MOOC, open education : des hackatons pour faire prendre la sauce

A défaut d’avoir révolutionné l’université, les MOOC ont largement contribué à populariser le concept d’Open Education, l’éducation ouverte à tous. Il reste cependant un long chemin à parcourir pour rattraper le retard français dans le domaine. Enseignants, étudiants, développeurs, établissements, associations, entreprises, un écosystème est en train de se constituer petit à petit, et les ingrédients pour une belle dynamique semble réunis …. Retour sur les ingrédients nécessaires pour faire prendre la sauce.Pour permettre une véritable innovation dans l’open education, à mon sens, il faut au moins trois types d’acteurs : les enseignants, les spécialistes du numérique, et des étudiants d’horizons variés.

Premier élément : les enseignants

Les établissements d’enseignement supérieur, avec leurs dizaines de milliers d’enseignants-chercheurs, sont évidemment en première ligne. Mais le problème est avant tout pratique. L’enseignement n’est pas valorisé dans les carrières. Comment rétribuer leur travail à sa juste valeur, comment les accompagner dans la conception de MOOC ? Où trouver des pédagogues motivés, disponibles et compétents ? On constate que la plupart des enseignants qui se lancent actuellement dans les MOOC étaient déjà impliqués dans la diffusion de ressources éducatives libres auparavant. On pense souvent au public, mais il existe également des organisations privées qui comptent : Acadomia, avec ses 21.000 professeurs, représente un vivier d’innovateurs potentiels.

Deuxième élément : les spécialistes de la pédagogie numérique

Je pense d’une part aux chercheurs et enseignants-chercheurs spécialistes du domaine, aux ingénieurs pédagogiques, aux personnels des cellules TICE, mais aussi aux start-ups et entreprises innovantes du domaine, comme Open Classrooms, ex-Site du Zero, qui a récemment converti son site de tutoriels d’informatique gratuits en plate-forme de MOOC. Mais il en existe évidemment d’autres, comme :

  • Les entreprises spécialisées dans la conception de MOOC comme Unow, Neodemia ou The MOOC Agency.
  • Les entreprises spécialisées dans la pédagogie et les ressources numériques, comme Sydo.
  • Les entreprises spécialisées dans les technologies éducatives, comme Livementor pour le tutorat en ligne, etc

Troisième élément : les étudiants et assimilés

Les étudiants sont également un formidable vivier d’innovateurs, qu’ils étudient la programmation à l’école 42 de Xavier Niel, les métiers du Web à la Web School Factory, ou bien d’autres domaines, comme le design, les médias, etc (j’en profite au passage pour faire la publicité du mémoire de fin d’étude de Clément Lhommeau, étudiant au CELSA, portant sur les MOOC). Ce sont souvent les étudiants qui disposent des compétences requises pour réussir des projets sur le Web. N’oublions pas les éduhackers, spécialisés dans l’innovation pédagogique et le détournement des outils à des fins éducatives.

Mélangez ces différents ingrédients, et vous avez le Hackaton Open Education organisé par Open Classrooms et Acadomia ce week end à l’Ecole 42. Des centaines de passionnés de l’éducation, développeurs, ingénieurs, enseignants, se sont réunis dans la fameuse école de programmation de Xavier Niel, pour passer deux jours à programmer de manière intensive. Nombreux sont ceux qui ont dormi sur place. Près d’une quarantaine de porteurs de projets sont venus présenter brièvement leur idée, pour tenter de recruter une équipe de développeurs et de designers, l’objectif étant de proposer une première maquette fonctionnelle de leur idée en moins de 48 heures. Le défi est de taille.

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Après avoir agité la Toile, la vague Open Education commence enfin à se matérialiser dans le monde réel. A Paris, une dynamique était à l’oeuvre depuis des années avec par exemple le Centre de Recherche Interdisciplinaire dirigé par François Taddei, mais jamais elle n’avait pris une telle ampleur. Les événements se multiplient, et je ne me souviens pas avoir vu autant de conférences, autant d’activité autour de la question. Par exemple, le 12 décembre, Antoine Amiel de Leeaarn organise la French Touch de l’Education, conférence qui réunira un certain nombre d’acteurs du domaine : chercheurs, journalistes, entrepreneurs, et enseignants …

Je pense qu’il faut mettre tout en oeuvre pour multiplier ce type de rencontres, les hackatons et assimilés permettent de planter les graines de collaborations futures. Comment élargir les communautés ? Parmi les enseignants, je pense notamment à des associations comme Sésamath ou à des entreprises comme Le Livre Scolaire, qui diffusent des livres scolaires gratuits sous leur forme numérique. Il ne faut pas oublier non plus la Wikiversité, avec ses 20.000 contributeurs rien que pour le monde francophone. Les associations d’enseignants sont évidemment une piste, mais il faut impliquer davantage les spécialistes du numérique, les étudiants de tous horizons. Si vous avez d’autres pistes, je suis preneur.

Il manque sûrement d’autres éléments pour faire prendre la sauce, et toutes les suggestions sont les bienvenues. Les ingrédients sont là, reste à trouver la bonne recette. Cette dynamique tranche avec le marasme ambiant et apporte un peu de fraîcheur dans le contexte difficile que connait l’éducation aujourd’hui. Si vous êtes intéressé par l’organisation de tels événements, quel que soit votre domaine d’activité (public, privé ou société civile) ou votre position, n’hésitez pas à vous lancer et à entrer en contact avec les acteurs du domaine qui veulent en faire autant. Comme on dit, l’union fait la force.

2 Comments

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2 Responses to MOOC, open education : des hackatons pour faire prendre la sauce

  1. Anne Tito de Morais

    Acadomia représente un vivier de 21000 innovateurs potentiels? Quand on sait comment ils recrutent et qui ils recrutent… combien ça coûte aux parents et combien ils payent leurs « profs ». C’est sûr qu’avec les MOOCs il y a de l’argent à gagner, mais ça deviendra des MPOC avec un P pour Privé… Mettre dans un même article François Taddei, Sésamath … et Acadomia, deux systèmes complètement opposés, tout ça parce qu’ils ont sponsorisé une manifestation…

    • matthieu-cisel

      Bonjour Anne, je suis tout à fait conscient des divergences de points de vue qui existent entre ces différents acteurs, et, en défenseur des valeurs du libre, je suis bien placé pour savoir qu’il existe de profondes divergences idéologiques. Le coeur de mon message, c’est de dire que le mouvement ne vient pas toujours de là où on croit, les services publics sont par exemple nettement moins « ouverts » qu’on pourrait le penser. Il faut essayer de comprendre l’ensemble des acteurs qui pourraient faire quelque chose. Acadomia, comme bien d’autres, dispose à mon avis d’une force de frappe certaine, qui va bien au-delà du sponsoring, et il faut à mon sens dépasser les clivages idéologiques si l’on veut chercher à prédire l’évolution de la situation.

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