François Fillon et le déclin de l’Inspection générale

L’attaque est passée quasi inaperçue. A la manœuvre François Fillon, désigné à une large majorité candidat de la droite et du centre pour l’élection présidentielle. A plusieurs reprises durant l’ultime débat télévisé qui l’oppose à Alain Juppé, l’ancien ministre de l’Education s’en prend à l’Inspection générale, responsable d’une supposée mainmise idéologique sur les programmes.

L’ère de la défiance

En dénonçant une politisation de l’administration, François Fillon fait…de la politique et acte le retour de la droite sur les questions scolaires. L’angle choisi, outre l’uniforme et les 500 000 fonctionnaires en moins, est celui de la pédagogie et des programmes. Mais au-delà de la polémique usée sur l’enseignement de l’histoire et la présence ou non de Clovis Charlemagne et consorts dans les manuels, ce qui frappe ici c’est la mise en accusation publique, dans le cadre d’un débat hypermédiatisée, de l’administration de l’Education nationale. La charge de François Fillon exprime une défiance qui manifestement trouve echo dans l’opinion, vis-à-vis d’un corps qui constituait autrefois le « Saint des Saints » de l’Education nationale, détenteur d’une forme de prestige et d’incontestabilité.

Plus qu’un angle d’attaque politique, cette petite phrase traduit une réalité des politiques publiques aujourd’hui, tout particulièrement vraie dans l’Education nationale : une défiance croissante entre le politique (les cabinets ministériels et les ministres, qui passent) et l’administration (les inspections, les directions, l’administration déconcentrée, qui restent d’une mandature à l’autre). Une administration plus idéologue qu’efficace, rendue responsable de la débâcle de l’école. Ce n’est autre que la thèse de la journaliste politique Carole Barjon, qui dans un livre à succès, accuse nommément des hauts-fonctionnaires responsables de l’assassinat de l’école.

Un gouvernement « caché » de l’école

L’idée qui prévaut à ce diagnostic est celle d’un gouvernement « caché » de l’école par ses instances administratives et son administration, cœur battant de la gauche. Et cela accroche. « Cette assertion est-elle le fruit d’une opinion généralisée ou est-elle là pour conditionner une opinion ? », s’interroge pour sa part Jean-Yves Daniel, doyen honoraire de l’Inspection générale, Nommé par Vincent Peillon, il milite au PS et a largement contribué au programme de la gauche durant la présidentielle de 2012. Il défend pourtant le « devoir de réserve » de l’inspection, son rôle d’évaluation indépendante des politiques mises en œuvres, quand le CSP est lui en charge des contenus des programmes. Et de rappeler qu’il a mis en œuvre à son arrivée une « charte de déontologie » signée par tous les inspecteurs généraux. Soit. Pas de politique donc à l’Inspection générale ? Il n’en reste pas moins qu’une bonne partie des inspecteurs généraux est nommée au « tour extérieur », c’est-à-dire en fonction de critères et de fidélités politiques. Les recasés des cabinets ministériels y attendent tranquillement la prochaine alternance pour reprendre du service.

Quelle que soit l’issue de cette année présidentielle, l’Inspection générale ne tiendra pas longtemps son rôle en réalité intenable d’évaluation totalement dépendante du pouvoir en place. Le système a sans doute fait son temps, et pour ce qui est de l’évaluation des politiques éducatives, la montée en puissance médiatique du Cnesco et des évaluations internationales comme PISA, Pirls ou Timms a de fait réduit l’espace et l’influence de l’Inspection générale.