MOOC : quelques outils pour bien mémoriser

Notre système éducatif est en grande partie basé sur l’apprentissage par cœur, et pourtant les outils dédiés à la mémorisation restent très mal connus. Le numérique présente pourtant un avantage certain sur ce terrain, car il permet de stocker une quantité considérable de données, et dans une certaine mesure de « cartographier » notre mémoire. Aujourd’hui, nous revenons brièvement sur quelques outils spécialisés dans la mémorisation, qui, s’ils sont encore simplistes par bien des aspects, finiront probablement par faire irruption au sein des MOOC d’ici quelques temps.

Vers la fin des années 2000 ont commencé à apparaître des plateformes d’apprentissage se basant sur les sciences cognitives et mettant l’accent sur les techniques de mémorisation. Nous avions déjà évoqué dans un billet sur les pistes à explorer pour l’enseignement des langues les deux plateformes les plus connues dans le domaine sont Iknow et Memrise. Ces outils sont utilisés principalement pour l’apprentissage des langues, et notamment de listes de vocabulaire, sans s’y cantonner. Elles reposent principalement sur le principe des flashcards, mais améliorées via des exercices de type QCM ou textes à trous. On parle de systèmes à répétition espacée, car le contenu est présenté à intervalles croissants jusqu’à ce qu’il soit considéré comme parfaitement mémorisé.

Iknow est le produit d’une entreprise japonaise, Cerego. Le contenu est en principe crowdsourcé, c’est-à-dire produit par les utilisateurs, mais l’entreprise a développé plusieurs listes de 6000 mots, dans trois langues uniquement, le chinois, le japonais et l’anglais. Pendant une certaine période, Iknow a pris le nom de smart.fm, la plate-forme donnait une place importante au crowdsourcing pour la création des listes de vocabulaire. Une fois que le site a repris la dénomination Iknow.jp, le contenu s’est recentré sur les listes de Japonais, Anglais et Chinois, et le tout est devenu payant. Iknow inclue un outil auteur permettant de créer des listes d’items à apprendre. Il comporte par ailleurs un certain nombre de jeux pour faciliter l’apprentissage de ces listes. L’auteur des contenus dispose cependant de relativement peu de marge de manœuvre dans la mise en place du dispositif. Il est possible de créer des listes d’items à apprendre, et Iknow fait le reste. Impossible (aux dernières nouvelles) de déterminer soi-même la séquence des exercices et activités proposer.

Mais Iknow demeure relativement méconnu en comparaison de Memrise. Memrise a été fondé par Ed Coke, un Grand Maître de la Mémoire, et Greg Detre, un neurobiologiste de l’université de Princeton. Il s’inspire également des recherches en sciences cognitives, mais à la différence de Iknow il ajoute des moyens mnémotechniques pour mémoriser plus facilement le contenu à apprendre. Les moyens mnémotechniques sont développés et mis en ligne par la communauté d’utilisateurs. Un avantage inestimable par rapport à Iknow.

En se basant sur les réponses aux différents test, Memrise estime avec une plus ou moins grande précision le degré de mémorisation d’un item, qui peut être la traduction d’un mot d’une langue étrangère par exemple. Il le place donc dans la mémoire à court terme ou la mémoire à long terme. Tout dépend du succès de l’utilisateur au cours des différents tests qui lui sont proposés. De par la nature de la communauté, essentiellement anglophone, les listes de vocabulaire sont essentiellement centrées sur l’anglais. Ce type de déséquilibre est particulièrement fréquent dès qu’un contenu est produit via le crowdsourcing. Par ailleurs, un système de gamification et de tutorat par les pairs a récemment été introduit, rajoutant une dimension de psychologie sociale à la psychologie cognitive.

Enfin, Anki est une application-bureau développée par un développeur, Damien Elmes, et qui est devenue l’une des principales plates-formes d’échanges de flashcards. Elle est devenue populaire autour de 2010 après que la communauté eut atteint une taille critique. Il est facile de trouver sur Anki des listes de vocabulaire avoisinant la dizaine de milliers d’items.  Anki a connu un regain de popularité au sein de la communauté des autodidactes quand Iknow est devenu payant, la communauté migrant rapidement vers des solutions gratuites. Il partage avec des sites comme Memrise ou Quizlet les problèmes liés au crowdsourcing. Anki reste néanmoins beaucoup moins intéressant que Iknow ou Memrise dans la mesure où c’est l’utilisateur qui détermine s’il connaît ou non l’item en question. Ce système est beaucoup plus simple à mettre en place du point de vue de la conception des exercices; cependant l’utilisateur n’est sans doute pas le mieux placé pour savoir avec précision ce qu’il sait ou ne sait pas. Rien ne vaut le test objectif.

Les systèmes basés sur la répétition espacée ont commencé à fleurir à la fin des années 2000; nous n’en avons évoqué que trois des plus célèbres, mais il en existe bien d’autres. Quel est le lien avec les MOOC me direz-vous ? Pour le moment, il n’y en a pas vraiment, et c’est bien dommage, si ce n’est le fait que cela permet de mieux apprendre en ligne. En attendant que ce type de système soit intégré ou développé directement dans des plates-formes comme edX, il n’y a pas d’autre alternative que d’externaliser l’apprentissage hors de la plate-forme de MOOC en renvoyant en lien vers des outils comme ceux que nous avons décrits.

Ces applications ne permettent de mémoriser que des listes, et qui plus est selon des processus pré-définis, ce qui en limite considérablement la portée. Au fur et à mesure que de nouveaux outils feront leur apparition et se diversifieront, je suis persuadé que la question de la mémorisation deviendra l’un chevaux de bataille du numérique éducatif, et qu’ils seront intégrés aux MOOC de manière croissante. Mais il reste un long chemin à parcourir, c’est certain.

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4 Comments

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4 Responses to MOOC : quelques outils pour bien mémoriser

  1. Matthieu,

    « En attendant que ce type de système soit intégré ou développé directement dans des plates-formes comme edX… »

    Ton souhait est déjà exaucé : https://www.edx.org/course/utaustinx/utaustinx-ut-8-01x-jazz-appreciation-1149

    Bon courage,

    Laurent

  2. Il y aussi des solutions française sur le sujet comme la notre avec Domoscio et « La machine à réviser ».

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