Au WISE au Qatar, l’education entre business et politique

Investir dans l’éducation. Les sommets internationaux ont au moins une vertu: celle de rappeler une chose toute simple: dépenser de l’argent pour l’école est un puissant levier de développement économique et social.

J’ai donc accepté cette année l’invitation du Sommet WISE, Sommet mondial pour l’innovation pour l’éducation, finance par la Qatar foundation. Ce Davos de l’éducation attribue depuis 2009 un prix de 500 000 dollars à une personnalité -enseignant, Association, ONG- saluée pour son travail et ses actions en faveur de l’éducation. Cette année, le prix a été attribué à Sakena Yaccobi, fondatrice de l’Afghan Institue Learning. Le sommet 2915, réduit de trois à deux jours par mesure d’économie (même la Qatar foundation serre ses coûts) propose des conférences et des rencontres avec des experts en éducation des quatre coins de la planète. Au programme: croissance, innovation, compétences de demain, éducation et migrations…

Déplacer son regard

D’évidence on est ici très loin des préoccupations françaises sur la sauvegarde des disciplines, la menace que représenterait telle ou telle mesure sur le modèle de l’école républicaine, ou encore le « scandale » du clip sur le harcèlement…Florence Robine, la directrice générale de l’enseignement scolaire invitée à intervenir sur le thème « des conditions d’une innovation réussie » affichait hier un large sourire, heureuse sans doute de marquer une pause dans la réforme du collège.

Changer de point de vue sur l’école, déplacer son regard en somme: c’est l’exercice parfois déroutant auquel il faut se livrer ici. Il est question d’investissement, de marches émergents, de retour sur investissement, d’évaluation et d’impact éducatif. Les entreprises, les fondations et les fonds d’investissement ( Ernst et Young, linkedin, HSBC, twitter… ) sont très bien représentés et le sujet de la privatisation de l’éducation n’est même pas une question: c’est un pré-requis.

Cursus, compétences et privatisation

Lors de la conférence d’ouverture la question est directement posée par une représentante de la branche education d’Ernst et Young: « Ne faut-il pas confier l’enseignement primaire aux entreprises? » Sur scène, les intervenants ne cillent pas. « Le secteur prive à un rôle énorme à jouer pour définir les cursus et les programmes afin qu’ils répondent aux compétences dont le marche du travail à besoin » répond Julia Gillard, l’ancienne Premier ministre australienne. Pragmatique, Leymah Gbowe prix Nobel de la Paix 2011, originaire du Libéria rappelle tout de même qu’a trop se focaliser sur la responsabilité des gouvernements et du secteur public en matière d’éducation on risque surtout de financer des armes, obsession de nombreux états. Et en matière de fundraising, Leymah Gbowe sait s’y prendre: renoncez plutôt à un sac Gucci et vous pourrez financer la scolarité d’une jeune fille… »

L’éducation: un business très politique 

Drôle de mélange pourtant quand Michele Obama appelle les hommes à lutter pour l’émancipation des filles, dans un pays qui certes a donne le droit de vote aux femmes, mais ou la question de leurs droits pose encore franchement question. Drôle de sentiment encore quand le consensus semble total pour une éducation levier de développement économique pour tous, alors que 124 millions d’enfants n’y ont pas accès. Observer ces contractions, les discuter avec les intervenants présents pendant ces deux jours, interroger nos représentations sur l’école: c’est une chance tout autant qu’une responsabilité.

Ce sommet dit deux choses au fond, sur lesquelles on ne peut fermer les yeux: l’éducation est un business pour une bonne moitié du globe, l’éducation est un outil politique ultra-puissant. Si puissant que le Qatar en a fait l’arme de son « softpower ».