Collège: pourquoi Najat Vallaud-Belkacem ne va pas reformer en profondeur

Tadam! Demain Najat Vallaud-Belkacem présente sa réforme du collège. Au programme: une seconde langue vivante et plus d’interdisciplinarité.

Depuis que je fais ce métier, la réforme du collège est LA réforme éternellement attendue, éternellement repoussée. Si l’on observe les politiques éducatives depuis une dizaine d’années, aucune grande réforme n’a concerné spécifiquement le collège. Il y a plusieurs raisons à cela:

– le collège est le maillon faible du système

Depuis l’invention du collège unique par le ministre Haby en 1975, le collège est l’incarnation de la massification de l’enseignement. C’est là que le « gros » des élèves passe, sans tri préalable outre celui de maîtriser les compétences de base censées être acquises en primaire. Sauf que le collège paie lourdement les conséquences du désintérêt des élites administratives et politiques pour le primaire depuis des décennies, au seul bénéfice du lycée. Résultat: le nombre d’enfants en difficulté en lecture à l’entrée en sixième avoisine les 10%. On ne soulignera jamais assez à quel point cette statistique est un scandale.

– les élites s’en sortent bien

Par ailleurs, puisque le collège reste cette masse immobile dans notre système éducatif, la carte scolaire, dont la dérégulation a été organisée dès 2007, permet aux plus favorisés et aux mieux informés d’éviter les établissements de secteur, et de ne pas se retrouver noyé dans la masse justement.

– réformer (vraiment) le collège passe par une modification du statut des enseignants

Et c’est un dossier qui risque d’exploser au visage du premier ministre qui l’ouvre. Pourquoi? Si le collège doit être réformé, alors il faudrait casser les silos disciplinaires et développer la pédagogie de projets, favoriser des établissements autonomes et capables d’adapter et d’organiser  les moyens dont ils disposent aux élèves qu’ils accueillent, enfin instaurer la bivalence, c’est à dire la possibilité d’enseigner deux disciplines, pour faciliter le passage de l’école au collège, dans une logique « d’école du socle » commun. Très bien, tout le monde le sait mais personne ne le fait. Ces mesures nécessiteraient notamment d’aménager le statut des enseignants et, sur ce point certains syndicats non réformistes ne sont pas prêts de transiger.

Pour mémoire, cette réforme, qui permettrait de réformer en douceur le métier et de faire du bien au collège a failli voir le jour. Elle a été débranchée par Vincent Peillon lui-même en pleine négociation durant la loi sur l’école.

Pour ces trois raisons, la réforme qui sera présentée mercredi par la ministre ne prendra pas ces risques: sans rouvrir le dossier de la carte scolaire, sans allouer des moyens en fonction de critères de mixité, et sans décréter l’autonomie des établissements – et pas simplement l’autonomie pédagogique des enseignants-, il serait illusoire de prétendre sortir du statu quo dans lequel s’enlisent des générations de collégiens.

Maintenant je veux bien prendre les paris.