Réforme du collège : recul en vue sur les classes bilangues ?

« Il faut aider Najat hein! » Depuis quelques semaines, François Hollande n’hésite pas à plaider pour sa ministre auprès de ses interlocuteurs. Et cela sonne un peu comme un appel désespéré : les réformes du collège et des programmes sont en train de prendre une place médiatique démesurée. Pas un jour sans son édito sur le latin, son billet sur les classes bilangues, sa Une « pour » et surtout « contre« ,  sa pétition d’élus et ses indignations d’intellectuels. On appelle ça un bourbier : la séquence rappelle assez tristement celle des rythmes scolaires, sujette à une opposition de la majorité des parents, des élus et des syndicats, obligeant le président à tuer la réforme dans l’oeuf en reportant d’un an son application. On connait la suite. Selon nos informations, il n’est pas exclu que François Hollande procède de même sur le collège, dossier bien embarrassant pour une majorité affaiblie. La piste à l’étude à l’Elysée serait celle d’un recul sur les classes bilangues et les sections européennes.

Les classes bilangues: 900 ETP d’économie

Mais ce qui heurte dans cette affaire, c’est surtout la façon dont cette réforme a été menée, à l’aveugle semble-t-il. La suppression des classes bilangues et des sections européennes illustre bien le jeu de bonneteau qui préside aux réformes éducatives dans notre pays. La suppression de ce dispositif permet en effet d’économiser 900 ETP (équivalents temps plein), alors que 20% des élèves bénéficient de ces classes. Pour une réforme coûteuse -116 heures à la rentrée 2017 contre 110,5 aujourd’hui- difficilement financée, et confrontée à la forte hausse de la démographie, c’est une aubaine. La toute première logique de cette réforme est là. La gauche, vu sous cet angle, imite la droite, en habillant le tour de passe passe d’une rhétorique égalitaire. Si ça « n’imprime pas », c’est peut-être parce que cette mesure n’a pas été pensée pour de bonnes raisons.

Autre faiblesse  déjà soulignée dans ce blog : la collusion entre le calendrier du collège, et celui des programmes a gangréné le capital de la réforme, bonne sur de nombreux points et surtout sur l’autonomie des établissements. La ministre a beau répéter -encore ce matin sur France Inter- que les programmes ne relèvent pas de son ministère : l’argument est inaudible pour l’opinion ! Comment comprendre que les programmes scolaires n’engagent pas le ministère ? Que la Dgesco (direction générale de l’enseignement scolaire) et l’Inspection générale s’en lavent les mains ? Cela paraît grotesque.

Si seule

Enfin, il se murmure que la ministre serait mal entourée. Elle paraît en effet bien seule pour monter au front. Car qui dans son cabinet connait à fond les chausse-trappes de ce ministère ? Personne ou presque. Comme le résume un observateur averti : «C’est leur première surprise- partie ».