Une chose qui m’a réellement frappé parmi les étudiants que j’ai rencontrés ici à Columbia et avec qui j’ai eu le loisir d’interagir est leur étonnante familiarité avec le monde de la recherche, ses méthodes et ses pratiques, aussi bien pour les étudiants en sciences sociales qu’en sciences dures.
Au sein de la business school (ce qui inclut des étudiants en MBA ou masters marketing/finance mais aussi de nombreux étudiants en mathématiques, études environnementales, sciences politiques, etc. suivant des cours en dehors de leur département d’origine) les étudiants ont une idée assez claire de ce qui se fait dans un laboratoire de psychologie expérimentale, ou comment l’économétrie peut être utilisée comme un outil de validation scientifique, pour ne donner que quelques exemples parmi d’autres.
Cette connaissance est généralement fondée sur leur implication passée dans des projets de recherche. En effet, aux Etats-Unis, une manière de financer ses études est de travailler pour des professeurs, souvent en les aidant pour leurs travaux de recherche (et aussi parfois pour la préparation de leurs cours, mais c’est une autre histoire). Les étudiants en « undergrad » ont donc souvent à faire valoir sur leur CV une expérience de « lab assistant ». En master, promotion oblige, on passe de « lab assistant » à « lab associate ». Le salaire n’est généralement pas mirobolant, et la motivation première n’est donc pas toujours l’argent.
Des échanges que j’ai eus avec des doctorants en sciences dures, en sciences sociales ou au sein de la business school, ces « research assistantships » ou les travaux qu’ils ont pu effectuer au sein des laboratoires de leur université ont bien souvent été décisifs dans leur choix de poursuite d’études.
En France, il est souvent suggéré que trop peu de diplômés de grandes écoles poursuivent en doctorat, comparés aux diplômés de l’université. Pour certains, cela proviendrait d’un problème d’employabilité : un diplôme d’ingénieur, pourtant bac +5 est considéré comme plus facilement « vendable » qu’un diplôme requérant pourtant 3 ans de plus. D’après une étude largement citée du Centre d’Analyse Stratégique, datant de 2010, les ingénieurs ont un taux de chômage de 4 % tandis que 10 % des docteurs sont sans emploi (1).
Selon moi, une autre explication peut être fournie : on ne donne peut-être pas suffisamment envie aux jeunes diplômés de grandes écoles l’envie de faire une thèse. Choisir le doctorat n’est pas seulement un calcul : j’ai la conviction qu’on ne s’engage pas dans une telle aventure pour améliorer son insertion professionnelle, mais plutôt par curiosité intellectuelle et par appétence pour le monde de la recherche.
La question est donc : comment développer cette appétence ? Maximiser l’implication des étudiants dans le développement des projets de recherche de leurs professeurs, inviter ces derniers à expliquer leurs travaux le plus souvent possible, avoir des exigences élevées concernant les mémoires de master (pour en faire de réels travaux de recherche, avec toute la rigueur que cela nécessite)… Les opportunités d’interaction entre les étudiants et la recherche sont nombreuses. Il ne tient qu’à nous de les développer pour susciter de nouvelles vocations !
(1) Source : http://www.strategie.gouv.fr/content/note-de-veille-189-les-difficultes-d’insertion-professionnelle-des-docteurs







Si on lit attentivement l’étude citée, on voit que le taux de chomage des docteurs en “Informatique, Sciences de l’Ingénieur” est de 4 % (en moyenne sur 1999-2007) et celui des docteurs en “Droit, économie, gestion” de 7,5 % (pareil).
Autrement dit, tous les docteurs ne sont pas logés à la même enseigne en matière de chomage.
Effectivement ce n’est pas du tout comparable.
Tu oublies un problème majeur en France… c’est que le milieu de la recherche n’est PAS attirant!
Ce n’est donc certainement pas en incitant (ou obligeant) les étudiants français à effectuer des stages dans les labos de recherche français qu’on va les motiver… (locaux pas terrible, ambiance pas top non plus, peu de moyens, etc).
La recherche française est, à mon avis, dans une sorte de cercle vicieux…
Article très instructif. L’auteur aurait pu rajouter que le professeur et le chercheur, à Columbia, est une seule et même personne.Il aurait pu aussi ajouter que tous les profs n’ont pas une charge de travail identique (Procuste connaît pas) et qu’elle est fonction de leur notoriété, de leur évaluation, etc. Bravo à l’auteur de l’article, il s’intéresse aux expériences étrangères, approche vertueuse.
Merci pour vos compliments.
Il y a quand même un certain nombre de teaching ou adjunct professors ici, qui se consacrent purement à l’activité d’enseignement, et qui assurent une activité professionnelle en parallèle (mais pas toujours).
Sinon, effectivement, la charge de travail semble varier, notamment d’un département à l’autre, sans compter les profs “célébrités” qui ont effectivement des conditions de travail privilégiées.
Je constate exactement l’inverse de ce qui est suggéré : la connaissance plus grande du milieu de la recherche ne suscite pas des vocations, bien au contraire elle les décourage!!!
maintenant, contrairement à 25 ans en arrière, de nombreux etudiants ont l’occasion d’effectuer un stage en labo bien avant le master 2 … ils peuvent ainsi constater l’attractivité des horaires de travail, se renseigner sur celle des salaires, apprecier l’attrait de la paperasserie ubuesque … bref les plus prompt à comprendre s’enfuient à toutes jambes ravi d’avoir pu à temps comprendre dans quoi ils étaient prêts à s’engager!
il est aisé de constater que, mieux informés qu’avant sur la réalite de la recherche les etudiants se detournent des masters recherche et des thèses ….