Aborder le marché chinois de l’éducation supérieure : quelles formations pour demain ?

L’Ecole Centrale Paris prévoit l’ouverture en 2014 d’un Mastère Spécialisé sur le thème : Doing Business in China. Ce programme, d’une durée d’une année, vise à former des jeunes diplômés et managers français, aux spécificités du management industriel dans le contexte chinois. C’est un mix de culture chinoise, de management et d’Industrial Engineering.

 

Cette ouverture ira de pair, cet automne, avec l’organisation d’une Learning Expedition en Chine, destinée cette fois-ci à des cadres expérimentés, soucieux de s’initier aux réalités de la Chine.

 

Ce programme témoigne de l’attrait de la Chine comme eldorado de l’enseignement supérieur, tant en formation initiale que professionnelle : plus grand vivier d’étudiants au monde ; une croissance du nombre d’étudiants se chiffrant en millions chaque année ; des flux « d’export » massifs d’étudiants, solvables, vers des programmes de formation en Occident ….

Toujours sur un concept : former des Chinois selon les modèles académiques occidentaux.

 

Et pourtant, ce marché évolue, mûrit. Il y a 8 ans, quand les Ecoles Centrales ont lancé Centrale Pékin, il s’agissait principalement de former des jeunes Chinois à l’ingénierie et au management selon les canons internationaux : capacités transverses, mode projet, management matriciel et fonctionnel, équipes multi disciplinaires …

L’enjeu était alors d’ « importer » en Chine les meilleures pratiques du reste du monde. L’enseignement à Centrale Pékin est dispensé en Français, à la demande des autorités chinoises, et son cursus est calqué sur celui d’une Ecole Centrale.

Ce modèle de type « copier/coller » a fait florès : les programmes de formation « à l’occidentale » en Chine se sont développés depuis: projets de Paristech, de l’ISAE, Utseus ….  pour ne citer que les programmes d’origine française.

 

Aujourd’hui, le contexte chinois change. Le lancement par l’Ecole Centrale d’un Mastère Spécialisé destiné à des Occidentaux en Chine indique que nous ouvrons peut-être une nouvelle phase placée sous le signe de l’hybridation culturelle. Hybridation des Occidentaux qui se forment à la culture chinoise pour être employés par les entreprises occidentales en Chine, parfois désormais en contrat local pour prendre le relais des expatriés ; mais aussi demain par les entreprises chinoises désireuses de s’ouvrir au monde, et qui devront demain embaucher des Occidentaux « sinisés » en Chine.

Mais aussi peut-être, dans un futur proche, hybridation des Managers Chinois désireux de découvrir l’Europe, pour diriger les sociétés nouvellement acquises en Europe par les grands groupes Chinois en phase de globalisation ?

 

Je ne sais pas ce que demain la Chine sera pour les Ecoles et les Universités françaises ; mais j’ai la ferme conviction que les formations  que nos écoles développeront en lien avec la Chine (sans forcément être en Chine) devront mettre l’accent sur l’inter-culturalité et l’hybridation : celle des Occidentaux qui travaillent en Chine, et celle des Chinois qui partent à la conquête (économique) du monde. Il ne suffira plus de copier les modèles éprouvés chez nous pour réussir.  Ces formations devront s’adapter à une réalité mixte, et inventer un nouveau modèle, pour de nouvelles compétences.

La Chine devient un acteur mondial : immense marché intérieur, qui est également à l’origine de grands groupes globaux. A nous désormais d’imaginer les nouvelles formations adaptées à cette réalité.

 

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This entry was posted on jeudi, juin 27th, 2013 at 22:22 and is filed under International. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Aborder le marché chinois de l’éducation supérieure : quelles formations pour demain ?”

  1. Cedric Says:

    « une croissance du nombre d’étudiants se chiffrant en millions chaque année »
    => A priori pas si l’on en croit les chiffres du Gaokao pertinents pour la formation initiale.
    Quant à la formation continue, elle est encore balbutiante et peu pertinente à étudier en terme de croissance tant la part de l’enseignement des langues (et en particulier l’anglais) est importante (quasi 50%).

    « Ce modèle de type « copier/coller » a fait florès : les programmes de formation « à l’occidentale » en Chine se sont développés depuis: projets de Paristech, de l’ISAE, Utseus …. pour ne citer que les programmes d’origine française. »
    => Certes mais cette remarque oublie un élément important de différentiation de ces programmes de formation qui est une base de durabilité: le business modèle. Deux exemples à regarder de plus près pour une alternative au modele subventionné: l’IFC Renmin (Sorbonne, Paul Valery, Euromed) et SJTU-ParisTech plus récemment.

    Une dernière remarque n’engageant que moi sur l’hybridation culturelle: elle se fait déjà depuis de nombreuses années dans le sens Chine-France car nous forçons et les étudiants chinois font l’effort d’apprendre le français pour venir étudier en France. Or la langue est un vecteur d’integration et de culture fort.
    Il est dommage que cet effort ne soit pas reciproque car il me semble difficile de parler d’hybridation culturelle dans le sens France-Chine avec quelques séjours de découvertes qui ne sont souvent qu’un verni marketing. Nous n’avons encore que très peu d’hybrides culturels français avec la Chine.

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