Apprendre à coder avec les MOOC ?

L’apprentissage  de la programmation et de l’informatique est au cœur du mouvement MOOC dès ses débuts. C’est d’ailleurs un professeur d’intelligence artificielle de Stanford, Sebastian Thrun, le fondateur d’Udacity, qui ouvrit le bal à l’automne 2011 avec un cours qui attira près de 150.000 participants. Pour autant, les programmeurs n’ont pas attendu l’avènement des MOOC pour se former en ligne. Entre les sites de tutoriels comme feu le Site du Zéro (maintenant Open Classrooms), les forums comme Stackoverflow, ou les sites comme la Codecademy et Codeschool, ce ne sont pas les solutions qui manquent si l’on souhaite se former en ligne gratuitement (ou à peu de frais). Afin de mieux comprendre la place des MOOC, petit tour d’horizon des principales approches d’autoformation dans le domaine de l’informatique et de la programmation …

L’informatique et la programmation sont des disciplines particulièrement adaptées à l’autoformation via internet. Et pour cause, les technologies étant en constante évolution, l’obsolescence des connaissances est relativement rapide. Tout développeur digne de ce nom doit donc être en permanence se tenir à jour. Or ce n’est pas sur les bancs de la fac que l’on apprend à programmer – la plupart des examens y sont encore réalisés au papier et crayon – et les formations en présentiel dans le domaine, si elles sont nombreuses, peuvent coûter cher. Il n’est donc pas surprenant que l’autoformation soit la règle et non l’exception dans ce domaine, et qu’Internet soit le principal vecteur de l’apprentissage, d’autant que les programmateurs et informaticiens n’ont pas de difficulté particulière à travailler avec des écrans.

Tout le monde connaît le Site du Zéro, maintenant Open Classrooms, le site de tutoriels fondé en 1999 par Mathieu Nebra alors qu’il n’avait que 13 ans. Ce site basé sur l’Open Courseware attire plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions d’utilisateurs par mois, dont certains contribuent de manière collaborative à l’élaboration des tutoriels. Le site propose désormais quelques MOOC, sur HTML5, PHP, mais aussi dans des domaines moins technologiques comme le financement d’entreprises. Le cours sur HTML5 représentait l’automne dernier l’un des plus gros MOOC francophones, avec presque 20.000 inscrits. Pour l’évaluation finale, les participants devaient créer un petit site, qui était alors évalué par les autres participants, une belle illustration du concept d’évaluation par les pairs. Depuis peu, le format de cours a changé. Il est possible de commencer une nouvelle session chaque semaine et de suivre son propre rythme de travail.

Autre média utilisé pour l’autoformation, les sites dits de Q & A, pour Question & Answer. Parmi les sites de Q&A célèbres comme Quora, Yahoo Q&A, Stackoverflow est sans doute le plus réputé pour ce qui est de la programmation. Premier avantage, la diversité des langages informatiques et des sujets traités, on y trouve de tout, Java, R, Python, Ruby, etc. Second avantage, la qualité des contributions. Ce qui ne fait pas avancer le Schmilblick – bavardages inutiles et autres échanges socio-affectifs – est généralement effacé sans sommation par les modérateurs; une manière de maintenir la qualité de l’information. Ce type de média est particulièrement intéressant dès lors que l’on bute sur un obstacle.  Mais ils s’inscrivent davantage dans le contexte de l’apprentissage par résolution de problème; les sites de tutoriels restent plus adaptés si l’on souhaite suivre un parcours balisé et acquérir une vision plus exhaustive des technologies que l’on souhaite apprendre. En ce sens les approches Q&A et site de tutoriels sont relativement complémentaires.

Enfin, il existe bien évidemment des vidéos-tutoriels à foison sur la Toile, mais je ne suis pas certain que le format vidéo soit plus adapté que le format texte pour ce qui est de l’apprentissage d’un langage informatique. Néanmoins, les sites de vidéos-tutoriels payants se sont emparés de la question, que ce soit les éditeurs comme Lynda.com ou tuto.com les places de marché comme Udemy, se sont emparés de la question. Il n’est pas certain cependant qu’en termes d’usages ils fassent le poids face à des géants comme Stackoverflow, d’autant qu’ils sont en général payants. A vrai dire ce qui manque en général dans tous ces sites, c’est l’interactivité.

Eh oui, le QCM permet de faire un certain nombre de choses, et certains des sites sus-cités les utilisent, mais il y a bien un moment où il faut écrire des lignes de code et que celles-ci soient évaluées automatiquement – tout le monde n’a pas les moyens de se payer un professeur particulier. C’est le principe de l’évaluation formative, c’est-à-dire que c’est la réalisation d’exercices de difficulté croissante est la base de l’apprentissage. Dans cette approche, les cours magistraux –s’il y en a- n’ont pour objectif que de faciliter la réalisation des exercices. Le contraire de l’approche habituelle qui consiste à considérer les travaux dirigés comme une simple application du cours.  Personnellement, c’est la démarche d’autoformation que je considère la plus efficace – toutes disciplines confondues.

Parmi les plus célèbres sites reposant sur l’évaluation formative, Codecademy et Codeschool. Le principe est plus ou moins le même. L’utilisateur doit écrire – de quelques lignes de code jusqu’à de petits programmes. Et des correcteurs automatiques conçus spécifiquement pour font alors des retours plus ou moins personnalisés aux utilisateurs. Mettre au point de tels correcteurs automatiques peut être assez compliqué, je vous renvoie aux travaux du professeur Christian Queinec pour davantage de précision. La principale différence entre Codecademy et Codeschool tient au niveau des cours et au modèle éditorial. Alors que le premier propose des cours de niveau débutant conçus de manière collaborative (un peu sur le modèle du Site du Zéro), c’est dans Codeschool que l’on peut trouver les cours un peu plus pointus ; en revanche, dans la mesure où les cours sont mis au point par des professionnels, il n’est pas surprenant que l’accès soit payant.

Au vu du nombre  de solutions existantes pour apprendre la programmation en ligne – et nous n’en avons présenté qu’un échantillon – on peut se demander si les MOOC présentent une véritable valeur ajoutée. En termes pédagogiques, ils n’ont pas grand-chose de nouveau : des vidéos, des forums, de l’évaluation formative, essentiellement automatisée. Éventuellement l’évaluation par les pairs pour les compétences informatiques qui ne peuvent être évaluées que par un humain (comme l’évaluation par les pairs du MOOC HTML 5 d’Open Classrooms). Mais à part ça, ils peuvent même représenter une certaine régression dans la mesure par rapport à la Codecademy dans la mesure où la plupart sont synchrones (i.e. une date de début et une date de fin), alors que l’accessibilité à tout instant est justement ce qui fait la force du numérique. Contrairement à ce que l’on observe dans de nombreuses disciplines, où ils représentent parfois un vrai bouleversement, les MOOC ne sont qu’un élément parmi d’autres dans l’univers de l’autoformation à la programmation. Nous verrons bien s’ils parviennent à trouver leur place ou s’ils ne resteront qu’un épiphénomène passager …

PS : le blog fête sa première année samedi ! 71 articles publiés à ce jour, et quelques autres dans les tuyaux ….

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