MOOC et blogs: quand les participants deviennent acteurs de la formation

Ah, que Paris était calme en août. On pouvait s’asseoir dans le RER B même à 18h, incroyable. J’ai profité de cette période d’accalmie pour rédiger quelques billets que je repoussais depuis longtemps.  Aujourd’hui, je voudrais vous parler de la question des contributions des participants, et en particulier des blogs. Par leurs blogs, par leur créativité, par leur activité, les participants d’un MOOC façonnent la formation, et cela mérite bien un petit billet.

La question des blogs de participants est suffisamment importante pour attirer l’attention de la communauté scientifique. Pour ce qui est de la communauté française, Isabelle Quentin a récemment fait une communication sur la question au colloque Jocair, intitulée “Lorsque les apprenants de MOOCs relatent leur expérience sur la toile : une analyse de leurs témoignages”. Cette publication fait suite à un autre travail d’entretiens, réalisé l’année dernière, et dont l’on retrouve les échos dan son billet intitulé, les intentions des participants des MOOC, particulièrement intéressant.

Cet intérêt n’est pas particulièrement nouveau, et les premiers articles “scientifiques” sur les MOOC s’étaient déjà penchés sur la question. Pour preuve, l’article “Blogs and Forums as communications and Learning Tools in a MOOC” (Mak et al.) et qui remonte à 2010, bien avant le tsunami de 2012. Mais le contexte était alors tout autre. Cela remonte à l’époque des premiers MOOC connectivistes, ou cMOOC. Dans ce type de dispositif, les blogs de participants sont la base même de la formation. On leur demande en général explicitement d’en tenir un, et les billets sont souvent centralisés via un flux RSS.

 L’enseignant ne joue alors qu’un rôle de facilitateur et de modérateur et laisse l’essentiel de l’espace médiatique aux participants. Dans la majorité des MOOC hors cMOOC, les blogs de participants tiennent en général une place de moindre importance, même s’ils sont un ingrédient intéressant de la formation. Sur un MOOC de 10.000 participants, si une vingtaine de participants bloguent activement, estimez-vous heureux. Il ne faut pas oublier qu’écrire des billets, cela prend du temps (j’en sais quelque chose), et si vous les surchargez déjà de travail (comme j’ai l’habitude de faire), ils auront bien du mal à concilier vie privée, travail à réaliser et écriture. D’autant que la plupart du temps, ce sont ceux qui s’impliquent le plus dans le MOOC qui écrivent.

 Dans le cadre du MOOC “Monter un MOOC de A à Z”, nous avons eu quelques bloggeurs, avec au premier plan Jocelyne Turpin et son blog Fac Bip et Dorothée Le Vot, une bénévole qui a rejoint l’équipe en cours de route, avec son blog nouvellement créé, MOOC Experience (mais qui est apparu après coup). Ce sont les seuls blogs que j’ai vus avec plus de 4/5 billets sur le MOOC, même si il y a eu des échos dans des blogs et équivalents comme l’excellent mooc-info d’Eric Mathez (que je recommande au même titre que parlonsmooc de Guillaume Laurie), ou sur mooc.fr avec un article d’Emilie Bouvrand.

 Dorothée le Vot, avec MOOC Experience, est revenue à travers une demi-douzaine d’articles sur différents sujets, son expérience en tant que MOOCeuse (dans MOOC & Evenementiel) ou les difficultés afférentes à la formation des équipes. Bon, ça, c’est le côté participant, mais elle nous a aussi aidé à faire le bilan du MOOC côté équipe (Dorothée était à la fois membre de l’équipe pédagogique du MOOC, et membre d’une équipe-projet). Notamment avec les billets intitulés “Tendances dans les projets de MOOC”, et “MOOC, un outil de visibilité et d’animation” qui font le point sur sur les différents projets de MOOC proposés par les participants (approches, sujets abordés, etc). Ou encore le billet MOOC & Live Session, qui revient de manière critique sur l’organisation des webinaires, faisant écho à mon billet MOOC et Webinaires. J’en recommande fortement la lecture. Heureusement que Dorothée était là pour nous aider à faire le travail de bilan, et ces billets sont particulièrement utiles, en particulier de par son statut de participante.

 Jocelyne a davantage adopté le rôle du journal de bord, avec quelques billets en début de MOOC, et des retours à tête reposée, après la formation. L’écriture du blog lui permettait de faire des parallèles/transpositions aux problématiques de l’entreprise.  Nous avons même eu le droit à une mascotte, AFFENI. Il est important en tant qu’équipe de prendre en compte ces retours, en particulier pour des questions de réingénierie.

Cependant, il ne faut pas oublier le revers de la médaille. Dans le cas des MOOC où la triche ou le plagiat sont des problèmes sérieux, les blogs peuvent servir de canal de diffusion de réponse (et poser problème à l’équipe pédagogique). Et quand le MOOC part en vrille, ils relaient parfois les problèmes rencontrés et peuvent laisser des traces indélébiles et contribuer à la mauvaise réputation d’une formation (et par ricoché, de l’enseignant en charge et de l’institution porteuse).Pour preuve, ce billet sur l’échec du Fundamentals of Online Education (Georgia Tech). Il ne faut pas oublier que sur la Toile, les relations profs/élèves ne sont pas du tout celles que l’on retrouve dans une salle de classe, en particulier dans le cadre d’un dispositif ouvert comme un MOOC. Les participants sont des acteurs à part entière, qui contribuent à donner vie à la formation; on ne peut pas leur intimer le silence comme on le ferait dans son amphithéâtre. Il faut juste vivre avec et faire tout son possible pour que la formation soit aussi parfaite que possible, tout en sachant que malgré sa gratuité, beaucoup n’hésiteront pas à la critiquer pour un oui ou pour un non. C’est l’esprit d’Internet. Le relatif anonymat fait qu’on hésite moins à se lâcher, il faut faire avec.

 Ces problèmes potentiels mis à part, c’est un véritable bonheur que de lire les contributions des participants. Au même titre que les webinaires (dans lesquels Jocelyne et Dorothée sont d’ailleurs apparus), cela permet de contrebalancer le côté parfois impersonnel des forums de MOOC. Avant de conclure, j’aimerais terminer sur le fait que les articles de blogs sont loin d’être les seules contributions de participants (ou UGC pour User Generated Content dans le langage Community Manager) dignes d’être mises en valeur. Pour preuve les illustrations de l’irremplaçable Frédéric Duriez, qui ont fait le bonheur de l’équipe pédagogique au cours de la première édition du MOOC Gestion de Projet, et que l’on a retrouvées dans “Monter un MOOC de A à Z”. Ci-dessous le Storify du MOOC, dans lequel on en retrouve quelques-unes. A mon sens, cela fait partie du travail d’animation de l’équipe que de mettre en valeur ces différentes contributions, en diffusant sur les réseaux sociaux du groupe, éventuellement en y répondant (si on a le temps), en encourageant la conduite de journaux de bord comme ceux de Jocelyne ou la création de contenus comme ceux de Frédéric. Cela donne vraiment vie à la formation, et il ne faut pas oublier que ce n’est pas uniquement le MOOC de l’équipe pédagogique, c’est un objet ouvert qui appartient à tout le monde.

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2 Comments

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2 Responses to MOOC et blogs: quand les participants deviennent acteurs de la formation

  1. duport

    Bonjour,

    Pour élargir le débat, il y a aussi l’engagement des participants dans les blogs et /ou dans le réseau social du projet. La logique de contribution est d’une autre nature mais elle existe aussi. Concernant le MOOC de A à Z, il n’était pas explicitement question d’animer un blog à la différence du MOOC Itypa.
    La présence de ces blogs est une réponde du scénario pédagogique.
    Peut être qu’il faudrait proposer aux personnes qu’il le désire d’ouvrir un blog « projet » du MOOC d’équipe où les doc pourraient être publié une semaine après les activités. Les équipes un peu plus avancées pourrait y intégrer la veille ou des posts de réflexions sur le MOOC ou sur l’avancée de leur projet.
    Bref la présence de blog ou pas dépend aussi du scénario pédagogique

    • matthieu-cisel

      C’est une possibilité en effet que de leur demander de publier leurs devoirs dans un blog. Ca permettrait de valoriser le travail qui a été fait. Après, visuellement, ça peut être un peu compliqué. On peut inciter à ça, imposer c’est plus compliqué … Peut-être en rajoutant des points supplémentaires.

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