MOOC, tutorat par les pairs, tandems …

Dans ce billet, nous abordons la question des tandems au sein des MOOC de langues. Nous avons récemment fait un rapide tour d’horizon des géants du Net : Busuu, Livemocha, Babbel, etc. J’aimerais revenir cette fois sur les activités et des fonctionnalités que proposent ces différents acteurs, et en particulier sur celles liées à l’apprentissage social et les tandems. Avec quelques exemples à l’appui, nous allons explorer quelques pratiques de plates-formes déjà anciennes, pour essayer de dessiner le contour des  évolutions possibles des MOOC.

La machine montre rapidement ses limites. Malgré les avancées effectuées dans le domaine du traitement automatique du langage, il reste très difficile d’évaluer la qualité d’une production écrite. De même, les Intelligences Artificielles comme les agents conversationnels ou chatter bots ne sont pas en mesure de tenir des conversations cohérentes et approfondies, en particulier dans des langues autres que l’anglais. Enfin, quoi de plus efficace que des relations avec d’autres êtres humains pour maintenir un niveau élevé d’engagement et de motivation, psychologie sociale oblige ? Autant de raisons pour se pencher sur la question de l’apprentissage social.

Première étape, se créer des contacts. La plate-forme doit permettre de trouver des partenaires d’apprentissage sur la base de critères linguistiques et géographiques ( et souvent d’âge et de sexe, soyons honnêtes). Pour un échange optimal, il s’agit de trouver des partenaires qui parlent couramment la langue que l’on souhaite apprendre et vice-et-versa (Figure, Busuu). Une fois le contact créé, il est important pouvoir voir ceux qui sont connectés afin de discuter avec eux (Figure, Busuu). Dans le cas des Busuu, la conversation est orientée dans la mesure où le thème de la conversation est fixé à l’avance (Figure, Busuu), ce qui n’engage à rien. Dans les plates-formes de MOOC comme edX et Coursera, c’est encore impossible, d’ailleurs, les utilisateurs n’ont pas de profil personnel à proprement parler; dans Canvas, il est possible de regarder les profils des autres apprenants et de leur envoyer un mail, mais presque personne ne le fait, faute de mécanisme incitatif. Dans la plate-forme britannique Futurelearn, cette dimension sociale est nettement plus mise en avant, et je suis de curieux de voir comment cela va évoluer.

Ensuite, les canaux de communication, synchrones ou asynchrones. Commençons par les outils de communication synchrone, comme le chat (prononcer tchate). Le problème pour les MOOC de langue n’est pas l’outil de chat per se; certaines plates-formes comme Canvas en disposent déjà et edX finira bien par avoir le sien. Au pire, on peut externaliser avec des outils adaptés, même si c’est du bricolage. On peut utiliser Skype ou Google Hang Out pour les discussions orales et ou écrites, pas de souci. Le problème, c’est que les MOOC sont de taille relativement réduite (quelques milliers à dizaines de milliers, pas des millions), et attirent un public particulier, à savoir des gens qui apprennent la langue enseignée. Pour rassembler une communauté suffisamment variée en termes de compétences linguistiques pour permettre des tandems, il faut proposer une grande diversité de cours de langues, attirer des dizaines de millions d’utilisateurs, et revenir sur des modèles comme Busuu ou Livemocha. Je vois difficilement comment on pourrait faire autrement, mais je suis preneur d’idées. La problématique est assez similaire en ce qui concerne les MOOC d’autres disciplines, voire pire. Certes, il sera possible d’avoir des partenaires avec qui discuter. Mais pour discuter de quoi, et avec quel objectif ? Tout le problème est la scénarisation.

Pour ce qui est des productions écrites, la question est légèrement différente ; alors que l’intérêt pédagogique de bavarder dans la langue apprise avec des non-natifs est à mon sens discutable, il peut être intéressant de passer du temps à corriger des productions selon le principe de l’évaluation par les pairsnous en parlons tout le temps. Le principe est d’ailleurs utilisé depuis longtemps dans Busuu ou Livemocha (et cela remonte bien avant l’émergence des MOOC). La première étape consiste à écrire sur un thème donné, déterminé par le site dans le cas de Busuu (Figure, Busuu). La production écrite est envoyée à un utilisateur compétent, qui gagne des « points » en participant à la correction (Figure, Busuu). C’est le principe de la gamification. Bon, de ce côté, aucun problème pour introduire la démarche dans les MOOC. On sait très bien faire de l’évaluation par les pairs, et attribuer des bonus et des malus pour pousser à corriger. Comme pour les tandems de conversation, le seul problème est la taille et la nature de la communauté d’apprenants. Il faut s’adapter au fait que les correcteurs seront en principe non-natifs.

Evaluation par les pairs, discussion synchrone, pas de problème technique a priori pour transposer ces fonctionnalités dans les MOOC de langues. Le véritable problème, c’est de scénariser le tout pour que l’activité ait un intérêt pédagogique, et rassembler une communauté d’apprenants suffisamment importante et diverse pour permettre des tandems de qualité. Et là, c’est une autre paire de manches. Il est très probable que cette notion de tandem dépasse le cadre de l’apprentissage des langues pour s’étendre à différents types de MOOC. La question n’est pas tant celle de l’outil que de la nature des interactions. Par exemple faut-il mettre en place des tandems entre étudiants plus forts et étudiant plus faibles selon le principe du tutorat par les pairs (ou Peer Tutoring) ? Ou bien se baser sur des critères géographiques, ou des critères socioprofessionnels ?

Le consortium edX est en train d’intégrer dans son code Open edX (le code de FUN) la notion de petit groupe de pairs. Alors que pour le moment l’évaluation par les pairs se passe de manière aléatoire et qu’aucun lien n’est créé, à court terme, elle pourra avoir lieu au sein d’un petit groupe, stable tout au long de la durée du MOOC. De même, le MOOC HTML5 d’Open Classrooms est en passe de changer le modèle. Au lieu d’avoir deux sessions par an et rien entre les deux, chacun pourra commencer quand il veut, et aller au rythme qu’il veut, tout en pouvant interagir avec les participants qui commenceront en même temps et iront au même rythme. C’est la notion de cohorte, qui ouvre un certain nombre de perspectives en termes de tutorat par les pairs.

html5

En effet, marre de ne pas pouvoir commencer le MOOC quand on le veut et au rythme qu’on veut. C’est extrêmement frustrant, d’autant que le principal atout du numérique c’est son caractère asynchrone. Pierre Dubuc et Mathieu Nebra ont tout compris. Mais il est cependant essentiel d’en finir avec une vision solitaire de l’apprentissage en ligne.  Alors comment être ouvert tout au long de l’année et malgré cela maintenir une dynamique et des interactions entre participants? Alors c’est sûr il faut atteindre une taille critique, mais surtout, il faut bien comprendre comment scénariser les interactions entre participants. Et pour ça, le tutorat entre pairs, les fonctionnalités de réseaux sociaux et les tandems joueront un rôle crucial. Reste à l’inventer.

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3 Comments

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3 Responses to MOOC, tutorat par les pairs, tandems …

  1. Chotel

    Salut Matthieu,
    Si cela t’intéresse, j’ai abordé la question des caractéristiques techno-sémio-pragmatiques de Busuu et des impacts sur les interactions entre pairs lors de deux communications à EPAL (en 2011, avec F. Mangenot et en 2013) dont les actes sont en ligne :http://epal.u-grenoble3.fr/actes.htm
    De façon plus approfondie, cela a fait l’objet de mon mémoire de recherche : http://bit.ly/1dvpcZs
    A demain peut-être pour la réunion FUN !
    Laure

    • matthieu-cisel

      Super ressource ! Voilà quelque chose d’un peu plus approfondi que ce que je peux proposer. Pas étonnant que j’ai été refusé ) EPAL 🙂

  2. Chotel Laure

    Un souci d’url pour le mémoire http://bit.ly/1iAkpER

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