MOOC: attention aux effets d’annonce !

mooc2Les MOOC attirent une telle attention depuis quelques mois que les tentatives de récupération se multiplient. Tout est devenu MOOC. Un live-tweet est un MOOC, un blog est un MOOC, une ressource en ligne est un MOOC, un diplôme universitaire en ligne est un MOOC. Stop au massacre! Certes le concept est relativement flou, et englobe un certain nombre de pratiques pédagogiques très diverses, mais un peu d’honnêteté intellectuelle ne fait pas de mal.

On se croirait revenus aux années 2000 où tout était lié au développement durable: après le Greenwashing, nous avons maintenant le Moocwashing. Pas de noms, pas de lien, question de diplomatie élémentaire. Nous nous contenterons donc de quelques rappels de définition faisant écho au billet, un MOOC Kesako?

  • Un évènement (conférence, émission, etc) où les spectateurs peuvent interagir via twitter, c’est un live-tweet. C’est une pratique fréquemment utilisée au sein des MOOC, mais ce n’est pas un MOOC en soi. Bon, allez, petite entorse à la règle, voici un lien pour illustrer un petit abus.

  • Lorsque l’on se contente de mettre les ressources d’un cours en ligne, et même si ces ressources sont ouvertes à tous, s’il n’y a pas d’interactivité, ce n’est pas un MOOC, c’est de l’open courseware. On peut rajouter un peu d’animation autour, comme un forum ou un réseau social, cela reste de l’open courseware. Cela fait plus de dix ans que le MIT est passé maître du domaine avec le MIT OCW et iTunes regorge de cours en ligne de ce type. Les MOOC, ou tout au moins les xMOOC, introduisent la notion d’évaluation et celle d’échéance. Sans cet ingrédient principal, point de MOOC. Pour reprendre une métaphore connue, l’open courseware est au MOOC ce que la bibliothèque est à l’université.

  • S’il est nécessaire d’être inscrit dans une université pour avoir “le droit d’être évalué” durant la formation en ligne, ce n’est pas un MOOC, c’est un diplôme universitaire, et ce même si les ressources sont par ailleurs disponibles sur la Toile. Le diplôme universitaire est au MOOC ce que le concert de salon est à la rave party.

  • Enfin, si le cours dure une année entière, on sort du cadre de la définition, c’est une formation ouverte à distance. Imagine t-on un cours de Coursera qui dure un an? Trois mois est un grand maximum. L’idée d’un MOOC est justement de concentrer le travail et les interactions sur un laps de temps réduit. C’est un peu un flashmob de l’apprentissage. De ce point de vue, même les cours d’Udacity ne sont pas des MOOC, car il n’y a pas à proprement parler une date de début et une date de fin, les cours étant ouverts en permanence.

Je laisserai au lecteur le soin de se faire, à la lumière de ces définitions, sa propre opinion sur les dizaines de “MOOC” qui apparaissent. Encore une fois, les autres formes d’apprentissage sont à mon sens parfaitement légitimes, les MOOC ne constituant en rien la panacée universelle. Mais appelons un chat un chat.

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10 Comments

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10 Responses to MOOC: attention aux effets d’annonce !

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  2. sevrin31

    « Je laisserai au lecteur le soin de se faire sa propre opinion sur les dizaines de “MOOC” qui apparaissent à la lumière de ces définitions. »
    je dirais plutôt qui « disparaissent » à la lumière des ces définitions.

  3. Vincent Datin

    Et voilà hé hé !
    Un excellent complément à l’article:Un MOOC késako ?
    Une certitude… les enjeux économiques font que l’instrumentalisation des MOOCs est bien Massive et totally Open.

    • matthieu-cisel

      Enjeux économiques pour les personnes qui cherchent à financer leurs formations, enjeux politiques également, car la demande de la société civile augmente rapidement. Il est difficile de trier le bon grain de l’ivraie dans ce capharnaum

  4. jcrapart

    A mes yeux, plus que l’évaluation, ce qui différencie le MOOC de l’OCW, c’est la notion d’échéance.
    De par ce positionnement dans le temps, on peut alors associer au dispositif des interactions construites entre apprenants, à visée possiblement connectiviste (tendance xMOOC). Ou également évaluer l’apprentissage de la parole du professeur par quelque évaluation régulière ou finale (tendance cMOOC).

    Cela ne contredit pas réellement les propos de l’article; cela place juste la question de l’évaluation-sanction un peu plus en aval, et comme optionnelle. Car elle doit l’être.
    De nombreux OCW fournissent d’ailleurs du matériel pour s’auto-évaluer…

    • matthieu-cisel

      Tout à fait d’accord… je vais modifier un peu l’article en conséquence. La notion d’échéance est essentielle, et c’est pour cela que les cours que l’on peut suivre à son rythme, i.e. n’importe quand (self-paced comme disent les anglo-saxons), ne sont pas à proprement parler des MOOC.

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