MOOC: ce que les taux d’abandon signifient

Sur Coursera, environ 10% des participants inscrits à un cours vont jusqu’au bout. Le record y est détenu par le cours de programmation Functional Programming in Scala: 20% des 50.000 participants avaient obtenu la certification l’hiver dernier. Le MOOC Gestion de Projet a « doublé » le record du monde, 37% des inscrits ayant obtenu le certificat basique. Les raisons en sont multiples: taille réduite, durée courte, pédagogie différenciée et recrutement qualitatif sont les principales à mes yeux. Au-delà de la bataille de chiffres autour du nombre d’inscrits et des taux de certification, cherchons à comprendre ce qui sous-tend les taux d’abandon observés.

Les critiques sur les taux d’abandon élevés relèvent à mon sens d’une erreur d’interprétation. L’erreur consiste à plaquer sur les MOOC des raisonnements adaptés à l’université ou a des formations payantes, et qui n’ont que peu de sens dans le contexte actuel. Dans ce billet, nous discuterons de ce qui se cache derrière les taux d’abandon en proposant deux points de vue, celui de Rémi Bachelet, enseignant à l’origine du MOOC Gestion de Projet, et le mien.

 Rémi Bachelet:

Le chiffre le plus souvent cité dans un MOOC est celui des inscrits totaux : c’est le plus gros, le plus impressionnant, le plus « Massif ». 160.000, 230.000, et même 3600 ça en jette !

Mais en fait, ses défauts sont rédhibitoires : calculé sur cette base, le taux final de réussite apparaît minuscule.. et surtout faux puisque la majorité des « inscrits » n’ont en fait jamais accompli d’acte « engageant » (au mieux donné leur mél, mais quand on est enregistré sur Coursera c’est en fait un clic sur un bouton).

Pour moi il faut calculer au moins deux ratios
1/ le « no-show », terme utilisé en hôtellerie pour désigner un client qui ne se présente pas à sa réservation. Sur les gros MOOC, ce taux est énorme, couramment plus de 70%, et ces derniers temps, il tend à croître avec l’augmentation de l’offre.
2/ une fois que l’étudiant est effectivement présent (par un acte à définir : se connecter à l’aide de son mot de passe, regarder une vidéo, répondre à un questionnaire) on peut mesurer le taux de réussite, par rapport à un objectif donné (rendre un devoir, réussir le certificat). Le taux de réussite final peut être calculé comme le produit de taux de réussite intermédiaires (à l’issue de chaque semaine, par exemple). C’est là leur coeur des analytics qui permettent une compréhension fine des difficultés des étudiants afin de piloter et d’améliorer un MOOC.

En attendant et à titre préliminaire, voici une feuille de calcul avec une estimation des taux de réussite du MOOC Gestion de Projet.

34% pour le taux de « no-show »
57% pour le taux réussite réél du certificat basique
78% pour le taux réussite réél du certificat avancé

drop out

Nombre de participants aux devoirs 1 à 24 du certificat basique et à l’examen final du MOOC GdP

Les indicateurs mesurables utilisés sont à chaque fois la base de départ la plus large possible des participants à un certificat, qui font un acte « engageant » à ce sujet, que l’on compare au taux final de réussite : celui des certifiés.

Par rapport aux autres MOOC ces taux sont très bons, tout comme les taux de satisfaction relevés par notre questionnaire de mi-parcours.
Aux questions comme « évaluez la qualité des supports de ce MOOC », ou bien « celle de la plate-forme » ou « du prof », on obtient d’excellents résultats : sur 1300 réponses on a respectivement 4, 2 et 1% des répondants qui disent qu’ils sont « moyens » et 0% « mauvais » ou « très mauvais »… des taux de satisfaction supérieurs à 95% donc .. Soviétique !
Cependant avec un peu de recul, il est normal d’avoir un taux de satisfaction important, puisque les étudiants qui ne sont pas satisfaits du cours vont « voter avec leurs pieds » et s’en aller. Pour eux c’est tout l’intérêt d’un MOOC : entrée libre et gratuite, sortie tout aussi libre et gratuite.

Autre paramètre à prendre en compte, il faudrait segmenter les différents publics : le taux d’abandon ne sera bien sûr pas le même avec des étudiants de notre université/grande école que l’on « incite fortement à s’inscrire » et dont les notes compteront pour leurs études … et des apprenants « libres d’aller et de venir »… et le taux de satisfaction non plus, d’ailleurs, mais cette fois-ci en sens inverse : avec des « apprenants contraints » on aura un taux de satisfaction plus bas.
Dans le cas du MOOC GdP #1 nous n’avions que des participants « libres », mais nous espérons bien que la prochaine édition, en plus d’être ouverte à tous, pourra également être intégrée à des cursus (l’essai avec les étudiants des mines de Douai a été positif http://goo.gl/WQNbd)

Quelle conclusion en tirer ? Le MOOC GdP a été bien apprécié, au prix d’un gros travail de l’équipe et d’une solidarité de nos apprenants qui n’ont souvent pas hésité à “donner un coup de main”. 

Mais ces taux seront-ils reproductibles une fois l’effet de nouveauté passé ? S’il y a plus d’inscrits ? Sans doute pas, mais nous ferons notre possible pour qu’ils restent élevés, en pilotant l’organisation et en améliorant le programme ! 

Matthieu Cisel:

Beaucoup d’analyses tendent à considérer les inscrits au même titre que des étudiants, et donc une non-certification au même titre qu’un abandon. Elles ignorent sciemment ou non que nous ne sommes pas dans le contexte d’une université. Les participants aux MOOC ne sont pas des étudiants inscrits dans un cursus et qui abandonnent le cours. En effet, les motivations qui poussent à s’inscrire sont diverses: certains viennent certes avec l’intention de passer le certificat, mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui utilisent le MOOC en tant qu’auditeurs libres et qui n’ont absolument pas la moindre intention d’obtenir une certification. L’équipe de Coursera insiste d’ailleurs régulièrement sur ce point.

Le cours de Princeton World History since 1300 est presque devenu un cas d’école: 0.8% des 83.000 participants inscrits avaient rendu les quatre ou cinq dissertations demandées. En revanche, nous étions probablement beaucoup plus nombreux à avoir regardé toutes les vidéos. J’étais moi-même allé au bout de ces plus de vingt-cinq heures de cours passionnantes. En revanche, je n’avais eu ni le temps ni l’envie de passer plusieurs heures par semaine à rédiger les dissertations demandées, d’autant qu’il n’y avait pas de certificat à la clef.

Il est possible d’aller plus loin dans la classification des utilisateurs. Plusieurs catégories de participants ont été définies sur la base des comportements observés au sein des MOOC. Les lurkers sont les participants qui s’inscrivent sans jamais suivre le cours (ou seulement une ou deux vidéos), et correspondent peu ou prou au no-show. Les auditeurs libres sont ceux qui visionnent le contenu des vidéos sans rendre les devoirs, et passent éventuellement un peu de temps à lire les forums mais y sans participer eux-mêmes. A la différence des auditeurs libres, les participants passifs rendent les devoirs, mais sans être actifs sur les forums, tandis que les participants actifs correspondent au niveau maximal d’engagement; ils passent les examens, rendent la majorité des devoirs, et participent sur les forums. Certains auteurs proposent également la catégorie Drop-in, qui correspond aux participants qui ne sont actifs que pour certains sujets.

Sur Coursera, le taux de no-show est particulièrement élevé. Christine Vauffray avait un jour utilisé une métaphore qui m’avait beaucoup plu. Coursera est un peu comme un hypermarché, avec des centaines de cours dans les rayons. Face à une telle abondance de cours gratuits, beaucoup (dont je fais partie) succombent à la tentation de mettre dans leur caddie tous ceux qui les intéressent (jusqu’à devoir visionner plus 24 h de cours par jour). Mais au moment de passer à la caisse, ils réalisent qu’ils ont eu les yeux plus gros que le ventre, et doivent aller remettre les cours dans leurs rayons. C’est mon à mon sens ce qui explique l’extraordinaire taux de no-show observé au sein de Coursera, et c’est ce qui fait la distinction entre un recrutement quantitatif, et un recrutement plus qualitatif (cf. Où trouver 10.000 étudiants?).

A mon sens, il est utile de garder à l’esprit la diversité des motivations qui sous-tendent l’inscription à un MOOC lorsque l’on parle des taux d’abandon. Les 90% de personnes qui ne passent pas la certification ne correspondent pas uniquement à de l’abandon. Beaucoup sont des auditeurs libres qui utilisent le cours à la manière d’une émission de télé, ou d’une série. Les auditeurs libres peuvent représenter la majorité des participants dans certains cours. Bien sûr certains abandonnent, mais cela ne signifie pas nécessairement que la pédagogie des MOOC soit mauvaise. D’autres facteurs sont à prendre en compte, comme le niveau de difficulté du cours ou la disponibilité. Lorsqu’un cours nécessite plus de 5h de travail personnel par semaine, il est difficile de maintenir une régularité dans son travail pendant parfois plusieurs mois d’affilée, d’autant que la grande majorité des participants suivent les MOOC sur leur temps libre. La pédagogie et la qualité du cours en général ont un impact sur le taux d’abandon, cela va sans dire. Mais mieux vaut chercher à comprendre la dynamique du phénomène avant de jeter les MOOC aux orties sous prétexte qu’ils ne certifient « que » quelques milliers de personnes sur les dizaines de milliers qui y participent.

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  4. Merci pour ce billet.

    Il existe effectivement une différence entre ce qu’une institution comptabilise comme abandon ou non achèvement d’un parcours de formation et la perception de leur participation par les apprenants d’un Mooc. Toutefois, il parait difficile de se satisfaire de ces taux importants sous prétexte que le petit pourcentage qui va au bout correspond à un nombre supérieur d’apprenants que pourrait faire réussir une formation classique.

    Le nombre important des non-démarreurs (no-show) devrait tout de même questionner les organisateurs des moocs. S’il est probable qu’ils se recrutent chez les victimes du buzz incessant que suscite actuellement les moocs, il est tout aussi réaliste de penser que leur non démarrage est causé par la faiblesse, parfois l’absence, d’accueil dans le dispositif. D’autres personnes peuvent se rendre compte, après inscription qu’elles ont fait le mauvais choix tant sur les objectifs visés, que sur la période d’apprentissage. Cela devrait a minima inciter les organisateurs à accorder une attention toute particulière à la présentation de leur mooc. Est-elle suffisamment claire pour permettre à chacun de comprendre ce que signifie leur inscription et ne pas se tromper ?

    Les auditeurs libres, les participants passifs et les participants actifs sont autant de postures participatives qui sont toutes respectables. Toutefois, n’est-ce pas de la responsabilité des animateurs d’œuvrer à ce que les auditeurs puissent se transformer en participants passifs et ces derniers en participants actifs ?

    Dans les cMoocs, il me semble qu’il y aurait erreur à confondre liberté accordée aux apprenants leur permettant d’être acteurs de leur apprentissage et non directivité intégrale qui renvoie les individus à eux-mêmes et à eux seuls. Si cette erreur était faite, les cMoocs se limiteraient à être une forme d’autodidaxie qui demande de hautes compétences que seul un faible pourcentage d’une population donnée possède. Guidance, accompagnement, tutorat, peu importe le terme mais il est certain que de nombreux inscrits pourraient évoluer d’une posture à l’autre s’ils bénéficiaient de services de support à l’apprentissage.

    Dans les xMoocs, ce support à l’apprentissage semble encore davantage impératif et difficile à déléguer au seul tutorat par les pairs. Dès lors que l’apprenant, par son inscription, souhaite atteindre les objectifs prédéterminés d’un parcours de formation, il est bien de la responsabilité de l’institution de mettre en œuvre des services qui vont l’aider à atteindre ce but.

    L’aspect massif, identitaire des moocs, ne peut se limiter à l’inscription. Il y aurait là comme une promesse non tenue. Rendre l’individu acteur de son apprentissage dans un mooc c’est l’accompagner dans l’exercice de son autonomie. Cette dernière ne peut être exigée comme prérequis tant l’autonomie est toujours un processus relié à l’action. Etre un apprenant autonome dans un mooc c’est autre chose qu’être un apprenant autonome sur campus et cela s’apprend. L’autonomie est donc davantage un objectif qu’un prérequis. Pour l’atteindre, les participants, pas tous, mais bien nombreux tout de même, ont besoin de soutien qui est à définir, à concevoir et à fournir par les initiateurs et animateurs des moocs.

    D’autres causes à l’abandon massif existent. Parmi elles, une vision trop souvent restrictive de l’accessibilité renommée « ouverture » se résumant à la seule gratuité. Je m’exprimerai sur ce sujet lundi prochain sur le Blog de t@d http://blogdetad.blogspot.fr/

    • matthieu-cisel

      Merci Jacques pour ce commentaire détaillé. Dans le fond je suis d’accord que l’équipe pédagogique doit faire un énorme effort en termes d’accueil et d’accompagnement des participants. Tout d’abord en favorisant les interactions entre pairs pour maintenir un niveau élevé d’engagement, ensuite en mettant en place du tutorat dans la mesure du possible. Le problème du manque d’accompagnement est au centre du relatif manque de succès des cMOOC et de nombreux xMOOC. Les pré-requis en termes d’autonomie y sont très importants, ce qui limite l’audience que peuvent toucher ces dispositifs selon moi. Ce billet ne remet pas tout cela en cause, et je vais sûrement insister sur ce point dans de prochains articles. Il sert davantage de réponse à l’argument récurrent des « 10% » qui commence à fatiguer les équipes pédagogiques, qui se tuent à la tâche pour mettre en place des dispositifs pourtant relativement efficaces en termes de sommes investies/personnes formées. Je pense d’ailleurs que ce rapport est un bien meilleur indicateur de l’efficacité de la formation que le taux de certification.

    • Jacques

      En qualité d’apprenant, j’ai écris une lettre ouverte aux concepteurs pédagogiques, formateurs, etc…afin de mieux nous faire réussir lorsque nous apprenons et peu importe la modalité pédagogique

      http://code7h99.blogspot.fr/2013/06/cher-concepteur-pedagogique-ingenieur.html

      Cdlt

  5. Robert

    Je suis aussi d’accord que la critique du taux d’abandon n’a pas de sens.
    Dans mon cas (je suis étudiant), j’ai du m’inscrire à 11 MOOCs.
    - 2 terminés
    - 3 bien avancés voir quasi finis, mais interrompus par un examen/projet à rendre. Une fois la wagon parti, on ne le rattrape pas, surtout si la charge de travail hebdomadaire du MOOC est forte.
    - 1 où je me rend compte après 3 semaines que je maîtrise 90% du contenu et que cela ne vaut pas la peine d’insister.
    - 1 qui cumule très forte charge de travail et prérequis mal maîtrisés, avec une pédagogie pas géniale (Le très intéressant Probabilistic Graphical Models de Coursera) qui est dur à suivre en parallèle d’une autre vie.
    - 4 MOOCs (dont le votre) où je me suis inscrit pour voir le format du cours et à quoi cela ressemblait, regarder en diagonale le début du cours voir si j’ai envie de le suivre.

    Donc mon cas, si j’avais été face à un cours dans mon établissement, j’aurai eu le temps prévu pour suivre dans mon emploi du temps, j’aurai été forcé de suivre les cours que je maîtrise déjà quasiment, j’aurai eu les prérequis pour tous les cours et je n’aurai pas eu le droit de faire du shopping pour regarder par curiosité ce dont parle un cours.

    Si on ajoute les effets dont vous parlez, on peut vraiment conclure que le taux de réussite des MOOCs n’a aucun sens.

  6. Complètement d’accord avec ton analyse.
    J’ai pour ma part été « consciencieuse » sur mon MOOC de coursera mais effectivement, je n’aurai pas rendu une dissertation.

    En revanche sur un cours « qualifiant » sur un sujet où l’examen prouverait une compétence, je pourrais dégager du temps. et ça doit pouvoir être financé par un DIF en plus (je pense à des compétences très spécifiques et demandées légalement de type « code de la route » ou dans le domaine sanitaire ou des protocoles de stats pour les essais cliniques ou du droit)

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  10. JmarcFJ

    Quel manque de prestige tout de même ! Internet tout y à apprendre ou tout y est à prendre ?

    Mathieu, la première sensation quand j’ai lu l’analyse a été de me dire : Voilà maintenant, ils cherchent de nouveaux indicateurs pour tenter d’expliquer que l’enseignement moocifié peut-être viable et pertinent. Car tant la rentabilité promise d’un Mooc est évidente à chacun, tant la qualité questionne (preuve en est, ton billet).

    J’ai donc relu une seconde fois ton analyse qui elle-même analyse celles d’autres.
    Les constats pointés sont-ils révélateurs ? Je ne saurais le dire car je ne connais pas tes filtres et je n’ai pas accès à l’intégralité des données. En revanche, je sais que comparaison n’est pas raison, qu’il me suffit d’utiliser le rasoir d’Ockham ou le cygne noir pour valider ou non une théorie, une argumentation.

    1 – La promesse : Apprendre où je veux et quand je veux ?

    Considérer un mooc comme un supermarché montre bien la tendance de la marchandisation des savoirs mais cela reste-il dans l’optique de l’éducation pour tous et donc de chacun ? De la réussite éducative des apprenants ?

    Le pédagogue est un esclave au service de son élève. Il est argumenté dans ton billet que l’obligation est un accélérateur de réussite, les étudiants de Lille sont obligés donc ils le font. Quelle différence si on leur avait donné une simple bibliographie ?
    Avec les Moocs, l’élève devient l’esclave de la solution. Est-ce un bienfait ? je n’en sais rien mais les statistiques montrent que nombreux s’échappent.

    Sans cette obligation, la scénarisation pédagogique n’amène pas les apprenants jusqu’au terme du parcours éducatif ou formatif. Faut-il filtrer les étudiants comme on recrute du personnel pour une entreprise, une question qui existait avant la numérisation de l’enseignement et qui interroge les français sur leur devise : Liberté – Égalité – Fraternité ?
    A l’universalisme recherché de l’éducation et de la formation professionnelle, entretenu par le développement de normes, de la rationalisation, standardisation, quid de la culture ?
    Les cultures individuelles se mouvent moins vite que les cultures collectives lors d’un changement, indépendamment de l’illusion de liberté. Le toyotisme des japonais a été facilité par la culture et la communication propres des japonais : l’intérêt du groupe. Résultat, le toyotisme qui a montré ses preuves en terme de résultats économiques a été largement partagé par les japonais quand les européens s’y montrent plus que réfractaires alors que le toyotisme montre aussi ses bienfaits individuels avec la promotion et l’amélioration continue.

    Une promesse est une promesse
    Les raisons peuvent être nombreuses, des objectifs trop bien marketés aux moyens d’y arriver non adaptés à la pluralité des apprenants, du dilemme entre récompenses et sanctions (Certification, diplômes, …) au plaisir et au bonheur d’apprendre pour apprendre et de savoir apprendre à apprendre dans la finalité d’une plus grande autonomie et indépendance face aux aléas de la vie.

    Le parcours pédagogique : De l’ordinaire d’apprendre à l’extraordinaire d’avoir réussi.
    Comme le souligne Jacques Rodet, de l’accompagnement des participants et de tous les participants (auditeurs libres) au sage didacticien qui sait montrer l’exemple (autant utiliser les neurones miroirs de l’élève, c’est un apprentissage automatique), qu’en est-il de ces deux transpositions dans les dynamiques d’apprentissage MOOC ?
    Compter sur un pair que je vais choisir en fonction de sa disponibilité, de ses réactions et entretenir aussi par ces deux actions, mes affinités sélectives ne m’amène qu’à mieux entretenir mes cercles d’entre-soi. Ainsi je risque de perdre beaucoup de temps, d’investissement, d’énergie comme si j’étais sur un forum à lire les réponses de chacun : du troll au savant et de passer à coté de la richesse de la diversité qui peut s’exprimer dans une classe arbitraire où je ne peux choisir.
    Nous en revenons à 3 des principes de Rousseau et Kant où tout n’est ni à prendre ni à jeter (comme Internet) :
    1 – L’Homme a la faculté de se perfectionner,
    2 – L’éducation entre liberté et contrainte ,
    3 – Devenir Homme par l’éducation

    Car nous sommes des êtres sociaux, de relations, de paroles (l’oralité de l’apprenant dans les Mooc ?), pour autrui (Versus j’apprends seul mais avec les autres – Carré), et de cultur. Ce qui fait de chacun d’entre nous, une personne affective, cognivite et de relations est cela pose la question du respect de ce triptyque dans le cadre d’un apprentissage Moocifié.

    Face à l’imprévu et à l’incertitude comment une solution pédagogique automatisée peut-il répondre ?
    De cette réponse dépend le prestige des MOOC

    Alors que signifie le taux d’abandon ?
    La promesse n’est pas tenue !

    Tous ses étudiants qui sont partis, qui ont échoués seuls dans leur milieu seront-ils récupérables ? Ne leur a t on pas montré une nouvelle fois qu’ils ne pouvaient réussir ? Auront-ils envie de continuer d’apprendre autrement ?

    Merci pour ton billet car il nous questionne, nous interroge, une base socratique qui me plait bien.

  11. matthieu-cisel

    Jean-Marc, qu’entendez-vous par manque de prestige ?
    Concernant la « marchandisation des savoirs », je pense qu’il faut garder à l’esprit que la formation continue a toujours été « marchandisée », et que nous proposons des services similaires, mais gratuitement. Si Coursera et Udacity peuvent être considérés comme des marchands par certains aspects, ce n’est pas le cas de tous ceux qui organisent les MOOC, n’oublions pas qu’il y a une grande diversité de motivation. Pour revenir sur le taux d’abandon, je ne pense pas que le terme « abandon » soit approprié dans le cas d’un MOOC. Le O de Open signifie que l’on peut entrer, mais que l’on peut sortir, il n’y aucun engagement des participants, beaucoup sont de simples auditeurs libres, qui ne sont donc pas dans une position d’abandon, mais simplement d’observateurs …

  12. JmarcFJ

    Matthieu,

    Pour répondre à ta première question :

    Le prestige dépend de 3 étapes :

    1 -La promesse pédagogique

    La façon dont vous allez vivre cet enseignement ou cet apprentissage n’existe nulle par au monde. Il vous faudra entrer dans un nouveau monde : le numérique.

    Bienvenue dans l’apprentissage du 21e siècle ?

    Nous vous promettons plaisir d’apprendre et joies de réussir car nous savons que votre temps est précieux et nous connaissons votre exigence. Nous reconnaissons la qualité de votre expérience déjà acquise lors d’apprentissage réalisé dans le monde réel.
    A défaut, vous pourriez considérez que notre promesse n’était qu’une promesse.
    Apprendre Excel, le recrutement, le management ou la gestion de la relation client… sont des sujets ordinaires pour le monde de votre entreprise ou de votre environnement professionnel et pourtant vous allez découvrir une solution loin d’être ordinaire.

    2 – La réalisation
    Un vrai innovateur essaie d’inventer quelques chose de nouveau, qui fait que les autres pédagogues s’arrachent les cheveux devant le succès de la solution. Des formations qui rendront leurs concepteurs légendaires. « C’était la meilleure formation que j’ai jamais reçu. »

    Pourtant vous savez qu’apprendre est un acte si ordinaire, vous le faites depuis votre naissance, chaque jour, à chaque occasion. Les meilleurs pédagogues s’entourent aujourd’hui de neuroscientifiques pour traquer tous les secrets d’un apprentissage réussi, performant et efficient.
    Depuis l’Antiquité, les secrets d’une formation réussi ont été recherchés mais en vain. Nous avons juste identifié quelques principes.

    Avec les Mooc, vous apprendrez d’une manière extra-ordinaire

    3 – Les rebondissements imprévus, ce que vous n’avez jamais vécu.
    Abracadabra : vous avez appris, vous avez fait des connaissances mises à disposition une compétence, votre intégration a fait de vous une personne avec des nouvelles maîtrises et performances voir même un talent certain.
    Vous êtes devenus également notre meilleur ambassadeur.
    Notre prestige sera assuré

    Voilà ce que j’entends plus en détails sur le manque de prestige des mooc mais qui est également valable dans une moindre mesure à la formation professionnelle
    http://code-formation.overblog.com/le-prestige-de-la-formation-professionnelle-les-3-actes-clefs

    Non ! La formation professionnelle n’a pas toujours été marchandisée, pour de nombreuses entreprises c’est un investissement nécessaire à la performance collective et non juste un retour sur investissement.

    La formation professionnelle permet d’améliorer les compétences, la performance et de créer un terreau propice à l’innovation et à la créativité.
    Déterminer le ROI d’une formation est illusoire. Nous connaissons les dégâts de l’ignorance mais sommes bien incapables de les mesurer précisément et nous sommes, à ce jour, incapables d’estimer la valeur d’usage que fera l’apprenant de sa formation.

    Quelle formation a permis l’invention de la théorie de la relativité d’Einstein ?
    Quelle formation a permis à Mark Zuckerberg de créer avec d’autres Facebook ?
    La qualité de recrutement de Google, Apple ou de l’ONU dépend de quelle formation ?
    Au travers de ces 3 exemples que valent les simples calculs de tentatives de ROI des spécialistes de l’évaluation de la formation ?

    Sont-ils heureux d’avoir appris ? s’en servent -ils aujourd’hui ou s’en serviront-ils demain ?
    Certes, des questions essentielles mais quel est le degré de bonheur, d’efficacité supplémentaire, de chiffres d’affaire ou de rentabilité propre à la solution pédagogique (contexte, situation, moyens, personnes, entreprise, …) est bien illusoire.

    Si je me base sur mon expérience, sur l’ensemble des professeurs que j’ai eu, deux ont été déterminants, les autres n’avaient aucune utilité si ce n’est de me transmettre le programme à faire pour réussir les passages en classe supérieur. 2 profs sur près de 20 ans de scolarité !!!!

    J’accepte de me tromper et d’apprendre de mes erreurs jusqu’à preuve du contraire.

    Et tu soulèves des questions existentielles :
    Si une formation ne m’engage pas à quoi sert-elle ?
    Si une formation ne m’implique pas, son cout de fabrication n’est-il pas inutile ?
    Formation de prêt à penser ?
    Formation de prêt à pousser ?
    Formation pour passer le temps ?

    De nombreuses questions auxquelles je n’ai que des tentatives de réponse, des débuts d’explication mais seront elles viables face à la dynamique d’une connaissance et s’appliquent-elles a tout le monde ?

    Nous verrons.

    Je renouvelle mes remerciements pour ton billet et ta réponse à mon commentaire.

    Indépendamment des interprétations sur la forme, tu soulèves une question de fond : Suivre une formation pour en faire quoi ?

    Cela me permet (et je ne pense pas présumer trop en écrivant) et cela nous permet de réfléchir collectivement de façon individuel au phénomène du Mooc et cette simple réflexion est d’une richesse inestimable. Cela développe nos esprits critiques respectifs, nous permet de devenir autonome en nous créant nos propres lois, en les faisant notre sans oublier que nous sommes condamnées à vivre ensemble. Seule la Terre nous permet de vivre durablement à ce jour.

    BRAVO et MERCI pour avoir lancé cette conversation et d’accepter tous les avis.

    JmarcFJ

  13. JmarcFJ

    Bénéfice supplémentaire de ton billet : les espaces commentaires favorisent-ils les fautes d’orthographes ? Si oui comment y remédier :-d

  14. Bonjour
    Pour ma part ce que je comprends surtout c’est que les analyses initiales sont faites sur des bases biaisées. Un MOOC ne sera jamais un cours d’université, pas plus que ce ne sera un moyen d’apprendre la plomberie ou pour un étudiant en médecine la palpation et le diagnostic palpatoire. Un MOOC c’est un outil complémentaire de ce qui se fait déjà. Un outil qui à terme contribuera à refaçonner le système donc une évolution , surement pas une révolution.
    Par exemple pour « voir » l’idiotie du choix de comptabilisation des « échecs » qualifiant ainsi les inscrits qui ne valident pas le MOOC, il eut suffit de se mettre un peu dans la peau d’un promeneur du web. (l’exemple des rayons de supermarché est bien vu= en conséquence privilégiez vos (petits) commerces de proximité :-) ), on peut y ajouter aussi la limite de la langue utilisée: Je m’étais par exemple inscrit à des MOOC américains de psychologie, d’histoire, de créativité etc…Absurde de penser que je les aurai tous suivis. D’ailleurs j’ai vite abandonné me contentant de tenter de déchiffrer les vidéos et de lire les forum. Mon niveau en anglais est quelque peu faible. (mais j’y retournerai quand même un peu plus tard).
    Le théorie c’est utile, seule la pratique débouche sur la « vraie vie ». Le compagnonnage, la présence physique est incontournable.
    Autre point qui me revient à l’esprit au fil du clavier:
    Imaginons un monde où il n’y a plus que des étudiants « à distance ». Les échanges entre vrais gens sont purement informatiques, donc déconnectés du contact face à face. Il est facile d’imaginer quelques conséquences possibles en se demandant: qui tient les commandes? qui investit et oriente? qui manipule ? qui devient décérébré ? (la j’exagère un peu mais l’idée y est). Diviser pour régner, le top du top pour les riches qui feront tourner le système à leur profit mais qui eux feront venir des vrais experts pour en face à face transmettre à leurs enfants le savoir utile à la perpétuation du système. (donc les dits experts seront aussi du côté des « exploiteurs »)
    A quand un MOOC pour apprendre à discerner? Pour apprendre à critiquer (au sens étymologique du terme) ? Un MOOC pour être vraiment conscient du pourquoi des choix que l’on fait,(« je » fais) ou pas.

    Les taux d’abandon pour moi ne signifient donc rien d’autre qu’une attitude consumériste déconnectée de la prise de conscience de ce que « je » veux faire de ma vie et pour « La » vie. Et le risque d’analyses du sujet (amusant si on pense aux divers sens du mot) est d’être biaisé par ce que l’analyste injecte de lui même et de ce que véhicule sa propre culture de classe.
    (je ne pose pas des guillemets partout ce serait fastidieux, mais je pense que rien que d’écrire culture de classe cela va engendrer des réactions émotives biaisantes )

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