Frais de scolarité : entre la France et les Etats-Unis, un océan nous sépare ?

S’il y a un bien un sujet pour lequel les universités américaines sont régulièrement citées en France, c’est bien l’épineux problème des frais de scolarité.

Le débat a été particulièrement stimulé cet été par la publication du rapport de Pierre-André Chiappori, professeur d’économie à Columbia University, pour l’Institut de l’Entreprise, sur le financement de l’enseignement supérieur par le secteur privé. Second coup de tonnerre, c’est cette fois-ci Terra Nova, think tank réputé proche du PS, qui propose un triplement des droits de scolarité en licence, et un quadruplement en master et doctorat.

Si le rapport de Pierre-André Chiappori, souligne l’importance du financement par les entreprises et les premiers pas faits en France notamment via les fondations, il appelle surtout à « lever le tabou des frais d’inscriptions ». Il souligne que la gratuité des frais d’inscription bénéficie principalement aux enfants des classes moyennes supérieures, et qu’aux Etats-Unis, les frais d’inscription, via une logique redistributive, permettent aux plus démunis d’accéder à l’université tandis que les plus aisés mettent la main à la poche (le rapport évalue à 1/3 du total brut des frais de scolarité, les sommes redistribuées aux étudiants nécessiteux). La proposition se révèle assez proche des idées de Terra Nova qui propose d’allouer les fonds générés par l’augmentation des droits de scolarité à une allocation étudiante.

Le système suggéré ici n’est ni plus ni moins que le système de modulation des frais de scolarité mis en place à Sciences Po par Richards Descoings. Les droits de scolarité varient de 0 à 9300 € pour la licence et de 0 à 13000 € pour le master en fonction de l’ensemble des revenus déclarés et de la taille des foyers. Ces sommes permettent entre autres de financer des bourses pour les élèves les plus défavorisés. L’inflation de ces frais n’est pas négligeable, puisque le plafond des frais de scolarité s’élevait à 4000 € quand la modulation a été mise en place en 2005 ! A l’époque le grand jeu parmi certains étudiants était d’ailleurs de se faire détacher du foyer fiscal de ses parents pour éviter le couperet !

Ici aux Etats-Unis, dire qu’une inscription à la Sorbonne (seule université dont la marque et l’histoire sont parvenus à traverser l’Atlantique) coûte moins de 500 € est le meilleur moyen de susciter l’étonnement chez son interlocuteur, comme le prouve ce récent papier d’une journaliste de Forbes, enthousiaste quant à la bonne affaire que représente le fait d’étudier en France.

Si le débat reste ouvert (et personnellement je compte bien sur cette année pour me faire une idée sur la question), un des principaux obstacles à une éventuelle hausse des droits de scolarité, comme le souligne le Président de Paris VII dans son commentaire du rapport de Pierre-André Chiappori, est l’opposition des syndicats étudiants, comme nous le rappelle le palmarès annuel des frais d’inscription illégaux de l’UNEF.

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This entry was posted on Dimanche, septembre 4th, 2011 at 16:44 and is filed under Etudes aux USA, Système éducatif. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

6 Responses to “Frais de scolarité : entre la France et les Etats-Unis, un océan nous sépare ?”

  1. Militant PS Says:

    Le bureau national du parti socialiste a voté récemment CONTRE l’augmentation des frais d’inscription.

    Le seul obstacle à l’augmentation des frais d’inscription serait l’opposition des syndicats ?
    Donc, il n’y a que des obstacles matériels, le “bon sens” indiquant qu’il faudrait augmenter ces frais ?

    L’article est bien clair : ça permet…. aux plus riches… aux plus démunis.
    Et les gens entre les deux ?

    Cette histoire misérable n’est qu’une logique de remise en question de l’impôt et de sa progressivité.

  2. ma-vie-de-doctorant-aux-usa Says:

    Un des “principaux” pas “le seul”. Et je parlais d’obstacle matériel.

    C’est justement parce que le PS s’est décidé contre une telle mesure qu’il est intéressant de savoir que Terra Nova (organe de réflexion de gauche) se détache d’une telle décision.
    La véritable question est pourquoi?

    Une des réponses apportées par les présidents d’universités est la demande d’une fusion préalable entre Grandes Ecoles et universités. Mais c’est un autre débat.

  3. Militant PS Says:

    Merci de cette réponse et de la précision sur le “principal”. Vincent Berger s’étant engagé dans la campagne de Martine Aubry, il va falloir qu’il montre un peu ses cartes ; Isabelle This Saint-Jean, membre de la même équipe, elle, s’est exprimée nettement contre les frais d’inscription. Montebourg, clairement contre. Hollande, pas très clair.

    bon vent à votre nouveau blog !

  4. ma-vie-de-doctorant-aux-usa Says:

    Merci pour ces précisions. J’ai hâte de voir les candidats socialistes débattre plus franchement de la question de l’enseignement supérieur : comme vous dites, certains candidats ne sont pas clairs sur ces problématiques.

  5. g. Says:

    “L’article est bien clair : ça permet…. aux plus riches… aux plus démunis.
    Et les gens entre les deux ?”

    Argument peu valable si on remonte les plafonds d’obtention des bourses. Ce qui normalement devrait arriver logiquement car ils sont fixés par une soustraction : AD - FdI < CC traduction Argent Déclaré - Frais d’inscription < Coût du quotidien, si c’est le cas alors la personne est éligible à la bourse. donc si on augmente les frais d’inscription on augmente le nombre d’éligible. Mais je suis d’accord que plus on la monte plus il y a de personnes qui ne sont pas éligibles de peu. D’un autre coté sa augmentera le nombre de bourse et le nombre de demande : donc plus de bourses aux mérites, donc plus de possibilité d’ascension social. Et par conséquent moins de “on finance des pauvres a rien faire”.
    C’est une manière un peu détourner de faire de la sélection, mais comme de toutes façon la France ne pourra jamais faire un concours d’entrée en L1 ou en M1 (sous risque de révolte syndicale), il faut bien trouvé un moyen. mais je m’égare.

    Revenons a ma soustraction:
    La plus grandes incertitudes est bien celle-ci: le coût du quotidien. Hors celui ci est extrêmement variable en France. Pourquoi ne pas adapter ces frais d’inscriptions en laissant une marge de manœuvre au fac ? L’Unef défend ce principe d’un cout constant sur tout le territoire, mais ils ne prenne pas en compte que le coup de la vie est plus faible en province et que si des université de province augmente leur frais d’inscriptions c’est souvent pour donner plus de moyen à leurs équipes / leurs enseignements et rivaliser avec les grands de la région parisienne.

    Et puis je ne peux m’empêcher de me fendre d’un LOL. pour une fois que la gauche a le moyen de faire payer les (futurs) patrons, ils vont critiquer les IAE… vraiment…

    Pardons pour l’orthographe

  6. PR27 Says:

    @g :

    - “l’argument peu valable” : vous semblez ouvrir là une usine à gaz dupliquant un peu des considérations fiscales. La fiscalité a une échelle continue, les bourses une échelle généralement discrète. Ah…. finalement les bourses serviraient à financer les gens qui sont à la fois pauvres et très bons. On pourrait compléter les promos avec des riches et “moyennement bons”. Cynisme ? Non, c’est ce que je constate se mettre en place dans certaines formations de l’enseignement supérieur public. Sous couvert hypocrite de prime au mérite, c’est simplement l’optimisation de critères d’un monde concurrentiel.

    - la gauche critique les IAE ? Je ne crois pas, en tout cas certainement pas globalement.

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