MOOC : la question de l’autonomie des apprenants

mooc logo 14La première semaine officielle du MOOC « Monter un MOOC de A à Z » vient de se conclure. Nous avons terminé le cours sur le cadrage du projet pour entamer celui sur les questions de scénarisation. De nombreux projets de MOOC ont été déposés et sont disponibles à cette adresse. Presque une centaine ! Je ne m’attendais pas à plus d’une trentaine de projets. L’équipe est très agréablement surprise, d’autant que certains MOOC sont vraiment prometteurs. La diversité des sujets est également surprenante; cela va de la biochimie aux business models en passant par le développement personnel. Retour sur cette première semaine passionante.

Tout d’abord, j’ai laissé tomber les énigmes pour laisser les participants se concentrer sur les débats. Elles sont résolues trop vite, et les interactions qu’elles suscitent sont moins intéressantes. En revanche, le débat de la semaine dernière a été passionnant : « Est-ce dans la mission des établissement d’enseignement supérieur public que de mettre à disposition du grand public, via Internet, l’ensemble de leurs cours ? » J’avais fait exprès de ne pas utiliser le mot MOOC, pour laisser la porte ouverte à l’Open Courseware et autres joyeusetés. Cela un peu moins pris que celui sur la démocratisation de la formation via les MOOC, mais c’est normal. Tout d’abord parce qu’il y a toujours moins de monde au bout de la « seconde » semaine de cours (je compte le pré-MOOC comme une vraie semaine). Néanmoins, les contributions ont été passionnantes, et j’ai fait le plein de mes futurs arguments et contre-arguments pour les prochaines joutes verbales. Quand je vous dis que la plus grosse valeur d’un MOOC, ce ne sont pas ses ressources, mais ses participants ! 

Cette semaine, nous abordons un sujet qui devrait intéresser pas mal de monde aussi. « Si leur essor se poursuit, les MOOC impacteront-t-ils le métier des formateurs et des enseignants du supérieur ? Et si oui, comment ? » Grand classique, et c’est l’occasion de recaser de vieux billets qui touchent un peu au sujet, comme MOOC, les profs vont-ils perdre leur job ? … A la base, les débats étaient un peu plus pointus comme « Peut-on faire des MOOC sur tout? »,  » Faut-il nécessairement de gros moyens pour lancer un MOOC? ». Mais quand on y réfléchit, pour pouvoir avoir un avis vraiment pertinent sur le sujet, il vaut mieux en avoir monté un soi-même. Ce qui réduit beaucoup l’audience tout compte fait. Du coup, il fallait des sujets qui intéressent vraiment les gens et où toutes les positions ont une valeur. Eh puis, cela permet de prendre un peu de hauteur par rapport au cours, qui est vraiment pratico-pratique. Je n’aurais pas pu me permettre de faire de cours sur ces sujets-là, car trop polémiques. De toute façon, sur ce terrain, ma position ne vaut pas beaucoup plus que celle d’un autre. Eh puis elle change au gré des évolutions rapides du phénomène. Donc le débat est à mes yeux le bon format pour ce genre de sujet. D’autant qu’il y a déjà pas mal de choses à traiter par ailleurs …

Sur les activités, nous avons dû modifier les consignes au fil de la semaine. Minimum de 1000 mots pour les productions, et report de la deadline à mardi. La première modification, c’est que j’avais peur d’avoir des rendus un peu trop « light », des analyses trop expéditives. Mais certaines personnes se sont plaint. 1000 mots, c’est beaucoup, au moins 2/3 heures de travail (du coup je baisserai sans doute la limite pour le prochain devoir). C’est vrai que 1000 mots, c’est du travail; mais on fournit tout de même le plan pour aider. C’est une véritable analyse que l’on demande. Alors j’ai peur que certains brodent pour dépasser la limite sans vraiment mettre de fond. A la base j’avais un barème très précis et relativement contraignant, mais j’ai préféré le laisser tomber pour laisser plus de marge de manœuvre. Peut-être n’était-ce pas une si bonne idée au final. Mais en même temps, difficile de créer une grille et des critères de notation sans jamais avoir vu de productions pour ces devoirs. Ce MOOC n’est pas exactement un cours rôdé que je fais devant des étudiants depuis 10 ans. Peut-être pour la prochaine fois donc.

Pour le report de la deadline, c’est en grande partie parce que de nombreuses équipes ont mis du temps à se former, et du coup, cela me faisait mal d’être trop sévère sur les deadlines (et je sens qu’avec le jeudi de l’ascension, je vais encore craquer et repousser à mardi). Pour rejoindre ou former une équipe, il faut utiliser les forums, être très proactif et réactif. Et ce n’était pas toujours facile. Certains se sont plaints qu’ils n’arrivaient pas à rejoindre une équipe, que c’était chaotique, qu’ils n’arrivaient pas à faire les réglages des boîtes mail comme nous l’avions précisé dans les tutoriels. Il faut bien comprendre qu’il y a près de 4000 inscrits à ce MOOC, on ne peut pas être derrière tout le monde. Autoformation rime avec autonomisation. Et cela prend du temps de changer de posture. Nous avions anticipé les critiques sur le problème de l’accompagnement, et c’est pour cela sur la page de présentation du cours, nous avions écrit :

« Comme pour tout MOOC, cette formation nécessite une bonne connexion Internet, d’être à l’aise avec les outils informatiques et un certain degré de motivation et d’autonomie. Une bonne maîtrise du web, des réseaux sociaux, des outils de collaboration à distance et de la gestion de projet est nécessaire pour ceux qui désirent s’engager dans des projets par équipe. »

Alors je ne pense pas que l’équipe ait eu tort de laisser tout le monde se débrouiller au début pour la formation des équipes. C’est tout de même assez gênant en tant qu’équipe de devoir recommander des outils Google pour faciliter les choses, et d’aller jusqu’à préciser dans une newsletter sur quel bouton appuyer pour transformer une liste Google Group en boîte mail collaborative. Normalement, chacun doit se débrouiller comme il veut et comme il peut. Orienter aussi ostensiblement vers tel ou tel outil, en particulier un outil propriétaire comme Google, c’est très limite en termes de com, même si nous les utilisons effectivement en permanence. Mais c’est vrai que beaucoup de gens étaient perdus et nous avons préféré intervenir.

Cela souligne l’un des principaux obstacles à la création de MOOC. Il faut être très à l’aise avec les outils du Web et la gestion de projet. Les pré-requis sont assez élevés. C’est peut-être un peu cash à dire comme ça, mais c’est vrai, et les difficultés rencontrées dans le MOOC reflètent des difficultés concrètes d’équipe de MOOC bien réels. Pour autant, est-ce à l’équipe d’assurer des compléments de formation, comme certains l’ont réclamé, sur les réseaux sociaux, le travail à distance, etc. Je ne pense pas, même si on va faire quelques suggestions d’outils en semaine 4. Mais pour les basiques de la gestion de projet, nous avons renvoyé sur le cours de Rémi Bachelet. On ne peut pas tout traiter, sinon, on peut aussi faire un cours sur « Comment faire un montage avec Final Cut? », « Comment être fluide face à un prompteur? », « Comment apprendre à repasser ses chemises avant une captation? » (d’ailleurs si vous trouvez un bon MOOC là-dessus je prends). Il y a un moment où il faut savoir poser des limites, et renvoyer vers d’autres ressources (d’où l’intérêt d’avoir un réseau de cours de qualité pour pouvoir créer des parcours pédagogiques complets, soit dit en passant).

Le changement de culture et de façon d’apprendre entre une classe traditionnelle et un MOOC est flagrant. Ce n’est pas que les équipes pédagogiques qui s’adaptent; pour les apprenants aussi c’est une évolution très importante de la posture face à l’apprentissage. Et cela ne coule pas toujours de source… Beaucoup plus d’autonomie, d’autonomisation et de responsabilisation. Par ailleurs, on ne peut pas tout voir. Quand on a toujours suivi des parcours pédagogiques uniques et cadrés, c’est déstabilisant de se dire que l’on ne peut pas tout lire, consulter tous les espaces, toutes les ressources. Mais c’est l’esprit du MOOC; le O de Open, cela ne veut pas dire gratuit, c’est une vraie mutation à tous les niveaux. Et c’est sûr que cela demande un certain temps d’adaptation. Si ça peut consoler un peu ceux qui galèrent, j’ai été moi-même porteur de projet dans plusieurs MOOC, à devoir monter et animer des équipes, et je peux vous dire que j’en ai bavé. Je comprends vraiment ce que cela implique, je souhaite donc bon courage à tous ceux qui se sont lancés, et félicitations pour avoir fait le premier pas …

2 Comments

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2 Responses to MOOC : la question de l’autonomie des apprenants

  1. jcrapart

    L’équipe du MOOC contrainte de pointer les outils Google et une partie des apprenants en difficultés dans leurs usages…
    Mais pourquoi ?
    Pour pallier d’énormes lacunes d’EdX, ce qu’on peut regretter…

    Peut-être pour mieux nous faire attendre mooc.org ?

    • matthieu-cisel

      Je pense que pour le fonctionnement en équipe, il faut de toute façon avoir une mailing list commune, quel que soit le degré d’avancement de la plate-forme. Donc cela donnait l’occasion de se confronter à l’une des premières étapes de la création d’un MOOC …

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