Qu’est-ce qui coûte cher dans un MOOC ?

budgetComment avons-nous dépensé notre temps au cours de la première édition du MOOC « Monter un MOOC de A à Z » ? Tel est l’objet de ce billet, qui s’inscrit dans la suite de l’article, « Monter un MOOC, ça peut coûter cher« . La dernière fois, nous en sommes restés à la répartition de la charge de travail entre les différents acteurs. Je vous propose maintenant d’aborder la question de l’important relative des différents lots de travail, avec comme leitmotiv la question des axes d’amélioration possibles.

Pour se rafraîchir la mémoire, je vous remets une petite vidéo où j’explique les différents lots de travail qui constituent la conception d’un MOOC.

Comme nous l’avons souligné la dernière fois, à chaque fois que nous travaillions sur une tâche, nous nous efforcions de garder une trace de notre action (date, durée, personne). Nous avons ensuite classé chacune de ces différentes actions dans un lot de travail donné, et autant que possible dans un sous-lot de travail. Nous avons défini sept grands lots de travail à la lueur de notre expérience passée. Légèrement différents de ce que nous avions pu décrire dans le billet « Monter son MOOC en 7 étapes ». Un lot « Intégration et gestion des contenus dans le LMS» a été créé, et il ne fait plus partie du lot Pilotage – la dépense horaire correspondante le justifiait – et le lot beta-test a été intégré dans les lots production et intégration des ressources, respectivement. Pour le plaisir des yeux, nous représentons de manière distincte les sous-lots animation et pilotage d’une part, et bilan et valorisation d’autre part (alors qu’en général je les range dans les mêmes lots de travail). Regardons le graphique suivant.La production des ressources du MOOC (Vidéos, activités, etc) est de loin la tâche la plus chronophage avec près de 500 heures de travail. C’est un véritable carnage. Là j’ai vraiment pas été raisonnable. On me l’a dit sur le coup, et je le vois maintenant. Autant consacrer du temps à l’animation, cela peut se justifier, et beaucoup de participants ont apprécié notre réactivité sur les forums de discussion et notre implication sur les réseaux sociaux (qui sont toujours vivants d’ailleurs !), autant investir des centaines d’heures dans la création de ressources, c’est d’un intérêt plus que discutable.  Je commence à rejoindre le point de vue de Christine Vauffrey quand elle dit qu’il faut se baser sur des ressources existantes, ou en tout cas qu’il faut trouver le juste équilibre.

Importance relative des lots de travail (en heures)

Importance relative des lots de travail (en heures)

Bon, allez, entrons un peu dans le détail de chaque lot de travail, afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants de nos décisions. Commençons par le commencement, l’avant-projet. Ce lot se décompose en trois lots de travail principaux, le cadrage : une trentaine d’heures, la scénarisation de la formation, à peu près pareil, et la budgétisation, environ une vingtaine d’heures … Le cadrage implique d’identifier le public-cible, le niveau de difficulté et les objectifs de la formation, les critères de succès, mais aussi les apports relatifs des différentes parties prenantes. Boucles de mails entre les différentes parties prenantes, réunions, et rédaction de documents de cadrage ; si l’on considère le nombre d’acteurs impliqués dans le processus, trente heures, c’est raisonnable somme toute, et c’est important pour ne pas partir complètement dans le décor et s’assurer qu’on est tous sur la même longueur d’onde.

Avant-projet

Avant-projet

La scénarisation a impliqué l’ensemble des enseignants du MOOC. A ne pas confondre avec la mise au point de ressources comme la rédaction des énoncés. Il s’agit « uniquement » de déterminer la séquence pédagogique et d’identifier les différentes activités que nous voulions proposer aux participants, dans les grandes lignes. Cela a pris pas mal de temps mine de rien car la séquence n’a cessé de bouger tout au long du montage du projet, et ce parfois jusqu’à la dernière minute.

Enfin, une vingtaine d’heures pour la budgétisation. Il fallait bien étudier plusieurs scénarios alternatifs afin de faire les choix les plus pertinents. J’avais valorisé ce travail à l’automne dernier à travers un billet intitulé « Monter un MOOC, combien ça coûte », je sais pas si vous vous souvenez. Avec un modèle de budget à peu près stabilisé, il ne me faudrait plus que quelques heures maintenant pour réaliser une budgétisation réaliste. Par ailleurs, pas vraiment besoin de cadrer le projet à nouveau, on sait ce qu’on veut, on sait qui on vise, donc pareil, le lot « cadrage » ne devrait pas représenter plus que quelques heures désormais. En revanche, il faudra retravailler sur la scénarisation de la deuxième édition, ça on ne va pas y couper. Mais l’essentiel du travail réside dans la  rédaction des énoncés, pas tant dans la scénarisation pédagogique. Au doigt levé, je dirais que le travail d’avant-projet ne devrait pas dépasser une quinzaine d’heures pour la seconde édition. Soit à peu près 20% de ce qui a été investi dans la première édition. Mais je peux me tromper naturellement …

Recrutement

Recrutement

Deuxième lot de travail, le recrutement de la chef de projet, Nelly Violette, qui a joué un rôle fondamental dans la gestion de la plateforme. Environ une trentaine d’heures de travail en cumulant le temps de tout le monde. Le processus de recrutement a suivi les procédures habituelles … Les principaux lots de travail sont la réalisation et la diffusion de la fiche de poste d’une part, et la sélection des candidats (entretiens, etc) d’autre part. Vous vous rappelez le billet « L’ENS de Cachan recherche un chef de projet pour un MOOC sur les MOOC ». Eh bien voilà. Quelques heures pour rédiger une fiche de poste, à peu près autant pour diffuser l’information. Et le reste, c’est des entretiens et de l’analyse de dossiers … Je ne pense pas que l’on puisse gagner beaucoup en efficacité sur ce processus malheureusement … De toute façon, dans la mesure où Nelly restera avec nous pour la seconde édition, ce lot de travail ne sera pas reconduit.

C’est l’avantage d’ailleurs quand on mobilise des services internes, c’est qu’on gagne du temps sur cet aspect de la question. Mais bon, parfois on n’a juste pas les tuyaux assez larges pour assumer ce type de projet sans recrutement. C’est qu’il y a aussi les affaires courantes à gérer, on ne va pas transformer nos établissements en usines à MOOC du jour au lendemain. Vision globale du projet, avant-projet, et recrutement ; je vous propose d’en rester là pour le moment. La prochaine fois que nous parlerons argent, nous aborderons la question de la communication et la production des ressources, l’un des principaux points chauds du processus de conception … A la prochaine donc.

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2 Comments

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2 Responses to Qu’est-ce qui coûte cher dans un MOOC ?

  1. Très bon billet. J’ai parlé récemment, avec un ami ancien entrepreneur de la Silicon Valley devenu professeur de Philo/histoire, de la « holywoodisation » de l’éducation par les MOOCs, ce n’était pas une critique mais la reconnaissance de l’introduction de tous les savoir faire de production, budgétisation, montage, etc. jusqu’au casting qui se mettent en place. Je vous joins en copie un article du New Yorker, en anglais, tangentiel à la question mais plein d’infos, reposté ici, très « exciting » : http://www.diigo.com/annotated/aa47a6c9660d18d713bb60c3e46447dd

    • matthieu-cisel

      On passe en effet du théâtre au cinéma, où l’on retrouve presque tous les éléments de la filière. Par contre, la transition ne se fait pas sans mal, car c’est un métier.

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