MOOC : la carte ou le plat du jour ?

http://www.dreamstime.com/royalty-free-stock-photography-3d-confused-man-image24019587Quand on conçoit un MOOC, faut-il imposer des activités identiques pour tous les participants, ou au contraire laisser une certaine forme de liberté sur le plan pédagogique ? Pour faire dans la métaphore, est-ce qu’il faut imposer le plat du jour, ou donner la possibilité de se concocter un MOOC « à la carte » ? En termes de contenus, mais aussi en termes d’activités. Une question qui fait débat depuis un certain temps déjà et sur laquelle je vous propose de revenir le temps d’un billet.

Déboussolés. C’est un sentiment très commun au moment de se lancer dans un MOOC, et nous avons eu plusieurs remarques en ce sens au cours de «Monter un MOOC de A à Z ». Plusieurs groupes dans les réseaux sociaux, des débats, des vidéos, des quizz, plusieurs parcours possibles. Rien d’étonnant à ce que l’on ne sache plus où donner de la tête. Un sentiment que je comprends parfaitement au vu du nombre de choses que nous proposons, mais qui à mon sens relève d’un malentendu. Un MOOC est une formation par nature ouverte, et qui impose de changer  un tant soit peu sa façon de penser.

Dans le sigle MOOC, le O de Open correspond à « Open registration » ; cela signifie que tout un chacun peut s’inscrire, on l’aura compris. En conséquence de quoi, les participants viennent de tous horizons et n’ont a priori en commun que l’intérêt pour la discipline abordée. Il y a plusieurs manières de faire face à un public si hétérogène. Vous pouvez bien sûr décider d’imposer un cap avec un seul parcours possible, une seule façon de suivre le cours. C’est d’ailleurs la pratique la plus commune, car la plus simple. A l’inverse vous pouvez décider de laisser davantage de marge de manœuvre aux participants, quitte à devoir investir plus d’énergie dans la conception de la formation.

A mon sens, la première approche relève davantage de la formation à distance classique, que de la philosophie de l’open education. Nous ne sommes pas face à un public captif qui fera consciencieusement tout ce que l’enseignant a dit tout simplement parce qu’il l’a dit. Si vous voulez que votre formation plaise, il faudra autant que possible  anticiper et identifier les attentes et besoins de votre audience, pour pouvoir les satisfaire au mieux. Et je pense que cette façon de penser s’applique à tous les aspects de la formation. Aux activités, aux modalités d’interaction, aux contenus, etc.

Par exemple, nous avons créé cinq parcours dans le cadre de la deuxième édition du MOOC: Analyse, Scénarisation, « Animation, encadrement et communication », Vidéo pédagogique, Initiation. Pour ce qui est des réseaux sociaux, nous avons un groupe Facebook, un groupe Google+, et une participante a créé un groupe Diigo pour le bookmarking collaboratif. En ce qui concerne les modalités d’interaction, vous avez les forums, une chatroom (probablement), et nous encouragerons à interagir sur les blogs des autres participants. Enfin, pour les contenus, des heures de vidéo, et des dizaines et des dizaines de liens vers des ressources éparpillées sur le Net. Il faut compter plusieurs centaines d’heures si l’on souhaite tout consulter. Inconcevable en quelques semaines, il m’a fallu des mois. Ces quelques diapositives conçues dans le cadre du MOOCAZ résumeront parfaitement la situation.

Selon la façon de suivre le cours, on peut donc « terminer » le cours en auditeur libre en seulement cinq à six heures, ou travailler dessus à temps plein pendant deux mois d’affilée. D’où le « 1 à 30 heures par semaine » que vous avez sur la page de présentation de la formation et qui en aura sûrement fait sourire quelques-uns.  D’où aussi le petit powerpoint que j’avais proposé pour expliquer le concept au cours de la première édition (cf. ci-dessous).

Certains me disent qu’il faudrait plusieurs MOOC pour ces différents parcours. Et bien je ne le pense pas. Un MOOC pour chaque heure de vidéo ou pour chaque activité ? Je suis sceptique. La conception de MOOC est déjà une thématique ultra-spécialisée, on ne va pas faire des MOOC qui sont des spécialisations de spécialisations, cela n’a pas de sens.

J’ai peut-être poussé la logique à l’extrême en proposant autant de parcours, mais je reste convaincu que cette approche est celle qui est le plus en adéquation avec la logique des MOOC, celle de l’autoformation. Je suis néanmoins pour la mise en place d’un minimum de cadre contraignant car l’on peut se perdre facilement dans les MOOC « trop » ouverts. Pour reprendre l’analogie du restaurant, un MOOC où l’on est trop libre, c’est un peu comme si on vous donnait sur la carte que les ingrédients, et que c’était à vous de fournir la recette. Alors oui, les cuistots – ceux qui ont une bonne connaissance du domaine enseigné – pourront s’en sortir, voir même cuisiner pour les autres. Mais beaucoup seront largués. Cependant, même en présence d’un cadre contraignant minimal, il faut à mon sens laisser de la marge de manœuvre, quitte à devoir imposer aux participants de faire un choix. Se plaindre du fait qu’il y a trop de choses à voir, trop de choses à faire, c’est comme si au restaurant vous vous plaigniez qu’il y a trop de plats dans le menu, et que vous préfériez un plat unique. Quand bien même ce serait votre cas, cela ne sera pas nécessairement celui de votre voisin. Comme d’habitude, il faut trouver la voie du juste milieu. Plusieurs plats au menu, mais pas trop non plus pour ne pas perdre le client (et quand on a trop de choix, en général c’est du surgelé).

Vouloir tout maîtriser, c’est un peu comme vouloir regarder tout Youtube. Plusieurs centaines d’heures sont mises en ligne par jour. Du coup, vous avez intérêt à vous lever tôt si vous voulez tout voir. Donc pas de raison d’angoisser ; faites-ce qui vous plait, lisez ce qui vous intéresse, interagissez seulement si vous le voulez, et laissez tomber le reste. De toute façon, il faudrait plus de 24 heures par jour pour tout faire. Je sais, on n’a pas trop l’habitude de cette liberté pédagogique dans notre système très « one-size-fits-all ». Et bien, cette liberté, pour une fois vous l’avez.

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