Institut Montaigne : l’alternance, une voie d’excellence

Nouveau volet du partenariat EducPros – l’Institut Montaigne. Dans une tribune exclusive, le “think tank” plaide pour le développement de l’apprentissage. “Une des pistes les plus fécondes” pour favoriser l’emploi des jeunes. Pour l’Institut Montaigne, il faut revoir les processus d’orientation des jeunes et revaloriser l’alternance en tant que voie d’excellence car ce mode de formation constitue “un puissant levier” pour rapprocher les mondes de l’éducation et de l’entreprise.

Trois causes structurelles expliquent le sous-emploi des jeunes en France : la formation initiale qui laisse chaque année sortir 200.000 jeunes sans qualification ni diplôme ; la rigidité du droit du travail et la faiblesse des politiques d’accompagnement de nos jeunes décrocheurs.

Un quatrième axe doit également être au cœur des politiques de lutte contre le chômage des jeunes : la formation en alternance, organisée à travers une succession de périodes d’acquisition de savoir-faire en entreprise et de périodes de formation théorique (1). Il s’agit de l’une des pistes les plus fécondes pour favoriser l’accès à l’emploi des jeunes à qui elle apporte un métier et des compétences, un savoir-être et un savoir-faire. Les chiffres en témoignent : l’alternance permet, dans huit cas sur dix, d’obtenir au final un emploi pérenne. Fin décembre 2010, 414.000 jeunes étaient en contrat d’apprentissage et 173.000 étaient en contrat de professionnalisation, pour un total de 587.000 contrats de formation en alternance.

Plusieurs mesures ont été prises ces dernières années afin de généraliser l’alternance et d’inciter les entreprises à embaucher plus de jeunes à travers des contrats de professionnalisation et d’apprentissage, mais beaucoup reste encore à faire. Le système reste illisible et complexe, notamment pour les petites et moyennes entreprises. Il est temps de mettre en place les réformes structurelles qui vont permettre de généraliser l’apprentissage et d’en faire une voie d’excellence.

L’alternance, passeport pour l’emploi

Chaque année, 200.000 jeunes quittent notre système éducatif sans qualification ni diplôme. La France ne pourra bâtir sa compétitivité que sur la qualification et le haut niveau de compétences de ses salariés. À quoi bon se réjouir d’avoir la plus forte natalité d’Europe, si 20 % des enfants à la sortie de l’école primaire ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture, écriture et calcul ?

Pour ces jeunes, le système éducatif n’est souvent pas adapté. L’alternance est un mode de formation alternatif, il ne s’agit pas d’une pré-embauche, mais d’un véritable passeport vers l’emploi qui permet aux jeunes d’obtenir une qualification reconnue et valorisable, en leur apprenant à interagir dans un univers collectif, en développant leurs savoir-être et savoir-faire. Il est essentiel de détecter en amont les jeunes qui risquent de décrocher pour leur proposer une formation en alternance afin de leur donner qualification, métier et diplôme.

Les jeunes sont insuffisamment informés sur les métiers

Les contenus des programmes des lycées et des collèges français, ainsi que les enseignements, n’offrent qu’un faible aperçu de ce qu’est le monde du travail. L’orientation scolaire, notamment dans les quartiers (2), est une véritable catastrophe. Déconnectée de la réalité des professions, elle ignore les prévisions, même approximatives, des besoins de main-d’œuvre fondés sur les scénarios de croissance et de renouvellement de la population active.

La formation en alternance fait le lien entre école et monde du travail. Elle doit être envisagée comme une passerelle vers le monde professionnel, une voie d’excellence tournée vers l’acquisition de compétences opérationnelles.

L’alternance forme tout le monde…

Les Français assimilent trop souvent l’apprentissage à des métiers manuels, difficiles et réservés aux garçons, alors que l’alternance permet de former à tous les métiers. Au cours des dernières années, la percée de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur, notamment dans les grandes écoles, a permis de changer un peu son image. Il est important de mieux informer et d’orienter les jeunes pour les sensibiliser aux avantages de l’alternance.

Le système éducatif doit jouer un rôle majeur dans ce sens en les sensibilisant à la vie professionnelle et aux métiers, dès la classe de troisième. Les familles et les acteurs du système éducatif doivent également être sensibilisés à cette autre forme d’enseignement qu’est l’apprentissage et aux exemples de réussite. Il faut rappeler que l’alternance a toujours existé dans les voies d’excellence, à commencer par la médecine.

La responsabilité des entreprises mise en avant

Pour les entreprises, l’alternance permet de qualifier des professionnels, de diversifier les recrutements, de favoriser l’entraide chez les collaborateurs et d’actualiser en continu les connaissances. Les entreprises ont une vraie responsabilité dans le développement de l’alternance. La fonction du tuteur doit être valorisée et pensée en fonction des besoins des entreprises. Le secteur public doit également s’ouvrir à l’alternance et former des jeunes.

Puisant levier pour l’emploi des jeunes et véritable outil d’intégration, l’alternance permet de préparer les jeunes à des métiers d’avenir, de développer les territoires, de rapprocher les mondes de l’éducation et de l’entreprise.

(1) L’alternance est un terme général et l’apprentissage un mode de formation de l’alternance. Il existe deux types de contrats en alternance : le contrat d’apprentissage, destiné aux jeunes de 16 à 25 ans dans le cadre de la formation initiale, permet d’alterner périodes théoriques en CFA (centre de formation des apprentis) et en entreprise ; le contrat de professionnalisation, ouvert aux jeunes de 16 à 25 ans et aux demandeurs d’emploi de plus de 26 ans, a pour but l’insertion professionnelle de l’individu (les cours ne représentent en conséquence que 20 % de la durée du CDD).

(2) Cf. le rapport “Banlieue de la République” publié par l’Institut Montaigne en octobre 2010. Dans cette étude menée à Clichy-Montfermeil (93), la figure la plus détestée par nombre de jeunes est celle du conseiller d’orientation à la fin du collège, loin devant les policiers. Il cristallise sur sa personne l’inadéquation entre formation et insertion sociale.

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Article du on mercredi, mars 21st, 2012 at 16:10 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

9 commentaires “Institut Montaigne : l’alternance, une voie d’excellence”

  1. Institut Montaigne : l’alternance, une voie d’excellence | TravelSquare dit:

    […] Institut Montaigne : l’alternance, une voie d’excellence […]

  2. Burckel dit:

    On ne peut qu’être d’accord avec le contenu , mais encore une fois on oublie le 3ème pilier fondamental de l’apprentissage : les centres de formation . Contrairement à ce beaucoup semble croire en France , l’enseignement n’est pas gratuit et les professeurs ne sont pas des bénévoles.
    A aujourd’hui la taxe d’apprentissage telle qu’elle est définie ne suffira jamais à payer la totalité des coûts de formation de l’ensemble des apprentis si on veut atteindre les chiffres ambitieux annoncés par Mme Morano.
    Un grand nombre de grandes et de très grandes entreprises se retranchent derrière une loi stupide qui les autorise à ne payer que ce qu’une partie de leur taxe leur permet de payer . Ce qui revient pour certains centres de formation à ne percevoir qu’un tiers de ce que coûte la formation de l’apprenti.
    L’attention du gouvernement a été attirée depuis longtemps sur ce fait , mais rien ne bouge . Bien au contraire il semblerait que cet état de fait dissimule un aganda caché : faire prendre en charge une partie des coûts de l’enseignement et de l’éducation supérieure publiques par les entreprises .En effet la répartition obligatoire de la taxe ne tient pas compte de la structure publique, privée ou associative.Du coup les écoles déjà financées par l’état touchent autant que celles qui ne le sont pas.
    Bref en l’état l’augmentation programmée du nombre d’apprenti va conduire inéxorablement à une forme de nationalisation de l’apprentissage.Mais Mme Morano et notre gouvernement de droite ne sont pas à un paradoxe près.

  3. marie brischoux dit:

    excellente tribune, nous sommes d’autant plus d’accord que la création des filières en alternance dans l’école a transformé la professionnalisation des étudiants, favorisant ainsi leur intégration professionnelle.
    nous ne demandons qu’à poursuivre et les entreprises ne cessent d’augmenter leur propositions.
    SEUL BEMOL et de taille: le finacement dont bien sûr personne ne parle: le financement.
    la gratuité de la scolarité qu’offre l’apprentissage à nos étudiants devrait être compensé par le financement via la taxe des entreprises.
    Hélas ce n’est pas le cas. exemple une grande entreprise du cac 40 a embauché 9 étudiants de l’école en apprentissage et souhaite encore augmenter le nombre d’apprentis.coût pour l’entreprise 86 000€ pour des bacs +5. Réellement versé 9300€!!! coût pour l’école 85 700€!!
    nous sommes donc dans l’obligation de limiter le nombre d’apprentis et nous songeons très sérieusement à fermer la filière que nous n’avons pas les moyens de financer!!!a quand un commentaire de l’Institut Montaigne sur la question du financement?

  4. ledogar dit:

    Pour réellement développer et sécuriser les formations alternées, il va falloir se concentrer sur l’accompagnement des alternants au moins dans leurs premiers contacts avec l’entreprise. Un trop grand nombre d’entre eux se retrouve cantonné à des activités peu formatrices qui compromettent leur contrat et/ou leur appétence pour la formation.
    Cet accompagnement doit se démarquer clairement de la TRE et force les centres de formation à intégrer à la fois un axe postural (attendre ou aller au devant de l’activité ?) et un travail pédagogique (quelles connaissances sont nécessaires pour cette activité au devant de laquelle je vais ?).
    Cette approche se distingue fortement de celle qui consiste à chercher à faire, avec toujours un temps de retard, et sans jamais pouvoir le faire réellement, le lien entre la formation de l’alternant et son travail réel quotidien (ou inversement). Ce dysfonctionnement majeur de l’alternance compromet en fait les velléités d’excellence de l’alternance.

  5. Z.A. dit:

    Pourquoi Jean-Pierre a-t-il obtenu le baccalauréat, et pourquoi Jean Pierre était-il au nombre des « 200 000 jeunes sans qualification ni diplôme » ? Le chaînon manquant est le trait d’union entre Jean et Pierre ; en effet, lorsque pour une tâche importante l’on s’en remet à un ordinateur, c’est-à-dire une machine qui sait compter jusque 1, on s’expose à un risque, celui de partir de prémisses fausses, et donc d’arriver à des propositions non pertinentes.
    En réalité Jean-Pierre et Jean Pierre sont un seul et même jeune homme, et depuis près d’un an les directeurs de centres d’information et d’orientation (CIO), majoritairement responsables ou maîtres d’oeuvre des dispositifs de suivi et d’aide aux décrocheurs, effectuent un travail de bénédictin pour épurer les listes fournies par le ministère. Bizarrement, autant le lancement de ce dispositif a été médiatisé, autant on observe un silence radio sur les premiers résultats que l’on peut schématiser ainsi : un quart des jeunes sont diplômés, mais pour les raisons susdites le croisement informatisé des bases a été imparfait, un quart sont encore scolarisés ou en formation, mais ont été dénombrés pour les mêmes raisons, un quart ont une solution identifiée grâce au suivi (ou sont à la recherche d’une solution : chercheurs d’emploi ou d’apprentissage), un quart sont en très grande difficulté et pour la plupart déjà suivis dans le cadre de la mission générale d’insertion de l’éducation nationale, ou par les missions locales.
    Un quart, c’est aussi le taux de rupture de contrats dans la voie d’excellence que constitue l’apprentissage ; l’apprentissage qui d’ailleurs ne manque pas de candidats, ce sont les offres qui font défaut ce n’est donc pas auprès des jeunes qu’il faut en accentuer la promotion.
    Pour ce qui est des « quartiers en relégation », comme les qualifie le rapport évoqué, ils sont le résultat d’une politique de déménagement du territoire, avec des conséquences sur les jeunes qui y habitent et dont le point de vue ne peut dépasser la ligne d’horizon, qui se confond avec la limite du quartier voisin, qu’au prix d’une détermination exceptionnelle ; les taux d’orientation constituent là une évaluation de cette politique, ils en sont un effet et non une cause.
    Globalement en France 2 % de jeunes quittent donc l’ensemble des systèmes de formation sans diplôme et sans qualification alors que le taux de chômage avoisine les 10 % ; sur l’ensemble du territoire, il y a donc un gain sur le déterminisme social ; d’une tranche d’âge à l’autre on observe des demandeurs d’emploi de plus en plus instruits et de plus en plus formés professionnellement.
    Des comparaisons internationales ont également été effectuées sur le coût et la productivité des travailleurs ; eh ! bien les français sont en tête de peloton ; il serait peut-être alors judicieux de suggérer un système de vases communicants entre des travailleurs harassés par le travail (objectifs de production, trajets…) et des demandeurs découragés par sa recherche.
    Z.A., professionnel du conseil en orientation et syllogiste à ses heures

  6. Michel ABHERVE dit:

    Vous écrivez « Les chiffres en témoignent : l’alternance permet, dans huit cas sur dix, d’obtenir au final un emploi pérenne. »
    Pouvez vous donner les sources des chiffres auxquels vous faites référence
    Merci d’avance

  7. Un absent dans la Tribune de l’Institut Montaigne, la rupture des contrats | Le Blog de Michel ABHERVE dit:

    […] Dans ses grands débats, EducPros publie une intéressante tribune de l’Institut Montaigne: “l’alternance, une voie d’excellence” […]

  8. François dit:

    D’où vient le 200 000 jeunes ?
    D’après la DEPP (RERS 2011) quittent chaque année l’éducation nationale sans diplôme ou avec un simple brevet 12% des filles et 23% des garçons, ce qui fait un peu moins de 140 000.
    Le problème (mondial) du décrochage scolaire est avant tout un problème de garçons.

  9. alainaugé dit:

    L’alternance n’a que des avantages!!!
    Sur le site du MEDEF : simulation du coût salarial pour l’entrepruse
    jeune de moins de 21 ans préparant un diplôme en 2 ans
    -En contrat d’apprentissage : reste 7 047,14 € à la charge de l’entreprise
    -En contrat de profesionnalisation : 18 090,43 € à la charge de l’entreprise
    Bravo aux entreprises qui embauchent encore des contrats de professionnalisation. Mais arrêtez de mettre dans le mot « alternance » les deux contrats »? C’est indécent!
    A quand le même coût pour les entreprises??

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