Scénariser son MOOC : des pré-requis aux questions d’évaluation

http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-image-team-work-image14676046Scénariser une activité dans le cadre d’un MOOC, c’est un véritable défi. Je vous propose dans cette vidéo de creuser quelques questions majeures, comme le problème de l’évaluation, des pré-requis, du choix des outils mis en oeuvre et de la faisabilité des activités que vous souhaitez proposer.

Premièrement, l’activité que vous souhaitez mettre en place est-elle ou non évaluée et si oui, pourquoi et comment ? Tout d’abord, pourquoi ? Comme outil de motivation par exemple. Comme partout, c’est un peu la carotte et le bâton qui permet de pousser les participants à réaliser une activité comme vous l’entendez. Mais n’oubliez pas que dans un MOOC un certain nombre de participants ne viennent que pour leur plaisir personnel et n’apprécient pas nécessairement d’être évalués. Votre contrôle sur leur comportement est limité, ce n’est pas une salle de classe. Ils sont libres de partir à tout moment si ce que vous leur proposez ne leur plaît pas; l’évaluation comme outil de motivation est donc à utiliser avec modération.

Ensuite, est-ce que l’évaluation a un rôle d’entraînement ? On parle alors d’évaluation formative. Ou a-t-elle un rôle de validation des acquis ? On parle alors d’évaluation diagnostique. Ce ne sont pas du tout les mêmes logiques. Dans un cas nous sommes dans une logique d’autoformation, et dans l’autre dans une logique d’examination, où les problèmes de triche et de plagiat sont à prendre au sérieux. Puis, vient la question du comment. A partir du moment où vous êtes dans le cadre d’un MOOC véritablement massif, vous ne pouvez pas vous permettre de repasser derrière chaque production. L’activité doit donc soit être évaluée de manière automatique, soit par les autres participants, selon le principe de l’évaluation par les pairs.

Mais rien n’empêche également de passer par l’auto-évaluation. Quelle que soit l’option choisie, il y a de nombreuses variantes possibles. L’évaluation automatisée ne se cantonne pas aux QCM et aux textes à trous, et il y a de nombreuses façons d’aborder l’évaluation par les pairs. Et ce qu’il y a d’amusant dans tout cela, c’est qu’évaluation par les pairs, évaluation automatisée et auto-évaluation peuvent être combinées entre elles. Question suivante. Quels outils allez-vous utiliser pour organiser votre activité ? Allez-vous utiliser un outil extérieur à la plate-forme? Par exemple, si vous voulez organiser un débat, allez-vous utiliser le forum du LMS, ou un forum dédié, extérieur à la plate-forme.

Il faut par exemple savoir que dans le cadre du MOOC d’informatique CS50x, l’un des plus célèbres MOOC de Harvard, l’enseignant David Malan  avait décidé d’externaliser les forums car il n’était pas satisfait de ceux d’edX. Dans certains cours,  on propose des outils externes comme Moodle pour faire du dépôt de document ou autre. Ou l’on peut utiliser des outils très spécifiques, comme certains MOOC de physique qui utilisent des smartphones comme de vrais laboratoires. Organiser une activité hors de la plate-forme, cela peut être nécessaire. Après tout, aucun LMS au monde ne possède toutes les fonctionnalités, et il faut profiter des outils du web 2.0.

Mais cela pose un certain nombre de risques. Par exemple, tout le monde ne possède pas nécessairement un smartphone, ou certains logiciels nécessitent des ordinateurs puissants. Il ne faut pas oublier que certaines des personnes qui suivent le cours n’ont pas une très bonne connectivité ni un matériel récent. Donc si on le fait c’est en connaissance de cause. Ensuite, cela peut entraîner une certaine confusion. C’est un outil supplémentaire à maîtriser. Des tutoriels peuvent être nécessaires pour faciliter la prise en main. C’est plus de travail pour l’équipe. Les participants pourront vous reprocher un effet “dispersion”.

Enfin, dernière question, le problème des données d’usages, ou traces. Pour pouvoir faire le bilan du MOOC, savoir qui a fait quoi, il faut avoir la main sur les données. Et ce n’est en général pas le cas sur les outils externes à la plate-forme. Et quand bien même ce serait le cas, il n’est pas toujours évident de relier entre elles les données issues de différents outils. Ça a l’air d’être un problème de chercheur comme ça mais en fait, cela concerne en premier lieu les équipes pédagogiques.

Pour terminer, peu importe où et comment on organise une activité, il faut toujours avoir en tête la question des pré-requis. En termes techniques, mais aussi en termes de compétences des participants. Et si vous répondez à la question des pré-requis, vous répondez en grande partie à celle de la faisabilité. Si les pré-requis sont trop élevés, en terme de compétences, en termes d’outils, de temps ou de motivation, alors votre activité n’est peut-être pas faisable dans le cadre d’un MOOC.

Toujours sur cette question de la faisabilité, n’oubliez pas que les participants sont très nombreux, et que même si dans l’ensemble ils ne chercheront pas à compliquer la vie de l’équipe pédagogique, parfois il en suffit de quelques-uns pour faire planter une activité. Le plus souvent, c’est à cause d’une mauvaise compréhension des consignes. Mais parfois, cela peut être fait exprès. Ne prenez pas le risque de voir quelques personnes menacer votre cours à cause d’une faille dans votre scénarisation.

Un exemple historique pour illustrer ces propos, c’est le MOOC Fundamentals of Online Education de Georgia Tech. Un cours d’introduction à la conception de formations en ligne. Comme la fonctionnalité était absente de Coursera, l’équipe a voulu utiliser un Google Doc que tout le monde pouvait éditer pour faire se former des équipes. Déjà, il y avait 40.000 participants, et on ne peut pas être connecté à plus de 50 en même temps sur un Google Doc, ensuite, n’importe qui peut vandaliser le document. Cela a conduit à un véritable fiasco, une cacophonie généralisée et la fermeture définitive du cours au bout de trois jours. Cet échec a fait l’objet d’une littérature abondante et nous rappelle la nécessité de toujours valider la faisabilité technique des activités  proposées.

Cela souligne deux choses, d’une part qu’il faut faire attention quand on bricole une fonctionnalité; il ne faut pas qu’il y ait de faille possible, d’autre part que vous devez systématiquement valider la faisabilité de l’activité que vous avez en tête. Ce n’est pas parce que cela fonctionne à l’échelle d’une classe que cela fonctionnera à l’échelle d’un MOOC. Pour conclure, n’oubliez jamais que vous avez affaire à un public très hétérogène, en termes de motivations, d’attentes et de contraintes. La clef du succès d’un MOOC, c’est d’abord la capacité à s’adapter à ces différents types de public. Il faut toujours avoir en tête la question des pré-requis, des compétences et de contraintes techniques. Ensuite, c’est une audience potentiellement très importante. Vous devez impérativement valider la faisabilité des activités que vous voulez mettre en place. Essayez d’imaginer tout ce qui pourrait faire échouer votre scénarisation, et confrontez vos idées à un regard extérieur, systématiquement.

Leave a Comment

Filed under Non classé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>