La conception crowdsourcée du MOOC Gestion de Projet

400 euros. C’était le budget initial du MOOC Gestion de Projet, et c’est ce qu’a coûté le montage du cours en termes de coûts directs. Maintenant, le cours s’est fait sa petite réputation, fonctionne a plein régime et a dépassé la barre symbolique des 10.000 participants, mais ce n’était pas gagné avec un budget aussi serré. Relativement à son succès actuel, le MOOC GdP fait probablement partie du top 5 des MOOC les moins financés ayant eu le plus de succès (à l’échelle internationale on s’entend). Cela n’a été possible que par le travail acharné d’étudiants et de bénévoles, Rémi et moi étant les seuls à disposer d’un salaire dédié dans cette affaire. Pour cette raison, j’aimerais donner la parole aux bénévoles qui ont le plus contribué à la conception de la seconde édition du cours. Retour sur l’un des éléments fondateurs du cours, le crowdsourcing …

Le MOOC GdP est placé sous le sceau du crowdsourcing, c’est-à-dire la capacité à travailler de manière collaborative et décentralisée. Tout d’abord, l’élément déclencheur de toute cette aventure. Rémi et moi nous sommes rencontrés le jour de Noël 2012 sur Wikipedia, en rédigeant l’article sur les MOOC . Puis, dans les trois semaines qui suivirent, nous avons rencontré chacun de notre côté des bénévoles et étudiants qui se sont passionnés pour le projet. Parmi les étudiantes de Rémi, Mégane Cristaldi et Aina Nyavana. Parmi les bénévoles, Bruno Warin et Dominique Breton, et bien sûr Yannick Petit et Jérémie Sicsic, qui ont fondé l’entreprise Unow juste après la fin de la première édition du MOOC. Grâce à leur travail, la première édition du cours a pu exister.

Le problème, c’est qu’il fallait également trouver des bénévoles pour le lancement de la seconde édition du cours. Il s’agissait entre autres d’approfondir le travail de communication autour du cours, et surtout de refaire l’étude de cas qui sert de fil rouge au cours, et sur laquelle se basent les activités du certificat avancé. L’idée était très simple; quand la première phase dite « transmissive » du cours s’est terminée et que les participants proposaient leurs idées de projet sur les forums, Rémi a tout simplement proposé parmi les projets de mettre au point l’étude de cas de la seconde édition du cours. Bertrand Gajeot et Ghislaine Para, deux participants au cours, se sont emparés de la question. Je laisse la parole à Bertrand …

Bertrand Gajeot

Bertrand gajeot

Bertrand Gajeot, animateur de l’équipe étude de cas

La seconde édition du MOOC ABC de la Gestion de Projet se tient depuis le 16 septembre et jusqu’au 20 octobre 2013. Comme la précédente édition, elle proposera trois modes de certification : classique, avancée et par équipe. La certification avancée (débouchant sur l’obtention du certificat avancé) se fait par la mise en application, dans un devoir hebdomadaire, des notions et méthodes de travail vues en cours. L’ensemble des devoirs est organisé en une étude de cas.

Phases du projet “Étude de cas”

Cette étude de cas est le fruit d’un travail d’équipe commencé lors de la certification par équipe de la première édition du MOOC ABC Gestion de Projet (13 avril au 6 juin 2013), et auquel j’ai pris part en qualité d’animateur de l’équipe. Ce travail collectif a constitué la phase d’avant-projet. La phase suivante, à laquelle j’ai participé en tant que responsable d’équipe-projet, était la conception (7 juin – 15 septembre 2013). Durant cette période, nous avons créé les devoirs, et élaboré les barèmes et les aides à la correction. Les uns et les autres ont été calibrés par des bêta-testeurs, et continuent de l’être pendant le MOOC, la semaine précédant la mise à disposition des devoirs. La phase de réalisation du projet constitue la certification avancée de ce MOOC. Enfin, à l’issue du MOOC, le projet entrera dans sa phase d’extinction, laquelle sera l’occasion d’un bilan.

Conception des devoirs

Les membres de l’équipe se sont répartis la réalisation des devoirs, seuls ou en binôme. Des réunions hebdomadaires (sauf de mi-juillet à mi-août) nous ont permis de faire un point régulier sur l’avancement des tâches, de formuler des critiques (toujours constructives) et de trouver des solutions aux problèmes pouvant survenir. Pendant la phase finale de cette conception, en concertation avec les auteurs, j’ai harmonisé les devoirs, non seulement en ce qui concerne les éléments de travail et leur articulation logique d’un devoir à l’autre, mais également dans la présentation et la mise en forme des documents. Cette harmonisation se poursuit tout au long du MOOC, en fonction des retours que nous font les bêta-testeurs, sur l’énoncé comme sur le barème et les aides à la correction.Tous les documents de travail sont stockés sur Google Drive, nous permettant ainsi un travail collaboratif synchrone et asynchrone.

 Facilités et difficultés

Le travail de notre équipe a été facilité par l’existence d’une étude de cas lors de la précédente édition du MOOC. Il suffisait, pour ainsi dire, de calquer l’organisation des devoirs sur l’existant. Nous avons toutefois immédiatement identifié deux difficultés principales : l’étude de cas retenue pour cette deuxième édition ne s’inscrit pas dans un contexte industriel d’une part, et d’autre part l’intégration d’une nouvelle semaine dédiée à l’analyse fonctionnelle constitue une création ex nihilo – ou presque.

Un contexte non-industriel

La première édition du MOOC avait présenté une étude de cas se déroulant dans le monde industriel (la biscuiterie Gâteaux de Paris). Pour la deuxième édition du MOOC, trois projets d’étude de cas ont été soumis à Rémi Bachelet. Le projet retenu tourne autour du développement d’une activité de service, ce qui a constitué un – léger – changement de paradigme et nécessité quelques adaptations. Au final, nous avons créé un canevas suffisamment générique pour générer une étude de cas nonobstant sa thématique ou son contexte.

Intégration d’une nouvelle semaine

L’ajout d’une semaine d’introduction à l’analyse fonctionnelle a constitué une demande forte de participants à la première édition du MOOC, demande à laquelle nous avons jugé pertinent de répondre. Cette demande a été formulée par les différentes équipes-projet de la phase par équipe, qui ont dû réaliser une analyse fonctionnelle et un cahier des charges pour leurs projets – sans avoir pratiqué cet exercice dans le cadre du MOOC. Notre équipe “Étude de cas” n’a pas échappé à la règle. Le devoir n°4 du certificat avancé de cette deuxième édition du MOOC est le résultat de ce travail : il a été élaboré sur la base du cours d’analyse fonctionnelle de Rémi Bachelet (http://gestiondeprojet.pm/analyse-fonctionnelle/), avant d’être revu pour correspondre, sur le plan terminologique, au cours réalisé par Michel Bigand pour la deuxième édition du MOOC.

Au final, ces deux difficultés auront constitué pour nous deux défis stimulants ; elles nous ont en outre permis de réaliser non seulement une étude de cas plus complète (ayant débouché sur l’ajout d’une semaine de formation supplémentaire), mais aussi de concevoir une maquette générique d’étude de cas (http://goo.gl/twRtu), réutilisable pour proposer de nouveaux devoirs à chaque nouvelle édition du MOOC.

Et maintenant ?

Notre équipe “Étude de cas” reste constituée et active pendant le MOOC. Nous assumons le rôle de professeur-assistant sur la plateforme de formation. À ce titre, chacun.e d’entre nous est référent du ou des devoirs qu’il ou elle a conçus. Explicitation de l’énoncé  jusqu’au rendu de chaque devoir et réponses aux questions relatives au cours sur les forums de discussions  ; explicitation du barème et/ou des aides à la correction pendant l’évaluation par les pairs, notation finale des devoirs… Le travail ne manque pas, à tel point que notre équipe est actuellement renforcée par des participants au MOOC qui nous aident, en qualité d’assistants-enseignants, à l’évaluation finale des devoirs. Ces participants se sont signalés non seulement par la qualité de leur travail, mais surtout par celle de leurs évaluations de pairs, de leurs interventions sur les forums de discussions et leur volonté d’aider. Parmi eux, certains ont prévu de participer à la préparation de l’étude de cas de la prochaine édition du MOOC.

Matthieu Cisel

Pour terminer, je dirais que Bertrand et son équipe ne sont pas les seuls à avoir contribué au lancement de la seconde édition, loin de là. Manon Silvant, ingénieure pédagogique de formation, fait également partie du coeur de l’équipe, au même titre que Bertrand et Ghislaine Para. Manon travaille sur la communication autour du MOOC, et s’est impliquée à tel point qu’elle a été recrutée par Unow il y a quelques semaines. Par ailleurs, n’oublions pas les dizaines d’autres qui se sont impliquées ponctuellement sur le projet sur des questions techniques, pédagogiques ou autres. L’été dernier, nous nous sommes mis à réfléchir à un logo et un nom susceptibles de symboliser ces personnes qui contribuent à la diffusion d’une éducation gratuite et de qualité. Le fonctionnement collaboratif, anonyme, et plus ou moins décentralisé nous a inspiré le nom Edunymous. La devise a été trouvée grâce à un ami latiniste: Docentur Omnes (Tous s’instruisent), un clin d’œil à celle du Collège de France, Docet Omnia (Enseigne Tout).

Docentur omnes

Si nous fonctionnons de manière crowdsourcée, ce n’est pas uniquement par faute de moyens. C’est d’abord une philosophie, et c’est aussi une question de rapidité et de flexibilité. Parfois, un travail doit être réalisé du jour pour le lendemain, et il n’est tout simplement pas possible de passer par un recrutement officiel. Pour la majorité des tâches, le travail administratif lié à la formalisation d’un contrat prendrait dix fois plus de temps que le travail lui-même. Or, les MOOC sont des courses contre la montre, et il est impossible d’adapter le fonctionnement de l’équipe au calendrier des démarches administratives.

Ce type de fonctionnement crowdsourcé, s’il est difficile à  utiliser seul, peut en revanche être combiné de manière très efficace avec le travail d’une équipe « officielle ». S’il est parfois difficile de trouver des bénévoles, il ne faut pas oublier que les étudiants peuvent eux aussi être mis à contribution … Ce sont souvent les premiers destinataires des cours et pour la plupart ils maîtrisent les technologies du web. Ils participeront à une expérience enrichissante et tout le monde y gagne. Notre retard par rapport aux américains s’agrandit chaque jour un peu plus. La seule manière de continuer à exister dans le monde impitoyable du Net, c’est de s’adapter aux dynamiques du Web et de fonctionner de manière innovante, flexible et efficace…

Annexes

Présentation de l’équipe “Étude de cas”

L’équipe “Étude de cas” a évolué entre le début de la phase d’avant-projet et celui de la deuxième édition du MOOC. Cela tient aux contraintes professionnelles des personnes, toutes bénévoles, dont les noms suivent :

  • BACHELET Rémi (chef de projet) ;

  • BARRABÉ Patrick (phase d’avant-projet) ;

  • DANCOISNE Dominique (phase d’avant-projet) ;

  • DURIEZ Frédéric (phase de conception et de réalisation ; conception du devoir n° 2) ;

  • GAJEOT Bertrand (phase d’avant-projet – animateur d’équipe ; phase de conception et de réalisation – coordinateur ; conception des devoirs n° 4 et 5) ;

  • LABORD Florence (phase de conception et de réalisation) ;

  • LHEUREUX Thomas (phase d’avant-projet) ;

  • MEUNIER Gustave-Emmanuel (phase de conception et de réalisation ; conception du devoir n° 3) ;

  • PALHOL Xavier (phase d’avant-projet et de réalisation ; initiateur de l’étude de cas) ;

  • PARA Ghislaine (phases d’avant-projet, de conception et de réalisation ; conception du devoir n° 1) ; enseignant-chercheur à l’Université d’Aix-Marseille

  • PORTILLO Carole (phase de conception et de réalisation ; conception des devoirs n° 3 et 5) ;

  • RANNOU Thierry (phase d’avant-projet) ;

  • ZAIOU Nassir (phase d’avant-projet).

À cette équipe s’ajoutent les participants au MOOC qui nous aident pour l’évaluation finale des devoirs, en qualité d’assistants-enseignants :

  • CARTON Paul-André ;

  • CORDONNIER Jean-Loup ;

  • HOANG Bich Van ;

  • LEBIHAIN-NICOLEAU Claire ;

  • PISSON Norbert.

Nous tenons également à remercier nos bêta-testeurs, Élodie ANAGUET et Éric GOUAZÉ : leurs remarques pertinentes et leurs critiques constructives nous ont permis d’améliorer la qualité des devoirs et des aides à la correction proposés dans le cadre de ce MOOC.

Enfin, il faut ajouter à tous ces noms celui de Fabien PALHOL, qui nous aide également dans l’évaluation finale des devoirs, non seulement en procédant à la correction finale, mais également en coordonnant la détection de plagiat

Source Illustration: Wikipedia, CC-BY Logo Edunymous: Thierry Eyraud and co

4 Comments

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4 Responses to La conception crowdsourcée du MOOC Gestion de Projet

  1. Rosalia

    Si jamais vous lancez une troisième édition, je veux bien faire partie des bénévoles, ça à l’air d’être une expérience très enrichissante ;)

  2. Zupa Loñon y Cruton

    Quel niveau d’accessibilité W3C WAI atteint le container de votre MOOC ? Le contenu de votre MOOC ? L’administration de votre MOOC ? Les devoirs de votre MOOC ?

    Avec quel outil avez vous mesuré cette accessibilité numérique et à quelles phases du développement ?

    (nota : je n’ai pas de site Web ===> je n’ai rien à vendre)

    • matthieu-cisel

      Tout est en Creative Commons pour le contenu (differentes licences), tout est en open source pour le code … on peut difficilement faire plus

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