MOOC et pédagogie par projet

http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-image-team-work-image14676046Les MOOC : un simple enchaînement de vidéos et de quizz ? Cette caricature du e-learning en général, et du MOOC en particulier, est bien implantée dans les esprits. Pas étonnant dans ces conditions que certains les qualifient de « formations au rabais ». S’il est vrai qu’une grande partie des cours proposés sur Coursera & Co ont adopté ce format, cela ne signifie pas pour autant que les MOOC s’y cantonnent nécessairement. Il ne tient qu’aux enseignants d’innover et d’expérimenter, car les pédagogies  numériques sont au moins aussi diverses que les pédagogies traditionnelles. Retour sur la pédagogie par projet, un phénomène émergent dans l’enseignement en ligne …

Premier élément : même au sein des cours basés sur des projets, les méthodologies diffèrent considérablement. Pour illustrer ces différences d’approche, nous allons revenir sur deux MOOC basés projet auxquels j’ai participé jusqu’au bout. Le premier est le Designing New Learning Environment (DNLE), un cours de Stanford sur les environnements d’apprentissage organisé d’octobre à décembre 2012 sur la plate-forme Venture Lab (maintenant Novoed). Le second est tout simplement le MOOC Gestion de Projet (GdP), dont la seconde partie est basée sur les projets par équipe.

Designing a New Learning Environment s’est achevé en décembre 2012 après trois mois de cours. Durant l’ensemble du cours, l’équipe pédagogique est restée en retrait; elle n’a produit qu’une heure de vidéos en tout et pour tout, qui contenaient davantage des instructions qu’un cours magistral à proprement parler. Le MOOC reposait essentiellement sur le travail en équipe. Il a commencé par une introduction d’une semaine durant laquelle l’ensemble des participants devaient décrire sur leurs profils personnels leurs intérêts, leurs  compétences, et une estimation du temps qu’ils pouvaient consacrer au cours. Ceux-ci étaient ensuite invités à proposer une idée de projet.

Le choix du sujet était relativement libre, et il n’y a pas eu de contrôle de l’équipe pédagogique quant aux thèmes proposés. Les équipes se sont formées spontanément via les forums. Certaines étaient d’ailleurs déjà formées avant le début du cours, et ont profité de l’occasion pour faire de la publicité de leur propre projet, qui parfois n’avait pas beaucoup de rapport avec l’éducation, thème du cours. Les participants qui n’avaient pas rejoint une équipe avant une certaine date limite se sont vu imposer leurs collaborateurs. Au total 4000 participants se sont inscrits, environ 300 équipes se sont formées, dont la taille allait de un ou deux membres à plus de dix. Chaque collaborateur indiquait le nombre d’heures qu’il pouvait consacrer au projet, durée qui excédait parfois plus de dix heures hebdomadaires.

J’avais formé une équipe centrée autour des outils pour l’apprentissage en ligne de la biologie. Malheureusement, les problèmes récurrents dans les projets de groupe ont été exacerbés par le fait que les participants ne se connaissaient pas vraiment et que rien n’a été fait pour donner une cohésion à l’équipe. Il a été particulièrement difficile de créer une dynamique de travail collectif, et sur les dix personnes qui ont été inscrites dans l’équipe, trois ont complètement disparu et cinq n’ont apporté une contribution qui ne correspondait qu’à quelques heures de travail.

Après avoir attendu pendant six semaines que les membres de l’équipe apportent leur contribution, nous avons dû nous résoudre avec un membre de l’équipe qui travaillait sur Paris à faire l’essentiel du projet ; 90% du travail a été fait à deux au cours de la dernière semaine. Un certain nombre d’autres chefs d’équipe se sont également plaints de cette situation. Cela dit, au vu du grand nombre de projets finaux de qualité, il faut nuancer l’importance de ces problèmes. D’excellentes idées ont émergées.

Pour inciter les membres de la communauté à alimenter le cours en ressources, l’équipe pédagogique imposait également un certain nombre de devoirs individuels: agréger des ressources utiles, commenter des articles publiés par l’équipe pédagogique. Des participants se sont alors chargés d’organiser en ensembles cohérents cette masse d’information, c’est le processus d’agrégation-curation.  Les participants les plus actifs de la communauté se voyaient récompenser par des votes positifs, ou en étant nominés dans ce qui a été nommé le Student Hall of Fame. Les projets finaux ont été évalués par les différents participants selon le principe de l’évaluation par les pairs. Il fallait pour obtenir la certification évaluer environ une dizaine de projets sur la base de cinq critères, comme l’innovation, l’interactivité, l’utilité.

Notre dossier a été évalué par plus de vingt participants et chaque projet a donné lieu à de nombreuses discussions. Pour inciter ces discussions sur les projets finaux, des points supplémentaires étaient accordés aux projets les plus débattus. L’équipe pédagogique se sert de ce cours pour récolter les meilleures idées, et identifier les équipes et personnes les plus prometteuses pour d’éventuelles collaborations, et ne s’en cache pas. Un site a été mis en place pour valoriser les projets réalisés et permettre à la communauté de continuer à exister.

Alors que le DNLE reposait presque exclusivement sur les projets par équipe, le MOOC Gestion de Projet a débuté par cinq semaines de cours intensifs au format xMOOC avant de proposer un cours de six semaines basé sur les projets; il était nécessaire d’avoir participé à la première partie du cours pour pouvoir assister à la seconde. Compte tenu de l’intensité de la phase de xMOOC, seules les personnes les plus motivées se sont lancées dans les projets. C’est ce qui explique la différence quantitative en termes de nombre d’équipes : quelques dizaines pour le GdP, quelques centaines pour le DNLE. Néanmoins, nous n’en attendions pas beaucoup plus, et cherchions avant tout à obtenir une première expérience dans le domaine de la pédagogie par projet au sein des MOOC. Pour en comprendre davantage les tenants et les aboutissants, j’ai quitté la casquette d’organisateur pour me mettre dans la peau du participant.

La première étape a consisté à définir un sujet puis à recruter une petite équipe. L’approche était assez similaire à celle suivie dans le DNLE, si ce n’est qu’aucune équipe n’a été imposée. Il fallait proposer un titre de projet dans le forum et discuter avec les participants intéressés. Cette phase a commencé quelques semaines avant le lancement officiel du cours et s’est poursuivie durant les quelques semaines qu’a duré le xMOOC. Rémi Bachelet, l’enseignant en charge, avait fixé une limite de 5 participants minimum et 10 participants maximum. Contrairement au DNLE, le format des livrables était relativement contraint, des modèles étant fournis par Rémi via la Wikiversité : dossiers de cadrage, de montage, etc. Un premier livrable était attendu à mi-parcours, et évalué par les pairs. Nous sommes arrivés à produire un dossier tout à fait convenable sous la forme d’un Google Drive. Plus de 150 heures de travail au total, certaines équipes sont allées jusqu’à 400 heures de travail. La meilleure façon de se faire une idée, c’est encore d’aller y jeter un œil.

La simple idée de monter des projets avec de parfaits inconnus en provenance des quatre coins de la planète est déjà en soi quelque chose d’assez novateur et amusant. En plus d’être bon marché, ce type de pédagogie est particulièrement formateur, c’est une excellente manière d’apprendre le management interculturel, le travail collaboratif, le travail à distance, toutes compétences indispensables si l’on veut évoluer dans le monde d’aujourd’hui. Affaire à suivre donc …

3 Comments

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3 Responses to MOOC et pédagogie par projet

  1. La pédagogie par le projet, avec ou sans MOOCS (enseignement en ligne) mais aussi avec un Fab Lab, cela existe en France aussi : http://fondaterraleblog.com/versailles-sciences-lab-un-prometteur-fablab-adosse-a-un-learning-centre/
    Ce sont les nouveaux usages qui révolutionnent notre conception et notre manière de faire de la pédagogie. Pas ou peu les outils, qui ne sont que des médiateurs pour refondre le système et sortir de notre logique d’ingénieur.

  2. David

    Bonjour,

    Je trouve que ce que vous faites est très intéressant. Mais, j’ai plusieurs questions qui me taraudent souvent : est ce que le MOOC remplacerait vraiment le professeur ? Est ce suffisant d’invoquer la dite révolution pour créer des Hommes/Femmes intelligents ? Qui seraient capable de traiter l’information en vue d’atteindre leur but (connaissance/action) ? Est ce suffisant cette révolution cognitive ? Que dire alors des prof ringards comme moi qui usent et abusent de la méthode traditionnelle d’enseignement ?
    Merci.

    • matthieu-cisel

      Bonjour,

      pour moi, un MOOC ne remplacera jamais en enseignant, tout au plus fera-t-il évoluer son rôle. Je pense qu’il faut faire la distinction entre son usage dans un contexte institutionnel, pour des étudiants ou apprenants qui ont déjà accès à un enseignant, et un usage hors institutionnel, pour des personnes qui pour x ou y raison ont des difficultés à avoir accès à une formation (faute de temps ou d’argent). La véritable révolution n’est pas à mon sens pédagogique (et donc cognitive), même si le potentiel est là, la véritable révolution, c’est de pouvoir donner un accès gratuit à la formation à ceux qui le désirent sans en avoir les moyens. C’est plus à cette dernière catégorie d’utilisateurs (à laquelle j’appartiens aussi en tant que consommateur de MOOC) que je m’intéresse. Les usages en contexte institutionnel sont dans une certaine mesure plus complexes à analyser, et le sujet est plus tatillon… je préfère rester en retrait sur la question faut d’avoir un avis pertinent.

      Cordialement

      Matthieu

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