Une typologie des MOOC

Autrefois nous n’avions que les cMOOC et les xMOOC, et déjà alors cette distinction était source de débats interminables. Désormais il semblerait qu’un nouveau type de MOOC apparaît chaque semaine: rMOOC, pMOOC, iMOOC, sMOOC, tMOOC et j’en passe. Comment se retrouver dans cette jungle d’acronymes dont les français sont si friands? Plutôt que de décortiquer tous les sigles que la Toile invente chaque semaine, nous allons proposer une ou plutôt des typologies adaptées à différents usages. Bienvenue dans l’incroyable monde des MOOC …

Dans l’article précédent, nous avions proposé une grille de lecture pour décrire l’anatomie d’un MOOC, et avions identifié cinq axes principaux: l’objectif pédagogique, le public visé, le type de ressources pédagogiques, les activités proposées, et le degré de contrainte. Premier problème qui se pose si l’on souhaite établir une typologie complète à partir de cette grille: le grand nombre de combinaisons possibles. Plutôt que de proposer une typologie, nous allons proposer des typologies, afin de s’adapter aux différents contextes dans lesquelles ces classifications sont requises. Pour un établissement d’enseignement supérieur dont la mission est la transmission du savoir (la recherche de visibilité ne constituant pas à elle seule un objectif pédagogique), il me semble pertinent de centrer la typologie sur le public cible. Quatre catégories semblent se dégager: le cours introductif généraliste, le cours spécialisé nécessitant peu de pré-requis, le cours spécialisé nécessitant de nombreux pré-requis, et le cours de vulgarisation.

Le cours introductif est probablement le format le plus fréquent sur les plates-formes américaines en ce moment: Introduction to Pharmacy (Ohio State University), Introduction to Philosophy (University of Edimburgh), Introduction to Sociology (Princeton University), et j’en passe. Il permet de s’adresser à une audience importante dans la mesure où peu de pré-requis sont nécessaires. Au sein de ces cours introductifs, on peut encore distinguer les MOOC portant sur des sujets généralistes de ceux traitant de sujets plus spécifiques. La thématique traitée a évidemment un fort impact sur le nombre d’inscrits: 3600 inscrits pour le  MOOC ABC de la Gestion de Projet contre 350 pour le MOOC Introduction aux réseaux cellulaires.

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La seconde possibilité est le cours spécialisé nécessitant peu de pré-requis. La frontière est floue entre des cours introductifs portant sur des sujets précis et des cours spécialisés nécessitant peu de pré-requis, mais passons. Ce sont typiquement des cours comme le Computational Molecular Evolution (Technical University of Denmark), English Common Law: Structure and Principles (University of London International Programmes), Epigenetic Control of Gene expression (University of Melbourne). Pour permettre à une audience importante de suivre ces cours tout en approfondissant le sujet, certaines équipes décident de proposer plusieurs parcours correspondant aux différents publics qui assistent au cours: on parle de pédagogie différenciée.

La dernière possibilité est le cours spécialisé nécessitant de nombreux pré-requis. Certaines universités américaines se dirigent à grands pas vers ce type de cours à haute valeur ajoutée. Cependant elles commencent en général par offrir des MOOC introductifs car en proposant des MOOC trop spécialisés sans proposer les cours qui permettent d’en acquérir les pré-requis, elles prendraient le risque de ne pas trouver leur public. En effet, les personnes qui pourraient être intéressées par ce genre de cours ne sont pas nécessairement des personnes qui iraient spontanément se former en ligne, et vice-et-versa.

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Enfin, il est courant que des établissements proposent des cours de vulgarisation qui n’entrent pas dans le cadre d’une formation initiale. Le Collège de France est certainement l’un des établissements francophones les plus connus en la matière. Ces cours de vulgarisation ont leurs équivalents numériques; Patrick Jerman de l’EPFL les appellent les Citizen MOOC. On peut distinguer deux formats: le format conférence, et le format conférence-débat. Le format « conférence » correspond peu ou prou aux cours introductifs, mis à part que l’audience visée est le grand public et non des étudiants: typiquement le cours de l’Unisciel basée sur la série Kesako et ses « leçons de choses », qui démarrera à la rentrée 2013. Le format « conférence-débat » porte sur des sujets plus polémiques: développement durable, nucléaire, etc. Nous ne sommes plus simplement dans la transmission de connaissances mais dans un véritable échange avec le public. Ce format se rapproche davantage des cours dits connectivistes. Je n’ai pas encore entendu parler de tels MOOC pour le moment, mais il est très probable qu’il en apparaisse rapidement.

La typologie que nous avons proposée, basée sur le public cible, a un sens au cours des premières étapes du processus décisionnel.  Plus avant dans le déroulement du projet, il est plus pertinent pour l’enseignant en charge du cours de centrer la typologie sur les activités proposées. En addition des cours transmissifs et des cours connectivistes, nous vous proposons deux autres formats: le cours orienté résolution de problème et le cours orienté projet.

Les xMOOC sont des cours purement transmissifs ayant pour objectif une duplication du savoir. Ils sont en général centrés sur des activités individuelles, même s’ils impliquent parfois de l’évaluation par les pairs et qu’il est possible d’interagir via les forums. Ce qui distingue les cours transmissifs les uns des autres est l’importance donnée au rendu de productions par les participants. Certains MOOC ne proposent comme « évaluation » que des QCM portant sur le contenu des vidéos, et aucune activité nécessitant de réfléchir. Cette pratique est à mes yeux particulièrement néfaste pour l’image des MOOC, car elle donne de l’eau au moulin de ceux qui y voient une régression pédagogique. L’importance donnée à la pédagogie active est donc à mon sens ce qui distingue les cours transmissifs les uns des autres.

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cMOOC libre: l’exemple d’Itypa

Les cours connectivistes ou cMOOC sont historiquement les premiers MOOC, fondés en 2008 par G.Siemens. Dans l’esprit de ces cours, l’enseignant en charge n’a pas pour rôle de transmettre du savoir mais de faciliter les interactions entre participants. Il n’y a pas création de ressources pédagogiques à proprement parler, les ressources sont trouvées sur la Toile et agrégées par des techniques appropriées. L’essentiel des interactions se fait sur les réseaux sociaux, des forums, et les blogs des participants. L’apprentissage est décentralisé, et il n’y a en général pas d’échéance ni de contraintes pour les participants. On peut cependant imaginer des cMOOC avec des échéances, comme des productions à rendre sur une base hebdomadaire. Ce type de cours connectiviste a ma préférence car il permet de fournir cadre susceptible de canaliser la créativité des participants. Je ferai donc ici la distinction cMOOC libre/cMOOC cadré.

On peut également envisager un type de MOOC connectiviste basé sur la résolution de problème. Ces cours permettent de bénéficier de l’intelligence collective des participants pour résoudre des problèmes précis. Nous reviendrons dans les billets à venir sur les possibilités qu’offre les MOOC en termes d’intelligence collective. Enfin, il existe des MOOC orientés projet: il s’agit de recruter des participants au sein du cours pour mettre au point un dossier de montage en quelques semaines. La plate-forme Venture Lab s’est spécialisée dans ce type de cours. Ce qui distingue ces MOOC les uns des autres est le degré de liberté dans le choix du sujet et le degré de contraintes posées par l’équipe pédagogique: nombre de jalons intermédiaires, contraintes dans le format de dossier attendu, etc. Dans le cadre du MOOC GdP, il y avait eu un jalon intermédiaire pour le rendu du dossier de cadrage, et un cadrage plus strict : une vingtaine de livrables dont le format était dicté par Rémi Bachelet. Nours reviendrons bientôt sur les différents types de MOOC orientés projet.

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Les MOOC orientés projet: l’exemple du Venture Lab

Je pense que ces différents formats de cours ne sont pas mutuellement exclusifs, et qu’il peut y avoir hybridation entre les différentes pédagogies. Dans le cadre du MOOC GdP, nous avions commencé par un cours « transmissif » classique basé sur la pédagogie active, puis lancé un cours orienté projet. Tout dépend de l’objectif pédagogique: il est tout à fait pertinent de vouloir donner un socle commun aux participants avant de leur proposer de travailler ensemble sur des projets.

Pour terminer, je serais également tenté de proposer une typologie basée sur le degré de contrainte, permettant de prendre en compte la durée et le rythme du cours. Il y a une différence notable entre le MOOC court qui ne dure que deux à trois semaines et le cours au format marathon qui peut dure plus de deux mois. A la lumière de ces différentes typologies, voici comment je qualifierais le MOOC Gestion de Projet: cours introductif généraliste – hybride: transmissif pédagogie active / pédagogie par projets – format « court et intensif ».

A vrai dire, ces typologies ne sont pas vraiment nouvelles et correspondent à la transposition au format MOOC des différents types de pédagogies que l’on peut retrouver au sein des cours en présentiel: Pédagogie active, pédagogie par projets, apprentissage basé sur la résolution de problèmes, etc. Nous sommes bien conscients que nous n’avons fait qu’effleurer ici la diversité des MOOC possibles. MOOC de type Concours de sélection, MOOC de type Apprendre par le recherche, MOOC de type Travaux Pratiques, ce ne sont pas les idées qui manquent, et je suis persuadé que nous allons assister dans les mois qui viennent à une explosion de la diversité de pratiques pédagogiques… n’hésitez pas à enrichir de vos idées les typologies que nous avons proposées ici.

Source photo: University of Edinburgh (Coursera), University of Melbourne (Coursera), Itypa, Stanford University (Venture Lab)

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  4. Marvin7h99

    Bonjour il y a une coquille dans votre article :

    Vous écrivez pour décrire le mooc connectiviste qu’il s’agit d’une solution qui ne propose pas de ressources pédagogiques, l’essentiel des interactions se fait sur les réseaux sociaux, les forums, etc..

    Je peux en déduire qu’un objet pédagogique qui présenterait ces caractéristiques pourrait se nommer mooc connectiviste.

    Or cet obet n’a pas été crée par siemens en 2008 comme vous l’affirmez et le premier objet pédagogique francophone répondant également à cette même définition n’est pas non plus l’objet itypa.

    Mais la solution jogtheweb permet cela est bien plus encore, elle a été créée par une start-up française KMB
    Avec plus de 24 800 parcours en ligne déjà réalisés par les participants (trace de leurs apprentissages) comment dénommez-vous cela ?

    Et personnellement en qualité de concepteurs de kit pédagogique où parcours pédagogiques sont à créer soi-même ou à copier pour s’y habituer afin de devenir autonome dans son apprentissage font que nos réalisations ont déjà été suivies par plus de 60 000 personnes dont un est classé deuxième dans la catégorie francophone avec près de 7000 participants pour un cours de perfectionnement sur le Cv, le 1er ayant eu 242 000 participants pour son cours d’introduction au virus h1n1
    http://www.jogtheweb.com/explore?cat=all&sort=mostviewed&word=

    Pour votre information

  5. matthieu-cisel

    Bonjour,

    je ne connaissais pas ce site, mais je vais y jeter un coup d’oeil. Mais parle t-on bien de cours événementialisés avec date de début et date de fin, basé sur la théorie du connectivisme et avec plusieurs milliers de participants simultanément ?

    Cordialement

    Matthieu

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  8. Marvin7h99

    Je ne peux repondre à la place de tous les organisateurs mais vous pouvez contactez @samdrine sur twitter qui est comme vous doctorante en sciences de l’education et qui a travaillé au lancement de cette solution.

    Pour ce qui est des parcours que j’ai proposé, ils sont tous evenementialisé comme vous dites et les 10 premiers ont compté plus de 2000 participants chacun. Dont un qui etait egalement l’objet d’un challenge face à demos formation l’un des leaders de la formation , où le gagnant devait avoir eu le plus de podcasts pedagogiqie visionné sur une periode donnée. Challenge que nous avons remporté avec un avantage de plus de 20 000 vues sur la web Tv demos de youtube et sachant comme vous vous en doutez que nous ne sommes personnes et ne beneficions d’aucun argument d’autorité en matiere de formation ni de l’aura mediatique que peut avoir un des leaders europeens de la formation professionnelle.

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  13. Isabelle Gonon

    Bonjour
    merci pour votre analyse des différents cours qui se retrouvent sous l’acronyme des Moocs.
    Je réagis juste à la phrase suivante : « des QCM portant sur le contenu des vidéos, et aucune activité nécessitant de réfléchir »
    car j’ai l’expérience de problèmes posés sous la forme d’un QCM qui ont plongés quelques milliers d’apprenants (d’un Mooc) dans un abîme de réflexion et donné lieu à des fils de discussion conséquents.
    Tout dépend de la question et des possibles réponses proposées.
    Il est vrai que le QCM est tout un art, qu’il demande beaucoup de travail à l’enseignant, mais quand il est bien conçu il devient très efficace et même incontournable dans certains cas.

    cordialement
    Isabelle

    • matthieu-cisel

      Bonjour Isabelle,

      je suis tout à fait d’accord avec votre remarque. On peut aller très loin en termes de réflexion rien qu’avec des QCM, et je reviendrai sur ce sujet dans de prochains billets. C’est quand les QCM se limitent à de la remémorisation de contenu des vidéos qu’ils sont à mon sens insuffisants

      Cordialement

      Matthieu

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