de Seine-Saint-Denis. Dans ce département qui cumule tous les handicaps, les absences chroniques de profs ou les suppressions d’emplois – y compris des Rased, dédiés aux élèves les plus fragiles – de la mandature Sarkozy y étaient ressenties plus durement qu’ailleurs.

Bartolone a fait le forcing

Alors, oui. 500 postes en plus c’est bien. Mais cela crée un précédent sur lequel il sera difficile de revenir. Il est donc désormais admis qu’une situation exceptionnelle (et exceptionnellement pourrie dans le cas qui nous occupe) peut nécessiter des moyens exceptionnels. Mais créer un concours spécifique en plus du concours national, là c’est un verrou qui saute, le verrou de la sainte « égalité républicaine » et de l’égalité entre les territoires. La ministre y était réticente, mais le président de l’Assemblée Claude Bartolone, le baron de la Seine-Saint-Denis, a convaincu l’Elysée. Mais que feront demain les présidents de départements ruraux ? Ou de régions touchées par la désindustrialisation ? Faudra-t-il créer un concours spécifique pour la Lorraine, la Creuse ou la Lozère ?

Second problème: ce plan défait tout le système des Espé, les écoles supérieures du professorat, en envoyant en alternance les futurs profs dès l’obtention du Master 1 (sans attendre la fin du M2 comme c’est la règle depuis 2012). Vincent Peillon avait eu à cœur de « réparer » la formation enseignante, détricotée par la droite. De ce point de vue, on ne peut qu’être surpris qu’un gouvernement de gauche emprunte à la droite en renforçant l’apprentissage dans le parcours de formation des professeurs du 93…

On le voit bien : les totems de l’Education à la française, égalité entre les territoires, programmes, concours et formation nationaux, ne fonctionnent plus. Sans le vouloir (ou pas?), avec la Seine-Saint-Denis, Najat Vallaud- Belkacem a ouvert la voie à une territorialisation de l’éducation.