MOOC et groupes de discussion

La présence de milliers de participants est souvent présentée comme l’un des principaux défauts des MOOC. La difficile interaction avec l’équipe pédagogique comme une preuve de la médiocrité de ce nouveau format pédagogique. Certes, il est relativement difficile d’interagir personnellement avec 10.000 étudiants; mais est-ce nécessairement un problème quand on a accès à une communauté hétéroclite de plusieurs milliers de personnes ? Pour illustrer ce propos, voici quelques exemples issus de sites d’apprentissage de langues, car ceux-ci ont intégré depuis longtemps l’importance de la communauté, bien avant l’apparition des MOOC, et demeurent une source d’inspiration inépuisable …

Entre les projets par équipe, les forums de discussion, les groupes de discussion, etc, ce ne sont pas les possibilités d’activité qui manquent au sein des MOOC. Les groupes de discussion représentent l’une des activités les plus fréquemment proposées au sein des communautés d’apprentissage de langue. On peut en distinguer deux types : les groupes de discussion synchrones et les groupes de discussion asynchrones.

Les groupes de discussion synchrones sont en général organisés au sein de chat rooms, qui peuvent être assez basiques, comme Shared Talk de Rosetta Stone (Figure), Mibbit utilisé dans la communauté Polyglotte (Figure), ou plus avancées avec la mise en place d’un avatar pour représenter la personne qui parle, sur le principe des mondes virtuels (Figure, Polyglot Room) . Les objectifs de ces groupes de travail dépendent du type de cours; pratiquer les langues dans le cadre des communautés d’apprentissage de langue, ou dans celui des MOOC, discuter des devoirs, collaborer, etc.

Le principal défi est d’atteindre une taille critique suffisante pour que la chat room ne soit jamais vide, auquel cas les utilisateurs arrivent, ne voient personne, en questionnent l’intérêt et en général ne reviennent pas.  Nous avions eu ce problème dans le cas du MOOC Gestion de Projet au cours de la première édition de la formations, car la communauté était trop petite (3000) et les objectifs de la chat room n’étaient pas suffisamment clairs. En revanche, avec la communauté Polyglotte, la chat room que nous avions mise en place sur Study Room avait atteint 15.000 inscrits, avec 1000 personnes par semaine en moyenne. Le raison de ce succès est double : d’une part la communauté Polyglotte était suffisamment grande (>300.000), et d’autre part l’objectif de cet espace virtuel était simple : pratiquer les langues étrangères.

Planifier et scénariser les rencontres en déterminant de manière précise leur objectif permet de combler en partie ces problèmes de taille critique. La communauté d’apprentissage de langues LingQ (Figure, LingQ) utilise par exemple ce principe, et j’ai dû le voir au moins une fois dans l’un des seuls MOOC de langues dont j’ai eu vent (Figure, Spanishmooc).  Par ailleurs, le lien vers la chat room doit être bien visible au sein de la plate-forme d’apprentissage doit être mis en valeur pour augmenter le trafic. Sur Coursera, les Google Hang Out sont presque toujours vides même dans des MOOC de 200.000 utilisateurs.

Dans l’idéal, l’outil doit être internalisé dans la plate-forme d’apprentissage. Contrairement à Canvas, edX ne le permet pas aux dernières nouvelles, mais la fonctionnalité est probablement dans les tuyaux. Dans l’éventualité d’une externalisation, il est recommandé d’utiliser des outils simples d’utilisation et que tout le monde connaît (type Skype ou Google Hang Out, qui permet de faire du chat oral et écrit).  Quant à la scénarisation et au contenu de ces conversations, c’est à l’équipe pédagogique de faire preuve d’imagination. Quelques questions à se poser : Quel est l’objectif de la conversation ? Comment forme-t-on les groupes ? De manière aléatoire, sur la base des objectifs de l’apprenants, de critères linguistiques ? A méditer …

En ce qui concerne les groupes de discussion asynchrones, il ne faut pas faire l’amalgame avec les forums du MOOC, qui sont ouverts à l’ensemble de la communauté et où les 10.000+ participants sont actifs. Même si un groupe de discussion asynchrone repose sur le même type d’outil, il peut être nettement plus réduit en taille.  Les forums ont été largement utilisés dans les communautés d’apprentissage de langues (Figure, Busuu). Il y a plusieurs manières de procéder pour obtenir des groupes de discussion de taille réduite. Dans le premier cas, l’équipe pédagogique détermine les titres des fils de discussion et des sous-forums éventuellement associés, et enjoint les participants à rejoindre la conversation. C’est l’approche top-down. Dans l’approche bottom-up, l’apprenant est invité à créer lui-même un fil de discussion et à créer une petite communauté autour. Il arrive parfois que ce type de groupes de discussion se créent de manière spontanée dans Coursera sur la base de critères linguistiques. Encore une fois, il y a tout un travail de scénarisation à réaliser pour que ce type d’activité soit productive. Nous ne disposons pas d’assez de recul sur la question au sein des MOOC pour le moment pour s’étendre trop sur le sujet.

Les groupes de discussion de taille réduite représentent un élément important des MOOC, qu’ils soient synchrones ou asynchrones. Ils sont dans une large mesure sous-utilisés, et c’est bien dommage, car, outre leur intérêt pédagogique, ils contribuent à « fidéliser » les apprenants en créant du lien social. Ils sont moins anonymes que les forums, parfois effrayants quand la communauté atteint plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs. En fin de compte, ils ne sont que la transposition de pratiques qui existent déjà depuis longtemps dans l’enseignement traditionnel ou même dans les formations en ligne classiques … Mais l’ouverture du cours à des dizaines de milliers de personnes issues d’horizons très différents change un peu la donne, enrichissant largement les possibilités offertes par l’outil numérique. Quoi qu’il en soit, le défi reste le même : rendre ce type d’interaction intéressant du point de vue pédagogique. Affaire à suivre donc.

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6 Comments

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6 Responses to MOOC et groupes de discussion

  1. Bonjour Matthieu,

    Serait-il donc nécessaire de recruter des dizaines de milliers d’apprenants pour faire vivre des groupes de discussion de taille réduite ?

    Les formes habituelles de la FOAD y réussissent régulièrement… avec des effectifs de quelques dizaines d’apprenants…

    La collaboration nécessite, entre autres, l’engagement social des personnes. Celui-ci peut plus facilement émerger entre des personnes étant en mesure de situer les autres au sein d’un groupe restreint qu’au sein d’une multitude que sa taille rend forcément plus anonyme.

    Si le massif donne, sur le papier (« sur le numérique » n’est pas signifiant ici ;-), plus de chances de trouver des personnes avec qui collaborer, la difficulté est de les repérer. Par ailleurs, la vie quotidienne nous amène régulièrement à devoir travailler collectivement avec des personnes que l’on ne choisit pas. Or l’apprentissage gagne toujours à être réalisé dans des situations les plus authentiques possibles. L’effectif réduit d’une FOAD en donne l’occasion.

    Cordialement,
    Jacques

    • matthieu-cisel

      C’est certain qu’on a pas inventé l’eau chaude avec les MOOC sur le plan pédagogique. Rien de très nouveau par rapport à la FOAD. Le vrai changement, c’est l’ouverture, et la « massification » quand elle a lieu. Redonner ce sentiment de petits groupes et de petites communautés au sein de la masse, c’est vraiment intéressant. Après, comment scénariser le tout pour trouver les bonnes personnes et faire émerger les bonnes interactions, tout le défi est là, comme tu le soulignes ….

  2. Cette réflexion sur les groupes de discussion n’est pas propre aux MOOC, ni même à la foad. C’est le cas de tout regroupement social … on peut penser aux réseaux sociaux, mais pas seulement.

    Le grand nombre d’utilisateurs (que représente le M de mooc) fait l’avantage du dispositif, mais présente de nombreuses problématique … et organiser la discussion au sein d’une communauté de milliers de personnes n’est pas négligeable !

    On retrouve en fait ici la même problématique que l’on a quand on cherche à faire dialoguer les citoyens d’une même cité. Masse critique, planification, solution asynchrone vs synchrone … c’est un peu toujours la même chose, on a beau trouver des manières d’organiser le système … et bien c’est le même regret au final : c’est toujours les mêmes qui prennent la parole et seuls une faible partie de la masse profite vraiment de sa formation !

  3. Silvant Manon

    Et sinon, de manière très concrète, tu ferais comment sur FUN ? Parce que les critiques fusent de toutes parts du côté des étudiants et nous, « pauvres » ingénieurs pédagogiques, sommes bien démunis….
    Quelques citations d’apprenants :
    « Bonjour,
    Cet espace de discussion, dans le cadre des cours, constitue AUSSI un outil de travail en raison des idées qui y sont débattues. Ce n’ est pas qu’ un simple divertissement ..
    Il convient donc de le rendre beaucoup plus « PRO » .
    Merci aux techniciens du MOOC ! »
    Ou encore « Discussions: un bazar monstre, chacun créé son fil de discussion, horrible. Sur UNOW, les fils sont programmés ensuite on discute dans ces catégories. C’est la première semaine et tout le monde se présente chacun sur son fil de discussion. Au secours 😉
    Voilà mes premières impressions. J’espère que cela pourra être utile. »

    Au delà de ça, chaque équipe de conception de MOOC essaye de s’en sortir. Mais il serait très utile de mettre en commun ce qui marche parce que là, en effet, ce sont les apprenants qui trinquent. Tu nous trouverais quelqu’un pour mettre en commun tout cela ? Et très vite ?

    Merci d’avance.

    • matthieu-cisel

      Mmm, question épineuse, je pense en effet qu’il ne faut pas laisser les gens créer d’eux même des fils de discussion (ou alors laisser un fil spécifiquement pour ça), car sinon cela crée un bazar sans non. Mais est-ce possible techniquement, toute la question est là …

  4. Jean-Eric Branaa

    Bonjour,
    Je crois que le coeur du problème dans l’interactivité est contenu dans cette question: nous sentons tous bien que les apprenants souhaitent participer, mettre en oeuvre, faire l’expérience de nouvelle pratique… J’y vois, pour ma part, la transposition de ce qui est déjà connu de tous, à savoir le modèle de la classe: la discussion qui part de l’enseignant revient sous la forme de questions, plus ou moins spécialisées, mais également sous tout un ensemble de pratiques que l’on retrouve dans nos classes ; je ne suis pas inquiet lorsque j’observe que les étudiants se présentent dans les fils de discussion proposés par FUN. Cela ne relève-t-il pas de ce besoin de socialisation qui est somme toute nécessaire dans notre apprentissage?
    Car il faut remarquer que la prise en main spontanée des wikis est également un autre aspect de ce besoin d’intéragir. Bien sûr, il n’y a pas beaucoup plus, pour l’instant, que du copier-coller provenant de sites que nous connaissons tous, et certains diront (et avec raison) que l’on ne fait rien de plus que du brouillon de wikipédia… sauf que cela se passe dans le cadre d’un cours. Nos tristement célèbres exposés ne donnent que rarement des résultats supérieurs lorsque nous sommes en présentiel.
    Je pense donc que le rôle de l’enseignant 2.0 est en train de muter; outre sa capacité à diffuser son savoir ou le fruit de ses recherches, il (elle) ne va-t-il pas devoir devenir extrêmement créatif (ou spécialisé?) dans la scénarisation dudit savoir. Quel défi!
    Et, soit-dit en passant, il existe déjà d’autres expériences de MOOC en France, même s’il ne sont pas encore « O », et pas complètement « M » et notamment dans le domaine des langues: j’ai créé Agor@ssas, la plateforme d’enseignement en ligne de l’université Paris 2, voici 5 ans et j’y anime le cours d’anglais, au sein de la nouvelle licence en ligne diplômante en droit, avec ses « obligés » espaces de chat, de wiki et de travail collaboratif. Vous y êtes le bienvenu.

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