Collège et programmes: les trois failles d’une réforme

Les nouveaux programmes, la réforme du collège et avec eux la ministre Najat Vallaud-Belkacem sont entrés dans une zone de turbulence comme l’Education nationale en produit tous les ans. Alors que le débat autour des questions éducatives ronronnait gentiment depuis les rythmes scolaires, le voilà ravive autour d’une question essentielle: que doivent savoir les enfants? Pour trois raisons, l’incendie va être difficile à éteindre : le débat d’experts est devenu politique, le calendrier de la réforme est mauvais et la notion même de programme est en passe de devenir obsolète.

La discipline, gage de la survie d’une civilisation

Depuis une semaine, hommes politiques, intellectuels, écrivains se jettent à corps perdu dans un débat, qui, au fond n’a pas grand chose à voir avec la question posée. Car comment expliquer que la menace sur les classes bilangues ou l’apprentissage des langues anciennes mobilisent subitement une partie de la classe politique? Le souvenir scolaire et les trajectoires personnelles sont plus en jeu ici que la réforme elle-même. C’est bien le problème de l’école: tout le monde a un avis parce que tout le monde y est passé. L’école défendue est alors une école rêvée, fidèle au souvenir que l’on en garde et au parcours suivi. Et c’est pour cela qu’on trouvera dans nos élites plus de défenseurs des classes prépas, des enseignements traditionnels, que de sauveurs des Zep… La discipline à sauver excède ce qu’elle est, pour devenir l’allégorie d’une querelle des anciens contre les modernes, l’étendard de la survie d’une civilisation voire de la République! Le mécanisme fut le même au moment ou fut mise en place la réforme du lycée en 2009. Le débat portait alors sur l’histoire géographie en terminale S. Les mêmes arguments étaient avances pour déplorer un changement susceptible de mettre en péril l’avenir du pays. Mais le gouvernement était de droite.

Autre point: était-il vraiment stratégique en terme de calendrier de faire coïncider la validation de la réforme du collège avec celle des programmes, deux chantiers explosifs? Pour mener une réforme, la maîtrise du temps (médiatique, politique) est essentielle. Et force est de constater qu’il est mal maitrisé.

C’est la notion même de programmes qu’il faut interroger

Enfin sur le fond, le conseil supérieur des programmes compte suffisamment d’experts des questions pédagogiques pour que leur travail ne soit pas condamné dans un mouvement unanime. Il me semble que les principes qui y ont présidé : valorisation des compétences, lisibilité et interdisciplinarité ne sont pas mauvais. Mais le résultat est-il à la hauteur de ces objectifs? Et surtout la notion de programmes a-t-elle encore un sens au vu des inégalités de plus en plus criantes du système éducatif? Il est en effet peu probable que ces programmes soient enseignés dans les mêmes conditions à Montfermeil et à Henri IV. Tout le monde le sait et joue la pantomime de l’égalitarisme….Alors pourquoi ne pas alléger significativement les programmes pour laisser aux chefs d’établissement et à leurs équipes plus d’autonomie et plus de liberté pour mener des projets en fonction des élèves qu’ils accueillent? De ce seul point de vue, la part d’autonomie laissée aux établissements dans la réforme est un signe, timide certes, mais plus important je crois que le latin, les classes bilangues et les décomptes d’heures par disciplines.

Nb: Latiniste et helléniste, je déplore à titre personnelle la diminution de l’apprentissage de la langue latine au profit d’un enseignement de la culture latine. Mais je ne suis pas convaincue que l’enjeu de la réforme du collège se situe à ce niveau.