MOOC : scénariser les interactions

http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-image-3d-man-sitting-laptop-word-forum-image29348536Un MOOC, sans interaction, ce n’est pas vraiment un MOOC, c’est un Open Courseware. Interaction avec l’équipe pédagogique d’une part, et interactions entre participants d’autre part, nous allons voir dans cette vidéo pourquoi cet ingrédient est si important. Quelles sont les différentes formes et les différents rôles de l’interaction au sein des MOOC ?


Tout d’abord, interagir avec les participants est obligatoire pour piloter correctement la formation, pour s’assurer que tout se déroule bien et faire des modifications si nécessaire. Ensuite, il s’agit de diminuer l’isolement des participants, qui est une des principales critiques qui avaient été faites contre le e-learning. Car créer des liens, entre participants d’une part, et avec l’équipe pédagogique d’autre part, c’est une fin en soi. Cela permet de créer une véritable communauté, qui pourra perdurer même après le cours. L’équipe pédagogique va donc devoir dans un premier temps  définir et mettre en place différents espaces d’interaction, qu’elle devra ensuite animer et modérer durant toute la durée du MOOC.

La première étape consiste donc à définir les différents espaces d’interaction et leurs règles de fonctionnement. Alors, il y aura des espaces plutôt réservés pour les interactions asynchrones, la majorité des interactions, d’autres plutôt pour les interactions synchrones. Le principal espace d’interaction, bien sûr, c’est  le forum de discussion. En général, vous disposez d’un wiki dans la plupart des LMS. Ensuite, on trouve très régulièrement des groupes associés au MOOC dans les réseaux sociaux comme Facebook, Google +, LinkedIn, etc. Par ailleurs, il arrive que l’équipe pédagogique utilise un blog pour permettre aux participants de suivre l’actualité du cours.

Enfin, on peut également mettre en place des espaces d’interaction synchrone; c’est-à-dire, en temps réel. Il y a d’abord les classes virtuelles ou des chats, ou même des outils qui permettent des événements en direct, comme ce que l’on appelle les Hang Out on Air. Cela permet d’interagir en temps réel et permet de donner un sentiment de proximité plus grand avec les participants, qu’il s’agit véritablement d’un événement synchrone.

Mais il faut aussi trouver un compromis et penser en terme de retours sur investissement. Chaque nouvel espace que vous créez, c’est un espace supplémentaire que vous devrez animer et modérer, et cela demande du temps. Quand vous scénarisez votre cours, il faut prendre en compte les contraintes temporelles. Cela dit, même si vous ne créez pas de groupe dans les réseaux sociaux, il arrive que les participants le fassent eux-mêmes de manière spontanées; dans ce cas l’équipe n’a pas de pouvoir de modération a priori, ce qui peut être génant. Mais il y a de toutes façons un certains nombres d’espaces d’interaction qui échappent au contrôle de l’équipe. D’abord, les espaces personnels des participants comme les blogs, ensuite des réseaux sociaux comme Twitter.

Ensuite, il faut bien comprendre que les différents espaces que vous allez mettre en place n’ont pas tous les mêmes fonctions, et il faut bien délimiter leurs rôles respectifs. Les questions portant sur le cours, ou les questions logistiques ou techniques sont en général centralisées sur les forums. C’est sûr le forum que les participants pourront s’entraider, éventuellement échanger sur le contenu, etc. Tandis que les réseaux sociaux sont en général davantage utilisés pour des conversations informelles, et pour permettre aux participants de se connecter plus facilement.

Attention à ne pas trop mélanger les usages, car si vous utilisez plusieurs espaces différents pour remplir les mêmes fonctions, on vous reprochera probablement de disperser l’information. Pour animer ces espaces, il faudra imaginer des activités, que ce soient des débats, des activités collaboratives permettant de susciter des interactions, mais aussi des mécanismes incitatifs pour encourager ces interactions. Pour ce qui est des interactions, les MOOC connectivistes sont une source d’inspiration incontournable, vu que l’interaction, c’est leur spécialité. Si vous voulez voir un exemple concret, vous pouvez aller voir l’un des premiers exemples de cMOOC français, le MOOC ITyPA, pour Internet, Tout y est pour Apprendre.

L’idée des cMOOC est de mutualiser l’expertise des participants en les faisant échanger, contribuer, explorer un sujet, en général, proposé par l’équipe pédagogique. Cela peut se concrétiser par un certain nombre d’activités.

  • des discussions ou des débats, avec notamment la rédaction de contributions sur les blogs personnels des participants, ou dans les forums du cours. A l’échelle du MOOC ou en petits groupes

  • de la veille collaborative, en postant dans les réseaux sociaux et/ou les forums des ressources trouvées sur Internet.

  • de l’agrégation curation,c’est à dire compiler de grandes quantités de ressources, puis de faire émerger les plus intéressantes par un système de sélection, comme des votes.

Enfin on peut mettre en place des processus de co-création, travailler dans des espaces partagés comme des wiki  ou des documents communs pour mettre en place des travaux collectifs (glossaires, dossiers ou autres). Après, tout l’art c’est de réussir à faire en sorte que la sauce prenne. Comment allez vous inciter les gens à participer. Tout d’abord, il faut trouver des activités qui les intéressent. Ensuite, il faut peut être mettre en place des mécanismes incitatifs. Certaines équipes décident d’être très interventionnistes, d’interagir beaucoup, et c’est leur manière de faire prendre la sauce, mais on pourrait dire que c’est au détriment des interactions entre participants.

Dans certains MOOC, les équipes donnent des points en fonction de la participation dans les forums, mais il faut avoir la fonctionnalité. Enfin, on voit parfois des forums avec un système de badges, qui permet de récompenser les participants les plus actifs, selon la quantité et la qualité de leurs interventions. Pour résumer, vous allez devoir définir la fonction et la nature des interactions que vous souhaitez mettre en place dans votre MOOC, choisir les espaces d’interactions appropriés, en définir les rôles et les règles de fonctionnement. Mettre au point des activités qui se dérouleront sur ces espaces, et trouver des stratégies pour inciter les gens à participer et à interagir, pour faire prendre la mayonnaise. Et bien sûr, trouvez un compromis, car l’équipe pédagogique n’a que 24 heures par jour, beaucoup de choses à gérer. Il faudra donc faire des choix.

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6 Comments

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6 Responses to MOOC : scénariser les interactions

  1. Merci Matthieu pour cet article et la mise en évidence des interactions dans un MOOC.

    Il me semble important de préciser que les espaces d’interactions « officiels » doivent être alimentés par l’équipe, en amont du démarrage du MOOC. A minima, Facebook, Twitter et Google + (en communautés privées SVP !), semble s’imposer comme un trio incontournable…

    Etant donné la concentration des MOOC sur une même période, la qualité de cette communication en amont, risque de devenir un critère important dans le choix d’un MOOC pour un participant.

    Au delà de cet aspect, cette période « préMOOC » devrait être mise également à profit pour créer les prémices d’une communauté. Les outils ne manquent pas… avec un peu de créativité: jeux-concours sur Facebook, Twitter… Bref, une communauté, un travail collaboratif dans un MOOC ne se décrète pas, il faut s’organiser en amont pour intéresser et fédérer les participants autour de la thématique du MOOC… si l’on ne veut pas laisser 50 % des participants sur la touche dés les 1ers travaux de co-création. Les concepteurs de MOOCs ont tendance à considérer l’engagement d’un participant comme une constante… Il est pourtant variable même pour les pro-actifs et très instable pour les simples curieux…

    En l’état actuel, la médiocrité des forums en terme d’ergonomie, d’UX (Canvas, edX pour ne pas les nommer) semble effectivement reléguer ce support aux questions portant sur le cours, et aux questions logistiques ou techniques. Pour ce qui est de l’entraide et l’échange sur le contenu, je trouve les réseaux sociaux plus efficaces (passé la 1ere semaine, les demandes d’aides sur un forum sont souvent sans réponse). Twitter reste effectivement un média informel, un indicateur de l’activité de la communauté (un KPI pour les MOOCs ?).

    Le temps des MOOC à vocation expérimentale est dépassé et une équipe pédagogique « multitâche » ne peut faire face seule à toutes les prérogatives d’un MOOC. Il faut comprendre que les MOOC de 2e et 3e génération doivent répondre à des attentes nouvelles (2e et 3e génération de MOOCers), avec un niveau d’exigence croissant. Il va falloir passer à des équipes dédiées au sein des MOOC où l’animation et la communication auront une place essentielle au même titre que la pédagogie.

    • matthieu-cisel

      Je te rejoins à 100%. En ce qui concerne l’animation des réseaux sociaux, j’ai tout à fait constaté l’importance de l’implication de l’équipe. Faute de temps, je ne me suis investi que dans le groupe Google+, et assez peu dans le Facebook et Twitter. Les dynamiques ont été très différentes. Je me suis également posé la question des jeux-concours et des activités à organiser sur ces RS pendant le pré-MOOC. De manière générale, je suis un peu en quête d’outils pour faciliter la gamification. Créer des leaderboards, des jeux concours, il doit bien y avoir des outils dédiés, et je suis vraiment preneur si quelqu’un en connaît. Le problème, c’est qu’on se dirige vers des MOOC de plus en plus chers à mettre en place si on veut satisfaire à tout les besoins. En absence de modèle économique ou de reconnaissance dans la carrière des enseignants/formateurs, on se heurte à un vrai problème de viabilité.

  2. Il faut aussi avancer sans recherche de ROI immédiat sur les MOOC. De toute façon, les MOOC qui ne sont pas de qualité, ne survivront pas. Il est possible de proposer des cours qui ne sont pas uniquement basés sur des vidéos, il existe une multitude de formats interactifs dont le coût de production est minime (le podcast par exemple )… D’autant plus qu’on ne pourra pas recycler éternellement les vidéos !

    Quid du coût d’un community manager contre une production vidéo, déjà has been au bout de 2 ans !

    Sinon, les outils de gamification ne suffisent pas, c’est une stratégie de com globale,qu’il faut mettre en place ;-)

    • matthieu-cisel

      En tant que Community Manager de GdP1, et de MOOCAZ, je ne peux qu’approuver …. mais les outils peuvent aider. Suite à ta remarque, je me suis relancé dans ma quête d’outils, je suis en train de tester Captain Up, il y a du potentiel dans ce genre de choses …

  3. L’avantage dans le cadre d’un blog wordpress, c’est que tu as un plugin sympa https://wordpress.org/plugins/captain-up/

    • matthieu-cisel

      En effet, parfait pour wordpress … ça ouvre un univers de possibilités. Je m’amuse comme un petit fou aujourd’hui avec ça. Voyons si c’est faisable de transposer l’expérience aux MOOC, depuis le temps que j’attends ça …

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