MOOC : à la quête de ressources éducatives libres

Pour faire un bon MOOC, il faut des ressources pédagogiques de bonne qualité. Et pourquoi réinventer perpétuellement la roue et s’épuiser à créer des ressources quand Internet regorge de pépites qui ne demandent qu’à être utilisées. Pour illustrer ce propos, je reviens sur la question de ces fameux MOOC de langues qui m’obsèdent. Vu que je ne dispose que de très peu de moyens, il s’agit de trouver des ressources que je pourrais utiliser comme base de la formation. Mais comment choisir ces ressources, où les trouver, comment évaluer leur qualité ? Retour sur une petite grille de lecture personnelle …

Internet regorge de ressources pour apprendre les langues. Tous les formats sont représentés  : texte, vidéo, ou audio, alors pourquoi réinventer la roue. Il est tout à fait possible de réutiliser les médias à notre disposition comme matériau de base dans les formation de langues : Journaux télévisés, articles de journaux, émissions de radio. Entre BBC Monde, RFI et j’en passe, il y a de quoi faire … Et quand on veut apprendre une langue, des cours de langue, de grammaire, de prononciation, sous forme vidéo (Youtube, etc), ou sous forme écrite (Wikipedia, etc), on en trouve un certain nombre également. Le problème, c’est qu’on ne peut pas nécessairement utiliser ces ressources à sa guise. Avant d’aller plus loin et intégrer n’importe quelle ressource dans sa formation, il importe de se poser au moins quelques questions : la licence, le modèle éditorial, et le modèle économique.

Les deux grandes familles de licences sont les licences propriétaires et les licences libres. Une ressource qui possède une licence propriétaire (un copyright) présente un certain nombre de restrictions pour son usage, et ne peut être diffusée sans accord de l’auteur, mis à part quelques cas particuliers (la fameuse exception pédagogique). Dans le cas des licences libres comme les licence Creative Commons, le contenu peut être utilisé et diffusé sous certaines conditions. Le but de cette licence est de permettre aux auteurs de diffuser leur travail sans perdre la paternité de la ressource et en interdisant des usages auxquels ils n’ont pas consenti. La licence CC la moins restrictive implique seulement de citer la source utilisée. Certaines licences CC sont plus restrictives, il peut être interdit de modifier la ressource, ou de l’utiliser à des fins commerciales. Je recommande le site Creative Commons pour ceux qui désirent approfondir la question. Néanmoins, petite astuce : quand une ressource est postée sur Youtube, le fait d’intégrer dans la formation la vidéo dans un « embed » (via un iframe, etc) ne constitue pas une violation du droit d’auteur si on s’en tient aux conditions d’utilisation de Youtube. Et il n’y a aucune autorisation à demander. C’est bon à savoir.

La question du modèle éditorial est fondamentale dès que l’on souhaite évaluée la qualité d’une ressource. Qui l’a conçue, quelle était son expertise, sa motivation ? Y a-t-il eu un contrôle qualité ? Le tout a-t-il été fait de manière collective ou individuelle ? Associé au modèle éditorial, le modèle économique. Le système repose t’il sur le principe de la donation, comme Wikipedia, sur la publicité, sur le modèle Freemium, comme Busuu ou Livemocha. Le modèle Freemium signifie qu’une partie des ressources est gratuite, mais il est nécessaire de souscrire à un abonnement ou payer une certaine somme pour avoir accès à l’ensemble des ressources. Enfin, dernier modèle, l’accès à la ressource est entièrement payant (Berlitz, Rosetta Stone, etc). On va éviter ces dernières ressources, car il est évident qu’il n’est pas légal de les utiliser …

Bon, imaginons que l’on trouve des ressources en licence libre. C’est bien beau tout ça, mais pour quoi faire ? A quoi la ressource peut bien être utilisée ? L’apprentissage du vocabulaire, de la grammaire, au travail de la compréhension écrite ou de la compréhension orale ? Et puis, ce n’est pas tout, mais il faut aussi évaluer au minimum sa qualité … Hors de question d’introduire des ressources de mauvaise qualité dans nos formations. Mais il faut également adopter un point de vue quantitatif. Une ressource est d’autant plus importante qu’elle est volumineuse. Une base de données qui contient plusieurs millions d’exercices en licence libre est nettement plus intéressante qu’une petite ressource qui en contiendra quelques dizaines. Enfin, vient la question du public. Quelle langue faut-il maîtriser pour profiter pleinement de la ressource ? Un podcast de leçon de grammaire anglaise enregistrée en français ne servira a priori qu’à un public francophone, alors que des bases de phrases traduites comme Tatoeba peuvent servir dans un grand nombre de langues.

Voilà les quelques questions qu’il faut se poser à mon sens avant de se lancer à la quête de ressources libres. Au cours de cette quête effrenée, je suis tombé sur Assimil pour le monde francophone, Pimsleur et Michel Thomas pour les méthodes anglophones. Il y a également quelques sites un peu plus récents se basant sur les podcasts, on peut ranger les sites EnglishpodChinesepod.com ou Spanishpod.com,avec des leçons de vocabulaire ou de grammaire. Mais je n’ai trouvé aucune méthode de cette envergure en licence libre. C’est bien dommage. Impossible de les utiliser donc.

En recherchant des sites d’universités, je suis tombé sur l’incoryable projet Perseus de l’université de Tufts. Une mine d’or pour ceux qui s’intéresseraient à des MOOC portant sur les langues mortes comme le grec ancien, le nordique ancien, ou le latin. Pour les langues vivantes, il y a une foultitude de site comme Tatoeba qui peuvent servir de base à la création d’une formation (2 millions de phrases traduites) , Forvo, dictionnaire de prononciation crowdsourcé qui  contient plus de 2 millions de mots prononcés en licence CC-BY-NC-SA. Après bien sûr, pour les cours de grammaire, conjugaison, il y a ceux que l’on trouve sur Wikipedia. Si certains d’entre vous connaissent des sites de ressources en licence libre pertinentes et de taille raisonnable, ou des blogs de personnes qui se passionnent du sujet, je suis tout ouï, il y a probablement de nombreuses choses que j’ai manquées …

L’assemblage de ressources libres pour créer des formations cohérentes est l’avenir des formations bon marché. Le site d’apprentissage Saylor.org repose par exemple exclusivement sur ce principe, agrège des vidéos de la Khan Academy, et de nombreuses autres sites pour faire des parcours cohérents. Il faut commencer à raisonner de cette manière si l’on souhaite faire des MOOC bon marché et de qualité. Monter un MOOC, cela signifie savoir créer des contenus et mettre en place une formation, mais aussi savoir où trouver les ressources qui pourraient être utiles, pour ne pas avoir à perpétuellement réinventer la roue.

Pour terminer, je voudrais dire que j’ai un peu menti; je dispose de quelques moyens car j’ai pu économiser l’année dernière sur mon salaire de doctorant. Et une fois le loyer, les courses, et quelques menues dépenses réalisées, il me reste assez pour de petits projets numériques. Pour cette fin d’année, je propose via l’association Transapi avec qui je collabore, deux stages de traduction de deux mois chacun (avec une rétribution de stage classique, désolé je ne peux pas plus). L’objectif est de traduire des phrases d’exemple depuis le français ou l’anglais vers l’une des trois langues suivantes : Russe, Chinois ou Japonais (mais je n’ai assez que pour deux langues), dans la logique de Tatoeba. Il faut être natif par contre car la qualité de nos contenus est primordiale, et maîtriser a minima la langue source; il est tout à fait possible de travailler à distance dans la mesure où une convention de stage est établie. Si vous êtes disponible et intéressé(e) ou si vous connaissez quelqu’un qui peut l’être, n’hésitez pas à me contacter ou à faire passer le mot.

PS : Le MOOC Enseigner et Former avec le Numérique, organisé par mon directeur de thèse, est désormais ouvert aux inscriptions sur France Université Numérique.

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