L’économie politique de la connaissance, par Franck Vidal

Dans une tribune, Franck Vidal, le directeur général d’Audencia Group, revient sur les propositions de la CGE (Conférence des grandes écoles) adressées aux candidats à l’élection présidentielle de 2012. Des propositions intitulées « Pour une société de la compétence et de la connaissance » trop peu commentées jusqu’ici », selon ce responsable de l’enseignement supérieur qui articule son propos autour de la devise de la République française « Liberté – égalité – fraternité ».

« Rompant avec une habitude de plus grande discrétion en pareilles circonstances, la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) a récemment rendu public un document intitulé « Pour une société de la connaissance et de la compétence » qui constitue la contribution de la communauté des grandes écoles françaises d’ingénieurs et de commerce aux actuels débats en vue de la prochaine élection présidentielle. Jusqu’ici assez peu commentées, les propositions de la CGE pour « L’éducation, l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation » méritent pourtant mieux que le silence ou la mention brève et distanciée qui ont pour l’essentiel accompagné leur publication. Ce relatif désintérêt est d’autant plus regrettable que la prise de position de la CGE me semble porter en elle les ferments ou la trace de convictions fortes sur lesquelles je souhaite revenir ici. Cette lecture, cela va sans dire, n’engage nul autre que moi, mais je ne crois pas cela étant qu’elle trahisse l’esprit des propositions qui en sont l’objet.
J’organise mon interprétation selon trois dimensions, trois aspirations ou trois impératifs – chacun choisira – qui, je l’imagine, ont encore quelque trait d’évidence pour la plupart d’entre nous.
Liberté. La société de la connaissance suppose d’être libre. Libre d’étudier, de penser, de circuler, de s’établir, de travailler, de créer, de participer, d’entreprendre. Evidences sans doute. Evidences certes. Mais qu’il s’agit de rendre pleinement actualisables, véritablement concrétisées. Pour tous. C’est aujourd’hui encore, c’est maintenant à nouveau et d’abord, à la puissance publique, celle de l’Etat au premier chef, qu’il appartient de garantir cette liberté commune et d’en promouvoir l’exercice. Dans la plénitude réaffirmée d’attributions régaliennes qu’il ne dilue ni dans l’opacité supranationale, ni dans l’enchevêtrement territorial, l’Etat, servi par un corps respecté de fonctionnaires impartiaux, doit rouvrir sous nos pas les voies de l’émancipation.
Egalité. La société de la connaissance s’accommode mal du creusement des inégalités. Fondée sur l’innovation et la coopération, elle s’épanouie bien davantage dans la rupture que dans la reproduction, dans l’initiative que dans l’accumulation, dans l’acquisition que dans la transmission, dans le travail que dans la rente. Dit autrement, au-delà d’une « égalité des chances » trop formelle, la société de la connaissance se réalise plus sûrement par le rapprochement des conditions qui stimule et ouvre à de nouveaux possibles, que dans leur injustifiable éloignement qui stigmatise et assigne à la dépendance, voire à la déviance. En termes opératoires, il doit s’agir pour notre Etat réaffirmé de viser à une réduction sensible des différences de revenu disponible après impôt et redistribution. Les modalités techniques, hors de mon propos, sont potentiellement diverses et les propositions sérieuses en la matière ne manquent pas. Je m’en tiens donc ici à énoncer la ligne. Je la crois au cœur de notre renaissance, nécessaire et possible.
Fraternité. La société de la connaissance appelle au collectif et à la promotion du bien commun. Au-delà de la reconnaissance du talent individuel, elle repose sur la mise en mouvement d’écosystèmes associant, sur un territoire donné, une pluralité d’acteurs (entreprises, universités et grandes écoles, organismes de recherche, collectivités locales, chambres consulaires, pôles de compétitivités, etc.) qui concourent à l’émergence de nouvelles modalités organisationnelles, hybrides, souples, éminemment adaptables et mobiles dans le cadre de projets de développement économiques, sociaux et environnementaux, décidés localement ou sous l’impulsion de l’Etat. L’épanouissement de tels écosystèmes que l’on sait terreaux d’innovation et de foisonnement entrepreneurial, n’est cependant possible que soutenu et régulé par des services publics diversifiés, de haut niveau et de forte densité. Plus largement, la poursuite d’un développement responsable, tout à la fois profitable pour nos entreprises et renouant avec la recherche d’un progrès partagé, ne peut s’envisager durablement sans maintien ni renforcement de ces services collectifs, financés par chacun pour la jouissance de tous.
Tout ceci pourra paraître quelque peu schématique. On est allé à l’essentiel. Immergées dans cette économie de la connaissance globale et très intensément concurrentielle qu’elles contribuent à façonner, nos écoles, aux côtés des entreprises, en perçoivent également les ingrédients nécessaires pour un succès durable. Et sur bien des points, ce qui fait encore modèle dans notre pays, loin de constituer un frein, fonde les bases de sa réussite.  »

Frank VIDAL
Directeur Général d’Audencia Group

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Article du on mardi, avril 10th, 2012 at 14:58 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

Un commentaire “L’économie politique de la connaissance, par Franck Vidal”

  1. L’économie politique de la connaissance dit:

    […] Vous pouvez découvrir le texte de cette tribune sur le site EducPro. […]

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