Pourquoi faire des MOOC ?

Les motivations qui poussent les enseignants et/ou les établissements à mettre en place des MOOC sont variées: se faire un nom sur la scène internationale, susciter l’intérêt d’étudiants talentueux, atteindre de nouveaux marchés, etc. Un petit tour d’horizon des bonnes (et parfois moins bonnes) raisons de se lancer dans l’aventure.

Transmettre des connaissances. C’est un aspect que l’on a parfois tendance à oublier tant la question économique semble éclipser les autres aspects du problème. Rappelons pour mémoire l’article 112 du code de l’éducation qui stipule que la diffusion des connaissances est au coeur des missions du service public. Or un MOOC resprésente l’un des moyens le plus efficaces pour transmettre un enseignement de qualité au plus grand nombre. Tout le monde n’a pas accès à l’enseignement supérieur, même en France. Ce n’est pas qu’une question d’argent – l’enseignement supérieur est relativement bon marché en France – c’est également une question de temps. Une grande partie des participants de ces cours en ligne, pour ne pas dire la majorité, ont déjà fini leurs études, ont un travail et ne peuvent se permettre de reprendre des études pour des simples questions d’organisation. Les MOOC ont de ce point de vue un rôle fondamental à jouer dans la formation continue, peut-être même davantage que dans la formation initiale. La volonté de transmettre est à mon sens  la motivation qui donne la meilleure garantie de succès pour un MOOC, car elle place celui qui apprend au centre du dispositif.

Créer des connaissances. Dans les premiers xMOOC de Coursera, la notion de création de connaissance était relativement secondaire. Les étudiants venaient pour absorber du savoir, pas pour en créer. Une vision de l’apprentissage tenace, héritée d’un système basé sur une transmission verticale de la connaissance. Mais les mentalités évoluent rapidement. Les MOOC sont l’occasion de réunir des milliers voire des dizaines de milliers de personnes motivées. Ils constituent une opportunité rare d’appliquer les principes de l’intelligence collective. Les participants doivent rendre des devoirs tout au long du cours, pourquoi ne pas les faire plancher sur des problèmes concrets en attente de solutions innovantes. Environnement, société, économie, éducation, ce ne sont pas les sujets qui manquent. La co-création de savoir par les participants est un des défis majeurs de cette nouvelle forme d’enseignement. Une idée un peu révolutionnaire et qui ne manque pas de choquer certains enseignants habitués à être les seules détenteurs de la bonne parole. Cependant, je crains qu’elle ne prenne du temps à diffuser: les professeurs sont encore nombreux à chercher à discréditer Wikipedia plutôt que d’exploiter son potentiel… de l’eau va couler sous les ponts avant qu’ils n’acceptent que les « élèves » se chargent d’une partie de leur cours.

Acquérir une visibilité nationale et internationale. C’est sans doute la principale motivation des établissements qui se lancent dans la bataille en ce moment. Les MOOC anglophones sont suivis par l’ensemble de la planète, l’audience des MOOC francophones provient de l’ensemble de la francophonie: Afrique, Haïti, Quebec, Polynésie française. Cette question de la visibilité est sans doute la principale raison qui pousse les universités américaines à se ruer sur Coursera. Certains diront: les MOOC donnent une certaine visibilité, et alors? Et alors des Etats sont prêts à débourser des sommes considérables pour donner une visibilité à leurs établissements: Paris-Saclay en est un exemple flagrant. Les MOOC sont une méthode relativement bon marché pour atteindre des résultats tout à fait respectables en termes de communication.

Recruter des talents Ce motif vaut pour les établissements d’enseignement supérieur comme pour les entreprises. La question se pose: peut-on détecter des esprits brillants grâce à un MOOC, pour éventuellement le recruter par la suite. Coursera et Udacity comptent dessus en tout cas, car ces entreprisent vendent l’accès aux bases de données de leurs étudiants. Selon moi, cela dépend du type de compétences recherchées. Pour les compétences qui sont « facilement » mesurables: informatique, statistiques, sciences exactes, etc… cela ne devrait pas être trop un problème, si l’on applique la méthode appropriée et que l’on s’assure d’une manière ou d’une autre qu’il n’y a pas eu triche. Pour les compétences plus difficiles à évaluer (qualité de rédaction, capacités de gestion de projet, etc), cela porte à débat. A mon sens, tout est possible si on applique la bonne méthode. Reste à déterminer quelle est cette bonne méthode. Il est certain qu’une grande maîtrise de la pédagogie des MOOC sera nécessaire pour obtenir des résultats intéressants, et cette compétence n’est pas innée. L’enjeu est à mon sens suffisamment important pour que j’oriente ma thèse vers les questions d’évaluation.

Créer une communauté. Les interactions entre participants qui se déroulent durant le cours permettent de faire émerger des communautés autour des thèmes abordés au cours du MOOC. On observe parfois des sites internet se construire au terme de certains MOOC pour faire perdurer ces communautés. Elles se maintiennent également sur des réseaux sociaux comme Facebook, Google + et parfois Twitter. Ces communautés permettent de faciliter les rencontres entre acteurs du domaine appartenant à des institutions variées: organismes publics ou privées, association, catalysant ainsi la mise en place de collaborations. J’ai rencontré plusieurs des collègues avec qui je collabore actuellement au sein de MOOC connectivistes.

Une manne financière à moyen terme? Coursera récolte 80% des bénéfices issus de ses MOOC, edX « seulement » 50%, mais après avoir récolté une somme minimale de plusieurs dizaines milliers de dollars. Autant dire que pour le moment, ce n’est pas l’El Dorado pour les établissements organisateurs. Mais ces deux plates-formes ne sont pas les seules pourvoyeuses de MOOC. Il faut avoir en tête que si l’organisation de la première session d’un MOOC peut être chère (entre 30.000 et 60.000 euros), celle des sessions suivantes l’est beaucoup moins. Nous n’avons pas assez de recul pour le moment, mais si on s’inspire des estimations d’edX, autour de 70à 80% moins cher. Tablons sur des sessions de 6 à 8 semaines à 15.000 euros (une fois le premier cours passé) et sur  4.000 à 5.000 participants actifs (un petit MOOC en comparaison des 50.000 étudiants des MOOC américains), il suffit de générer trois à quatre euros par participant pour devenir viable économiquement. Ce ne sont que des projections bien sûr, et ces hypothèses restent à valider, mais le jeu en vaut la chandelle. En tant que participant, cela ne me gêne pas de payer 5 euros pour suivre une formation de deux mois. Et puis c’est une garantie de motivation, ceux qui paient sont souvent ceux qui restent. Quoi qu’il en soit, si le modèle économique des MOOC devient viable, l’avantage sera au premier arrivant, et les américains l’ont compris. Le marché francophone n’est pas à l’abri des établissements américains. Pour le moment, ceux-ci lorgnent vers l’Asie et nous sommes bien loin de leurs priorités; cela laisse une fenêtre temporelle aux établissements français qu’il s’agit d’exploiter… combien de temps restera t-elle ouverte? Difficile à dire, les choses bougent vite, et il serait risqué d’adopter une attitude attentiste dans ce contexte…

Nous venons de dresser quelques bonnes raisons de se lancer dans l’aventure MOOC. Cela ne veut pas dire que cela soit souhaitable, que tout le monde doive le faire, que tout le monde en ait les moyens … le prochain billet (ou presque): Les trois bonnes raisons de ne pas faire un MOOC

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  6. jcrapart

    Merci pour ce panorama et cette analyse synthétique, avec quelques chiffres inédits, en tout cas pour moi.
    Question : la contre-attaque de l’Asie ne risque-t-elle pas de précéder le réveil européen ?
    La Corée du Sud s’est déjà montrée bien précurseur sur les usages des tablettes dans la formation initiale par exemple… L’Inde avance savamment ses pions côté serious-game, classe virtuelle…
    Volonté et savoir faire sont déjà là, tandis qu’en Europe……

    • matthieu-cisel

      L’Asie est particulièrement active car elle a compris les enjeux stratégiques sur le court, le moyen et le long terme. En Europe, la situation est plus compliquée. Le Royaume-Uni n’est pas en reste avec Futurelearn. Pour les autres pays, les annonces se multiplient, reste à voir si les faits suivront. Je suis persuadé que les prochaines générations se formeront via des universités américaines et asiatiques. Enfin quand je dis prochaines… nous avons déjà commencé à le faire.

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