De l’école à l’armée, le fil rouge de l’innovation en Israël

Comment un pays bascule-t-il dans la culture de l’innovation ? Quels sont les leviers à actionner pour permettre aux chercheurs de contribuer au développement de l’entrepreneuriat ? Comment encourage-t-on le transfert technologique dans l’Enseignement supérieur ? Ces questionnements constituent le fil rouge de la Learning Expedition organisée par Educpros à Tel Aviv et Jérusalem. Au terme de ces cinq jours d’immersion et de rencontres dans la « Start Up Nation », une certitude se dessine : l’éducation est au centre du processus d’innovation et joue un rôle déterminant dans la capacité des individus à entreprendre.

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Une Start Up pour 2000 habitants : le foisonnement est tel que certains observateurs considèrent qu’Israël compte aujourd’hui sans doute trop d’entrepreneurs, au vu de la taille de son marché, dans un pays à peine plus grand que la Picardie. Cet effet « Silicon Valley » s’explique par la conjugaison de plusieurs facteurs : l’arrivée en masse d’une immigration russe très qualifiée dans les années 90, une politique volontariste de l’Etat avce la création d’accélérateurs et d’incubateurs dotés de fonds publics, des centres de recherche universitaires reconnus (cybersécurité, nanotechnologies, sciences) équipés de leurs propres incubateurs et donc résolument tournés vers le transfert technologique, enfin l’installation de multinationales entretenant des liens étroits avec le monde académique et la recherche.

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Mais au-delà de ces éléments conjoncturels, la culture et l’état d’esprit des individus sont les véritables leviers de cet « écosystème » tout entier voué à l’innovation. Et ce qui frappe c’est qu’aux deux bouts de la chaîne, l’école et l’armée modèlent la jeunesse israëlienne.

« Il est très difficile d’enseigner en Israël »

L’école d’abord. Le baccalauréat par exemple dépend de l’obtention de certificats par matière. Chaque matière présente trois niveaux de difficultés, à choisir par l’éléve. Vers 9 ans (léquivalent du CM1), les enfants passent un examen qui détermine leur niveau, non pas de connaissance, mais de maturité. Les élèves les plus matures sont invités à s’ouvrir à d’autres champs disciplinaires que les enseignements traditionnels et à étoffer leur culture générale. Autre élément fondateur du parcours des collégiens israëliens : les cours d’entrepreneuriat dès la classe de 4ème, financés par le Medef local. Les enfants sont initiés au business plan et aux études de marché. Il n’en reste pas moins que selon David Harari, Membre de la Fondation France-Israël et président israélien de son comité d’orientation stratégique, il est « très difficile d’enseigner en Israël ». « Les élèves sont très indisciplinés. Les classes comptent plus de 35 élèves et les enfants attendent d’être intéressés par le cours qu’ils doivent suivre »

Les meilleurs élèves ont la possibilité, pour les matières où ils excellent, d’accélérer leur parcours et de valider certains certificats du baccalauréat en avance. Ces programmes d’accélération permettent à l’Armée de repérer les meilleurs élèves destinés à intégrer les unités d’élite. La perspective des 3 ans d’armée (2 pour les jeunes filles) à 18 ans crée un esprit de compétition se forme très tôt chez les enfants qui tenteront d’intégrer les meilleurs unités. Le couperet de l’armée expliquerait aussi une forme d’éducation plus permissive, centrée sur la liberté et la confiance en soi. Enfin, la culture du rebond, l’appréhension positive de l’échec complètent ce tableau psychologique de l’étudiant isräelien.

Des étudiants « rôdés à la prise de décision »

La longue parenthèse de l’armée a pour conséquence une entrée dans l’Enseignement supérieur beaucoup plus tardive qu’en France. Les étudiants ont entre 21 et 23 ans quand ils démarrent leurs études. L’impact de l’expérience militaire sur ces jeunes est un des éléments structurant de leur état d’esprit, aux dires des universitaires que nous avons rencontrés : « plus mûrs, ils sont rôdés à la prise de décision et partagent un sens important de la responsabilité », témoigne David Harari . Le « brassage social » de l’armée produit un esprit de corps très puissant qui structure par la suite les relations humaines de l’individu. Paradoxalement, le culte de la hiérarchie est absent de ces traits culturels. « Le jeune israëlien a une forme d’audace, de liberté par rapport à l’autorité et n’hésitera pas à contredire son supérieur s’il ne comprend pas les objectifs qui lui sont assignés ». Ce cocktail culturel exotique pour un français, entre une éducation compétitive et l‘horizon de l’armée comme sas d’entrée dans l’âge adulte crée donc des individus certes très bien formés mais audacieux, partageant un sentiment national très fort, et qui n’ont peur ni de l’échec ni de l’erreur. C’est ce matériau-là, pur produit d’une vision politique de la formation de la jeunesse, qui se lance aujourd’hui avec avidité dans l’entrepreneuriat.

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Cette pédagogie de la confiance en soi, de l’assertivité et de la compétition décontractée semble très éloignée de notre modèle éducatif, du moins dans sa forme la plus répandue. Ainsi la compétitivité, la croissance économique, l’innovation, le transfert technologique s’appuient avant tout sur la capacité du pays à certes bien former mais à éduquer à la création de valeur sa toute première ressource : la ressource humaine. Un système qui jette tout à coup une lumière très crue sur nos controverses autour des coupes budgétaires dans le budget de la Recherche.