Les différents rôles du MOOC

Quand les MOOC sont devenus un phénomène médiatique, tout le monde s’est mis à vouloir en faire, mais personne ne savait vraiment pourquoi. Pour ceux qui savaient, il y avait grosso modo trois grands types de motivations. D’abord, à court terme, la question de la visibilité. C’est vrai que quand un enseignant passe de quelques dizaines d’étudiants à 100.000 d’un coup, cela fait du bruit, et la visibilité, c’est toujours bon à prendre. A plus long terme, il y a la question du modèle économique. Même si les inscriptions sont gratuites, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de revenus directs ou indirects et qu’il ne peut pas y avoir de retour sur investissement. Enfin, il y a bien sûr l’aspect démocratisation du savoir. Chaque acteur a ses propres motivations et nous n’allons pas approfondir la question. Dans cette vidéo issue du MOOC « Monter un MOOC de A à Z », je vous propose plutôt d’aller un peu plus loin dans les fonctions des MOOC. Mis à part l’aspect vitrine, les questions économiques ou idéologiques, pourquoi fait-on un MOOC ?

C’est une caricature de dire qu’il y a d’un côté les cMOOC dont l’objectif est de fédérer une communauté autour d’un thème donné, et de l’autre côté les xMOOC dont l’objectif est de transmettre un savoir. Cette distinction est très utilisée, mais un peu obsolète. Un MOOC peut avoir plusieurs fonctions, pas nécessairement contradictoires. Tout d’abord, fédérer une communauté. Oui, mais pourquoi ? Ce n’est pas simplement pour dire, moi j’ai 50.000 inscrits dans mon cours. Si on n’exploite pas le potentiel de cette communauté, alors c’est à peu près pareil d’avoir 1000, 10.000 ou 100.000 personnes, mis à part qu’on a des statistiques plus impressionnantes. Dans les xMOOC, la logique est d’utiliser ces participants pour s’entraider par exemple dans les forums. Mais on peut aller beaucoup plus loin, et c’est ce que les MOOC connectivistes avaient compris dès le début.

Il y a des sujets où l’expertise des participants a une vraie valeur, et où les contributions qu’ils peuvent faire, et où les ressources qu’ils peuvent trouver sur le net sont un vrai plus en terme de formation. Prenons l’exemple du numérique éducatif, le sujet idéal pour un MOOC connectiviste. Aucun expert au monde ne peut prétendre maîtriser tous les aspects des usages du numérique dans l’enseignement et la formation. L’expertise est complètement distribuée, et il n’y a pas besoin d’être expert du domaine pour avoir des choses à dire. Des enseignants, des parents d’élèves aussi peuvent avoir des opinions intéressantes. Par ailleurs, à cause du sujet du cours, on peut trouver facilement en ligne de très nombreuses ressources de bonne qualité. C’est typiquement un domaine où la communauté des participants a une vraie valeur ajoutée, que cela soit pour de la réflexion, de la co-création, ou de la veille collaborative.

Mais cette approche a ses limites ; parfois, il peut-être pratique d’avoir un enseignant qui se charge de résumer de manière structurée et synthétique ce qu’il faut savoir sur le sujet donné, car on peut vite se noyer dans la masse d’information apportée par les autres participants, et ne plus savoir faire la différence entre ce qui est intéressant et ce qui ne l’est pas. Un MOOC peut donc totalement être adapté à la “Transmission d’un savoir” par une petite équipe pédagogique qui se charge de la création et ou de la sélection des ressources pédagogiques et de la conception des activités, des exercices d’entraînement. Ce qu’il y a de pratique avec Internet, c’est qu’il n’y a pas de limite de nombre. Un enseignant seul peut transmettre un savoir ou un savoir-faire à un nombre non limité de participants. Après, cela ne veut pas dire nécessairement que ce l’on peut valider que ce savoir a été acquis.

Il y a des cours où l’équipe ne s’intéresse qu’à l’aspect “transmission” et où l’aspect validation est relativement secondaire.  Vous pouvez tricher, diffuser les réponses, plagier, c’est votre problème. Vous êtes là pour vous auto-former et vous ne trompez que vous. Mais dans certains MOOC, le certificat, et donc la validation des acquis qui y est associée, est un véritable enjeu. En particulier quand on veut le vendre, et qu’il soit reconnu par des employeurs ou que l’on se place dans une perspective de sélection ou de recrutement. Le problème, c’est qu’en absence de modèle économique, il n’est en général pas possible d’avoir un examinateur professionnel derrière chaque production. Il n’y a donc pas trente-six façons d’évaluer, soit de manière automatique, avec par exemple des quizz ou d’autres techniques un peu plus poussées, soit par les autres participants. On parle alors d’évaluation par les pairs. Et même si on peut aller très loin avec ces deux approches, il y a tout de même un moment où elles montrent leur limites. Le deuxième problème, c’est celui de l’authentification, de l’origine des contenus d’une part, et de l’identité d’autre part. Il faut s’assurer qu’il n’y a pas eu ni triche ni plagiat et que la personne qui obtient le certificat ou l’attestation est bien celle qui a réalisé le travail. Bien sûr il y a la possibilité de passer par des entreprises qui font de la surveillance d’examens à distance, ou bien par des centres d’examens, mais se pose alors la question des compétences que l’on peut valider en un laps de temps réduit, car on ne va pas demander aux participants de rester 18 heures dans la salle d’examens pour les surveiller. Cela dit, ça c’est le même problème partout, MOOC ou pas MOOC.

Réflexion collaborative et co-création, transmission de savoir, validation des acquis, qu’est-ce que nous avons oublié ? La pédagogie par projet bien sûr, avec un modèle qui émerge rapidement : celui du barcamp. L’idée est de permettre aux participants de proposer des projets qui leur tiennent à coeur et de les développer, sur une base individuelle ou collective, en l’espace de quelques semaines. Bien sûr, on ne demande en général pas la lune, il est difficile d’avoir un projet finalisé au bout du MOOC. Souvent  c’est un petit descriptif, une maquette, un dossier d’avant projet, bref, quelque chose que l’on peut faire en quelques semaines. Un des exemples les plus emblématiques est sans doute le MOOC Startup Engineering de Stanford organisé sur Coursera, où un concours était organisé entre les différents projets de startups. Soit dit en passant, c’est un projet français, Goopil, qui avait remporter l’une des premières éditions du cours. Certaines plates-formes, comme NovoEd, se sont même spécialisées dans des cours collaboratifs de ce genre, très orienté création d’entreprise d’ailleurs.

Nous avons essayé autant que possible d’illustrer ces différentes approches dans le MOOC “Monter un MOOC de A à Z”. De la réflexion collaborative avec les débats par exemple, de la transmission de connaissance avec les vidéos pédagogiques, la possibilité de proposer ses propres projets, de travailler seul sur des activités, mais par contre  nous ne nous sommes pas trop intéressé à la validation d’acquis parce que cela n’a pas beaucoup d’intérêt dans ce type de formation. On pourrait discuter encore longtemps des différentes approches possibles; le plus important, c’est de comprendre d’une part qu’elles ne sont pas mutuellement exclusives, et que la distinction xMOOC / cMOOC est dans une très large mesure obsolète. Il faut aller bien plus loin que cette dualité si l’on veut appréhender la diversité du phénomène MOOC.

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