Marketing politique et éducation : la chronique de Nathalie Mons

Dans le cadre de notre partenariat avec l’émission Rue des écoles sur France Culture, EducPros vous propose le texte de la chronique de Nathalie Mons. Cette semaine, la chercheuse en éducation met en perspective les 30 propositions de l’UMP pour l’éducation en les comparant avec le programme que le parti avait présenté pour les élections présidentielles en 2007.

 » L’UMP a présenté, la semaine dernière, un programme pour l’éducation qui a fait du bruit. Il faut dire que, s’il était appliqué, c’est une véritable révolution dans l’école que propose le parti présidentiel. Les 30 propositions de l’UMP visent à déboulonner quelques monstres sacrés du système éducatif français.

On avait jusqu’alors une Éducation nationale encore très centralisée, avec des programmes scolaires centralisés, des recrutements d’enseignants selon des procédures centralisées, des enseignants peu évalués. Maintenant, il s’agirait de donner davantage de marges d’autonomie aux établissements et aux chefs d’établissement en particulier. Ils auraient plus de liberté pédagogique, ils pourraient – ce qui est tout à fait nouveau – recruter leurs enseignants et ils les évalueraient.

Côté évaluation des élèves, là aussi, ce serait la révolution : les résultats des tests administrés aujourd’hui dans le primaire et au collège seraient rendus publics. Du coup, les familles pourraient, toujours selon l’UMP, se faire une idée de la qualité réelle de l’enseignement dans chacune des écoles. Autre bouleversement, là aussi de taille : les élèves pourraient apprendre l’anglais, dès la maternelle, grâce à la généralisation « de l’apprentissage à distance de l’anglais dès 3 ans, via des outils ludiques ». On aurait donc nos chères têtes blondes et brunes qui, dès 3 ans, apprendraient l’anglais sur Internet.

À l’énoncé de ces quelques mesures – on pourrait en citer d’autres –, on le constate, les propositions de l’UMP sont très innovantes, voire révolutionnaires. Certains observateurs les ont d’ailleurs qualifiées de « programme de rupture ». « Rupture » : c’est ce terme qui m’a interpellée. La « rupture », c’était aussi la thématique centrale de la campagne de l’UMP lors des dernières élections présidentielle de 2007. Nicolas Sarkozy était bien déjà le candidat de « la rupture », avec un programme en éducation qui devait transformer l’école. Du coup, j’ai réalisé un petit exercice un peu cruel d’exégèse des textes.

J’ai analysé dans le détail le programme pour l’éducation que l’UMP avait présenté pour les élections présidentielles en 2007. J’ai aussi étudié la première lettre de mission qui avait été adressée, à son arrivée Rue de Grenelle, à Xavier Darcos, qui était le premier ministre de l’Éducation du quinquennat Sarkozy. La comparaison avec le programme électoral actuel de l’UMP est éclairante. On y retrouve les mêmes thèmes, comme si le temps s’était arrêté pendant cinq ans.
D’abord, les titres des deux programmes électoraux de l’UMP pour l’Éducation en 2007 et en 2011 sont quasiment du copier/coller : en 2007, le rapport s’intitulait : « Éducation : le devoir de réussite » ; en 2011, il est titré : « Du savoir pour tous à la réussite de chacun ».

On y retrouve aussi cinq ans plus tard les mêmes propositions centrales qu’en 2007. L’autonomie des établissements tout d’abord. En 2007, il était proposé, je cite, « de passer d’un système actuel monolithique, sans autonomie, à un système fondé sur l’autonomie des établissements ». On sait le résultat de cette promesse électorale : à l’exception d’une poignée d’établissements – engagés dans une expérimentation –, les choses ont peu bougé de ce côté-là, ce qui n’est peut-être pas une mauvaise chose quand on sait que les chercheurs ne sont aucunement d’accord sur les effets bénéfiques de telles mesures.

De même, le programme de l’UMP de 2007 qualifiait l’évaluation des enseignants de « parodie de notation » et appelait à mettre en place une évaluation au mérite. On sait là aussi la destinée de cette proposition pendant le quinquennat.

De même, les évaluations des élèves – et donc des établissements –, je cite encore, « devaient être rendues publiques dans un souci de transparence à l’égard des parents ». Là aussi, il n’est peut-être pas grave que cette mesure soit restée lettre morte. C’est le prototype de la fausse bonne idée : la publication des résultats provoque davantage de stress dans les écoles sans améliorer tangiblement leurs résultats, comme l’a montré la recherche. De même, nos enfants étaient promis à un avenir bilingue radieux. Il était demandé à Xavier Darcos dès 2007 dans sa lettre de mission que « l’enseignement des langues étrangères commence dès le cours préparatoire et […] que tout élève sorte bilingue du lycée ». Là encore, les résultats sont peu probants.

Il est par contre une mesure, qui était au cœur de la campagne de 2007, et qui, elle, n’est pas reprise pour 2012. C’est le libre choix de l’école par les parents. La fin de la carte scolaire était programmée pour 2010. Mais, comme on le sait, elle a tenu bon. Et cette promesse – non tenue – n’a, elle, pas été remise dans les 30 propositions. Peut-être parce que, sur ce terrain, les citoyens – qui sont aussi, pour partie, des parents et des usagers – peuvent se rendre compte par eux-mêmes, parfois dans la douleur et souvent dans la frustration, qu’un programme électoral est encore et toujours du marketing politique. »

Nathalie Mons

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Article du on Jeudi, novembre 17th, 2011 at 15:33 dans la rubrique de l'émission Rue des écoles, Présidentielles 2012. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Marketing politique et éducation : la chronique de Nathalie Mons”

  1. Pascal Bouchard dit:

    Merci, Nathalie, de ce retour aux sources. Personnellement, j’avais été très frappé par la tonalité du discours prononcé par le candidat Sarkozy en décembre 2006 (à Angers, si ma mémoire est bonne), et qui était à bien des égards un « copié-collé » de « La Fabrique du crétin ». Il mettait l’accent sur la transmission et le respect dû aux oeuvres. Or l’UMP est passée à la personnalisation (qui rappelle quand même par certains côtés « l’élève au centre »), et à la prise en compte des diverses formes d’excellence… Peut-être s’agit-il de légitimer des orientations précoces, mais, philosophiquement, si j’ose ce grand mot, les deux discours sont antinomiques. Dans un cas, l’élève doit s’adapter au cadre, dans l’autre, le cadre prend en compte l’enfant tel qu’il est, avec ses handicaps notamment(la préface du rapport 2010 des inspections générales constate que la loi de 2005 sur le handicap a plus fait bouger l’Education nationale que tous les textes internes à l’institution).
    S’il y a continuité dans les propositions d’action, comme vous le montrez fort bien, il y a changement radical de posture.
    Pascal Bouchard, journaliste

  2. Marketing politique et éducation : la chronique de Nathalie Mons | Les débats d'Educpros  | Communication politique et cie | Scoop.it dit:

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  3. PR27 dit:

    Y a t-il plus que la guerre de tous contre tous ? La concurrence tenant lieu de résolution de tous les problèmes.

  4. Dubois dit:

    J’adore ce type de comparaison temporelle : celle-ci est cruelle. Vous avez dit « rupture » ?

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