Comment tricher sur un MOOC ?

La circulation rapide des informations sur la Toile pose un problème certain pour l’organisation d’un MOOC, car elle permet entre autres la diffusion des solutions des exercices, des devoirs ou des examens. Il suffit pour un étudiant de poster la solution d’un exercice sur le forum du MOOC, sur un blog ou sur les réseaux sociaux pour fausser les résultats. Comment gérer ces problèmes?

Une première méthode régulièrement employée par les organisateurs de MOOC est la menace d’exclusion. Menace peu effrayante compte tenu du relatif anonymat d’Internet et du faible enjeu d’une exclusion. J’opterais davantage pour d’autres approches. La première, classique, consiste à donner des devoirs où la triche et le plagiat ont peu de sens, ou sont facilement détectables, de telle sorte que les devoirs suspects sont rapidement identifiés et traités comme il se doit. La seconde consiste à donner des devoirs individualisés en termes de données. Cette approche est pertinente dans les examens basés sur des calculs. Par exemple, lors des examens des MOOC de statistiques organisés sur edX, une base de données est générée de manière automatique pour chaque participant, de telle sorte que la diffusion des solutions d’un examen ne met pas en péril sa validité. Compte tenu de l’enjeu, les générateurs automatiques d’exercices ont de beaux jours devant eux.

Vient ensuite la question de l’identité des participants. Ce problème n’est pas nouveau. Il justifie l’utilisation du Signature Track par Cousera et les partenariats entre les plates-formes comme Coursera, edX ou Udacity avec des entreprises de certification en présentiel comme Pearson VUE. Il est à noter que Coursera développe des outils de reconnaissance de frappe, qui permettent de reconnaître de manière statistique des façons de taper propres à chacun. On peut toujours écrire sous la dictée cela dit, et il est difficile d’imaginer des méthodes infaillibles. Tout au plus peut-on rendre la triche plus difficile. Cependant, il ne faut pas oublier que beaucoup de gens viennent sur les MOOC pour apprendre, pas pour obtenir un certificat. Compte tenu de la méconnaissance totale des MOOC auprès du grand public et des employeurs, ces certificats n’ont de toute façon pas grande valeur pour le moment. Ils ont selon moi essentiellement un rôle motivationnel. Cette obsession de la triche est héritée d’un système éducatif hiérarchisé, où l’enseignement se fait «depuis le haut», top-down comme disent les anglo-saxons et où la sélection prime sur l’apprentissage. La démarche des MOOC est inverse, les participants viennent pour se former. Quelques-uns arriveront certainement à contourner les systèmes de détection, mais au fond qu’importe. Eh puis, n’est-ce pas déjà le cas dans les examens en présentiel ? Le fait que quelques participants trichent doit-il être utilisé comme argument pour déprécier des cours qui profitent à des milliers de personnes ? Je ne le crois pas. Je pense que cet argument est surtout utilisé pour masquer la peur qu’inspire cette nouvelle forme d’enseignement dans le milieu universitaire. Cette peur est-elle justifiée ? Bonne question. Nous y reviendrons.

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