Dictée à l’école: arrêtons de politiser la pédagogie

Dictée à l’école deux points. Vous vous apprêtez donc à lire un billet sur le sujet explosif de l’exercice de la dictée à l’école. Il s’est en effet passé quelque chose ce vendredi dans l’hémisphère Nord: une ministre en exercice a recommandé aux enseignants de pratiquer des dictées quotidennes à l’école. Une initiative qui témoigne d’un courage politique rare, ou d’un goût du risque frisant la provocation.
 

En quoi la dictée serait-elle réac?

J’arrête. Car de quoi parle-t-on ? D’une recommandation pédagogique formulée par la personne en charge de l’Education nationale, Najat Vallaud Belkacem: à savoir faire faire des dictées quotidiennes aux élèves. Les réactions suscitées par cette annonce dépassent encore une fois l’entendement. Cette polémique est en effet doublement absurde : d’abord parce que la dictée est largement pratiquée dès le CP dans les écoles françaises. Ce grand défouloir qu’est devenu Twitter livrait vendredi des paroles de profs témoignant de leur pratique quotidienne de la dictée (n’est-ce pas @yannhoury?). La seconde absurdité est d’idéologiser le débat : certaines organisations syndicales réformistes ont immédiatement dénoncé un « cadeau aux réacs« , une odieuse atteinte à la liberté pédagogique totémisée par un retour aux fondamentaux – lire écrire et compter comme objectifs de la scolarité primaire-.
 
Attendez les gars: on parle de la dictée là…: comment apprendre autrement l’orthographe que par la dictée? Vous avez mieux? En quoi la dictée serait-elle réac, voire de droite? Quand en finira-t-on avec ce réflexe pavlovien de repeindre les pédagogies en rouge ou bleu? N’importe quel enseignant sait que la réussite d’un enfant est plus subtile que cela, qu’elle repose sur un mélange de personnalisation, d’astuce, de connaissance de sa classe et d’expérience. Bref ce que l’on appelle « l’effet enseignant » (1) et que montre aussi la plus grande étude jamais réalisée sur les méthodes de lecture présentée cette semaine en avant-première par l’Association des journalistes éducation, avec l’Institut français de l’Education .
 

Brouiller les lignes au gré des sondages

L’injonction à la dictée relève un peu du décorum et ne changera pas, dans le fond, les pratiques des profs, qui fort heureusement ne manquent ni de mémoire ni de bon sens. Rappelons que les ministres Gilles de Robien (2006) ou Xavier Darcos (2008) ont prôné en leur temps le retour aux fondamentaux en suscitant les plus vives critiques… du parti socialiste.
 
Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas la dictée, mais l’habillage et la mise en musique de cette réforme. La ministre, qui est bonne élève, n’a pas souhaité reproduire les erreurs commises lors de la présentation de la première mouture de ces programmes au printemps. Cette fois c’est elle qui tire la première, via une tribune dans Le Monde où elle déroule quelques convictions pédagogiques. Plus question de soulever le capot pour montrer la mécanique -forcément jargonnantes et illisible- des programmes. Il s’agit de tracer un cap, aussi inattendu soit-il, d’affirmer une ligne destinée à rassurer l’opinion échaudée. Le problème reste que la ligne en question -le retour aux fondamentaux- semble en contradiction avec le réacteur de la réforme du collège : l’interdisciplinarité, l’innovation, l’autonomie. De ce point de vue, ce n’est pas la dictée qui est critiquable mais cette façon de brouiller les lignes au gré des sondages.
 
En quelque sorte, cette histoire de dictée n’est rien d’autre que du papier cadeau. Un élément parmi d’autres d’un arsenal de communication. En faire un épouvantail, un cadeau aux réacs c’est faire grand cas d’une recommandation pas si bête, dont chaque enseignant fera bien ce qu’il voudra. Point final.
 
NB: Ma consoeur de l’Etudiant Isabelle Maradan (@leducentete) me fait remarquer que cette étude pointe davantage « l’effet classe » que « l’effet enseignant »: merci à elle pour cette utile précision et pardon à l’Ajeduc de ne pas avoir rappelé dans ma première version l’initiative de la présentation de cette étude. C’est réparé!