TransiMOOC et autres actualités …

En faisant le point sur les articles publiés récemment, je me suis dit qu’un petit billet sur un thème différent que celui du MOOCAZ ne ferait pas de mal, pour changer. Tiens, j’étais l’autre jour à une conférence organisée au Numa par le journaliste Emmanuel Vaillant en coopération avec l’association Transapi, intitulée « MOOC : la révolution pédagogique est-elle engagée ? ». C’est l’occasion de revenir sur quelques événements récents, comme le  TransiMOOC, et quelques autres actualités du même genre.

 Tout d’abord, les intervenants de la conférence. Michel Guillou, un ancien naturaliste tombé dans le numérique (au passage, vous n’avez pas idée du nombre de biologistes tombés dans le numérique, j’en vois tout le temps. François Taddei est le plus médiatique en France, mais il y en a beaucoup d’autres; si quelqu’un a une explication). Anne-Liese Depoux, une collègue qui travaille sur les MOOC du centre Virchow-Villermé (Epidémiologie, Santé Publique, etc), qui ont fait un tabac sur FUN. Elsa Goujard, qui a fondé avec Muriel Epstein Transapi, une association qui lutte contre le décrochage scolaire, association à l’origine du TransiMOOC, sur lequel nous allons revenir. Et enfin, Pierre-Etienne Pommier, PDG de Pythagora, à l’origine de ces fameux MOOC pour réviser le bac (vous vous rappelez peut-être du MOOC Philo en 2013, et bien il a remis le couvert en 2014 avec encore plus de matières).

Tout d’abord, revenons sur le projet Transimooc de Transapi, une association qui travaille dans la lutte contre le décrochage scolaire. L’objectif de TransiMOOC était de faire réaliser des vidéos pédagogiques par des jeunes et pour des jeunes, vidéos qui avaient ensuite vocation à être valorisées sous la forme d’un MOOC pour la révision du brevet en Histoire-Géographie. A travers une quinzaine d’ateliers vidéo, ce ne sont pas mois de 196 jeunes décrocheurs ou assimilés qui ont participé à la création de vidéos pédagogiques. Le MOOC a ensuite été organisé sur Beebac, et environ 700 personnes se sont inscrites, dont une centaine sont restées actives et ont consulté une bonne partie des ressources proposées (vidéos, mais aussi quizz, etc). Pour l’essentiel, des élèves en classes de troisième. La conférence était l’occasion de revenir sur cette expérimentation particulièrement intéressante. Je suis persuadé que les élèves et de manière générale les étudiants ont un véritable rôle à trouver dans la conception des contenus pédagogiques ; reste à trouver les bons équilibres.

Une intervention du public digne d’être rapportée… Des lycéens qui nous expliquent qu’ils suivent en cachette dans le CDI des MOOC sur Coursera. Et qui ne rêvent que d’une chose naturellement, poursuivre leurs études dans une université américaine ou australienne. Pour le coup ils m’ont épaté. On parle souvent du rôle que pourraient avoir les MOOC dans le recrutement des étudiants les plus prometteurs, mais je m’étais toujours montré sceptique jusque là. C’était la première fois que j’étais confronté à un exemple concret; peut-être est-ce une réalité après tout. Bref, en ce qui me concerne, c’est à peu près tout sur la conférence; mais vous pouvez suivre le fil twitter avec comme hashtag #numeduc si vous voulez avoir un aperçu des conversations …

Qu’est-ce que je peux vous raconter d’autre … un bref passage à Londres pour le colloque Educationnal Data Mining. Génial ce colloque, mais trop orienté intelligence artificielle et tuteurs intelligents à mon goût (si vous voulez en savoir plus sur les tuteurs intelligents, et l’apprentissage adaptatif, cf. cette petite émission sur France Info avec E. Davidenkoff). Plein d’informatique, d’algorithmes, de modèles plus complexes les uns que les autres. J’étais pas très à l’aise dans cet univers de geeks (je suis un peu geek aussi, mais pas du genre geek qui écrit du code). Par contre on sentait la carence en SHS (Sciences Humaines et Sociales). C’est là tout le défi de l’apprentissage en ligne. Il faut être un peu geek, maîtriser les stats et les bases de données si l’on veut avoir des résultats poussés, mais en même temps avoir une vision SHS si on veut pouvoir les interpréter. Et il faut bien dire qu’il y a un certain cloisonnement entre ces disciplines qui fait qu’il est difficile de concilier les deux compétences.

Quelques industriels également, comme Carnegie Learning, une entreprise qui développe depuis quinze ans des tuteurs intelligents pour apprendre les mathématiques, et qui a rassemblé une base d’utilisateurs de plusieurs centaines de milliers d’élèves (en vendant aux établissements, et pas aux étudiants ou parents, pour une licence d’environ 70$/élève). Une approche un peu moins marketing que Knewton, et plus orientée produit. Les tuteurs intelligents et l’apprentissage adaptatif, c’est l’avenir. Et cela me fait marrer qu’on s’extasie depuis un an sur la Khan Academy et ses vidéos filmées, alors que les tuteurs intelligents représentent un concept nettement plus avancé. L’un des principaux obstacles à leur généralisation, c’est le fait qu’il faille traiter chaque domaine au cas par cas, et on peut difficilement extrapoler un tuteur d’une discipline à l’autre, même si les grands principes restent les mêmes. Néanmoins, les appels à une approche plus globale de la question se sont multipliés au cours de la conférence. Il serait temps que l’on sorte d’une approche de prototype de laboratoire, et que les industriels permettent au grand public d’avoir accès à leurs outils (une approche B2C, ou Business 2 Customer), parce qu’on parle un peu dans le vide faute de pouvoir mettre la main à la pâte. Autre startup qui a attiré mon attention, Mari, actuellement en Beta, et qui propose de créer des profils de compétence à partir de formations réalisées en ligne. Plus proche de la startup Degreed que de LinkedIn. La reconnaissance des compétences acquises tout au long de la vie, ça aussi c’est l’avenir…

Il y avait aussi quelques profs de MOOC pour contrebalancer cette prépondérance des tuteurs intelligents, comme Dan Russel, l’enseignant du MOOC Power Searching de Google (+ de 500.000 inscrits), ou Ryan Baker du MOOC Big Data in Education. C’était loin d’être la première fois que je rencontrais des enseignants de MOOC que j’avais suivis (au moins en partie), mais ça fait toujours plaisir. On pourrait dire beaucoup de choses sur le statut d’un enseignant de MOOC. Vraiment très différent comme positionnement, mais on y reviendra … Voilà tout pour les dernières actualités donc. Par ailleurs, un de ces quatre il faudra que je revienne sur les lectures en cours, Deschooling Society d’Ivan Illich, un de mes maîtres à penser, ou Thoughts on Education de Vinoba (le M. Education de Gandhi), dont les écrits sont à réinterpréter au regard des évolutions actuelles du mouvement MOOC. Mais le billet devient un peu long … ce sera donc pour une autre fois.

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2 Comments

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2 Responses to TransiMOOC et autres actualités …

  1. Olivier Ridoux

    « au passage, vous n’avez pas idée du nombre de biologistes tombés dans le numérique, j’en vois tout le temps. François Taddei est le plus médiatique en France, mais il y en a beaucoup d’autres; si quelqu’un a une explication »

    Vous ne croyez pas que le différentiel d’emplois entre ces deux disciplines explique cela ? Des étudiants plutôt brillants et passionnés vont jusqu’au bout de leurs études dans une discipline à l’avenir professionnel incertain, mais plutôt qu’embarquer à la fin dans une galère ils embarquent sur un vaisseau plus prometteur où ils sont aussi brillants et passionnés. J’ai connu des biologistes, des géologues, des étudiants de STAPS, des dentistes, des comptables (*) qui ont suivi cette démarche avec brio. Les masters de compétence complémentaire en informatique offrent la passerelle qui facilite cette démarche.

    (*) Pour les dentistes et les comptables, ce n’est pas le marché de l’emploi qui pose problème, c’est l’exercice quotidien de la profession qui rebute certains.

    • matthieu-cisel

      Dans la mesure où c’est exactement ce qui m’est arrivé, je ne peux qu’abonder dans votre sens … après, pourquoi plus de biologistes ? Parce qu’il y a moins de débouchés en biologie qu’en physique ou en mats, ce n’est pas impossible, après, il y a peut être un côté touche à tout qui nous plaît bien …

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