Quand les grandes écoles publiques et les universités réinventent leur modèle économique …

La fin d’un monde …

Les établissements publics d’enseignement supérieur sont confrontés à des changements majeurs dans leur environnement. Universités, grandes écoles publiques (une partie notable des écoles d’ingénieur notamment) ont longtemps vécu dans un univers protégé par la tutelle de l’Etat.

Longtemps, ces établissements ont rempli une mission de service public (la délivrance de diplômes nationaux), en échange d’une subvention de fonctionnement calculée selon des formules automatiques, et de la prise en charge directe des salaires de leurs professeurs par le Trésor Public.

Pour les grandes écoles notamment, ce système était très protecteur. Les « bons » élèves français allaient en classes préparatoires, choisissaient ensuite leur école selon un classement établi de longue date sur la base du prestige historique des écoles, obtenaient leur diplôme et entraient ensuite très majoritairement dans une entreprise du CAC 40.

Le vent du grand large

Depuis quelques années, l’environnement évolue à grande vitesse pour ces institutions ; le vent de la concurrence souffle. L’ouverture au grand large. Avec quelques années de retard sur les business schools, qui connaissent ces phénomènes depuis une vingtaine d’années, écoles d’ingénieurs et universités font l’expérience d’un monde plus ouvert.

La concurrence porte sur les étudiants, internationaux mais aussi de plus en plus souvent français, qui sont tentés par d’autres systèmes d’éducation. La Grande Bretagne exerce ainsi une attraction de plus en plus grande sur des bacheliers français, par son système réputé plus soucieux du bien-être de l’étudiant (le système des colleges), la réputation internationale de ses universités et le caractère plus progressif de la sélection.

La concurrence porte aussi sur les professeurs ; à l’image des professeurs de finance que les business schools s’arrachent à prix d’or, on commence à voir des pénuries dans certains segments des sciences de l’ingénieur. En systèmes d’information, dans certains segments des sciences de l’entreprise par exemple.

S’imposer dans un contexte concurrentiel coûte cher. Coût des campagnes marketing pour attirer les bons candidats ; coût de la construction d’une marque dans des pays lointains dans laquelle tout le travail de création de la notoriété de marque est à faire ; coût croissant des professeurs les plus côtés, pour lesquels nos établissements publics pourtant corsetés dans des réglementations serrées, imaginent des systèmes compliqués de rémunérations complémentaires, afin de retenir les meilleurs.

Etre visible dans un monde ouvert peut tenir à des éléments très matériels ; un beau campus, une signature d’architecte prestigieux pour un nouveau bâtiment sont des éléments importants de visibilité auprès d’étudiants issus des pays émergents, qui cherchent une institution pour étudier à l’étranger. Lorsque l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne réalise le Rolex Center, elle investit dans un élément clef de son image internationale, et se démarque ainsi de la concurrence.

Il est évident que la subvention de l’Etat, qui plus est d’un Etat de plus en plus impécunieux, ne peut suffire aux besoins financiers accrus des établissements.

Alors comment faire ?

De nouvelles activités pour financer les établissements

Les institutions développent plusieurs voies, depuis quelques années, pour accroître et diversifier leurs financements. On peut distinguer :

les activités contractuelles, de type business, qui consistent à réaliser des prestations pour le compte de clients ; les marges sont ensuite reversées à l’établissement. Il s’agit par exemple de la formation continue, ou des contrats de recherche

les activités de réponse à des appels d’offres, publics, para publics ou privés. Agence Nationale pour la Recherche ; pôles de compétitivité ; projets régionaux ; mais aussi des fonds privés tels que le Fonds Axa pour la Recherche ou le Fonds Exane. Le financement sur projet se substitue de plus en plus à la subvention directe pour financer la recherche.

Les activités de type sponsoring, notamment de partenaires entreprises qui souhaitent développer leur «image employeur », pour identifier les bons candidats et les recruter. Le partenariat est censé être gagnant, quand l’entreprise sécurise son recrutement, tandis que l’université améliore sa capacité à mieux insérer les étudiants dans le marché de l’emploi.

Les activités de mécénat, de type philanthropique. Mécènes privés (grands et petits donateurs aux Fondations d’universités) ; mécénat d’entreprises soucieuses de développer leur image d’entreprises responsables.

Les nouvelles activités transforment en profondeur les institutions

L’impact de ces nouvelles activités sur les institutions est massif ; outre leur rentabilité, qui est variable selon les cas, ces activités amènent les établissements sur des voies inédites.

Elles les amènent à développer des structures nouvelles, telles que les entités de formation continue ; à prendre des risques nouveaux, de type commercial ; à apprendre à vendre, suivre la satisfaction d’un client, respecter la volonté d’un mécène ; à répondre dans l’urgence à un appel d’offre…

… et également à développer la traçabilité des financements, et faire du reporting ; à mettre en place un système de contrôle interne, distinguant activités bénéficiaires (par exemple les activités commerciales) et activités déficitaires (souvent les formations pour les diplômes nationaux).

…. à recruter des profils nouveaux, des compétences nouvelles ; telles que par exemple les formateurs spécialisés en formation continue.

… à rémunérer de nouveaux personnels sur des grilles de salaires internationales, souvent plus élevées que les grilles françaises issues de la fonction publique ; ainsi pour les professeurs « stars » recrutés sur chaires.

Toutes ces transformations ne vont pas sans tensions, questionnements ; elles posent des interrogations sur le fond, la gouvernance, l’éthique.

La proposition de ce blog, au fil des articles que je vous proposerai, est d’explorer ces nouvelles formes d’activités induites par l’ouverture des universités et écoles à la concurrence, et par l’aiguillon de la recherche de nouveaux financements. Pour chacune d’elle je vous proposerai une perception de sa dynamique, de son potentiel, de ses écueils. Et de son impact sur l’établissement qui la développe.

C’est à un voyage dans un monde en pleine transformation que je vous convie. C’est mon quotidien professionnel, et il est passionnant.

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This entry was posted on mercredi, mars 21st, 2012 at 23:05 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “Quand les grandes écoles publiques et les universités réinventent leur modèle économique …”

  1. PR27 Says:

    Effectivement, ces transformations ne vont pas sans questions, sans tension. Cependant, il ne faudrait pas prendre ces questions selon les fameux procédés parfois hautains de « résistance au changement » ; le périmètre de la fameuse « éthique » risque d’être souvent limité à ce qui épargne les principes de la marchandisation et simplement veiller à lisser les formes.

    Apprendre à répondre en urgence à un appel d’offres, on le fait depuis des années, et justement, on a eu un peu de mal à se convaincre que c’est un défi pour apprendre à progresser.

    Quant à l’attraction de la GB pour les étudiants français, s’agit-il de quelques secteurs particuliers ? Pour ceux qui veulent devenir ingénieur (dans des domaines technologiques, pas dans la finance), seront-ils mieux lotis pour 9000 €/an là-bas ?

  2. kris4095 Says:

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