De l’associatif à l’enseignement programmé : Quelques nouveautés de la galaxie MOOC

Pas une journée ne se passe sans que la galaxie MOOC n’apporte son lot de nouvelles. Ah, il est parfois épuisant de faire une thèse sur un sujet qui bouge aussi vite. Tout d’abord, de nouveaux acteurs se positionnent sur le créneau : après le milieu académique et le secteur privé, c’est au tour du monde associatif, avec quelques succès spectaculaires à la clef. Parallèlement, les innovations technologiques et pédagogiques se multiplient. Retour sur quelques nouveautés qui ont suscité ma curiosité ces derniers-jours.

Pour commencer, le MOOC sur les Dons de Vie (moelle osseuse, sang, etc) lancé par l’Association Laurette Fugain sur la plate-forme Neodemia. Un cours plus que bienvenu, tant on entend tout et n’importe quoi sur ces sujets-là. Après le Centre Virchow-Villermé et le CNAM, c’est enfin au tour d’une association d’aborder via un MOOC les questions de santé publique. Point intéressant, la complémentaire santé Malakoff Mederic a fortement contribué au financement du projet (le reste étant subventionné par Neodemia), preuve qu’il est possible pour les associations de trouver de quoi monter de type de projet, à condition de frapper à la bonne porte.

Ce n’est pas la première fois qu’un acteur associatif se positionne en France, on se rappelle d’Animafac et de son MOOC sur la création d’association étudiante, lancé en partenariat avec le CNOUS. Mais c’est la première fois qu’une association se positionne « seule ». Dans le monde académique, un certain nombre pensent devoir détenir le monopole des MOOC. D’abord, c’est oublier que les MOOC relèvent davantage de la formation pour adultes – que le milieu académique investit peu – que de la formation initiale.

Ensuite, je souhaiterais rappeler que le plus gros succès mondial (en termes de nombre d’inscrits) appartient à une fondation, et non à une institution publique. Pour mémoire, c’est le MOOC lancé par la fondation Linux organisé sur edX qui détient actuellement le record mondial, avec 270.000 inscrits pour une première édition. En fin de compte, il n’y a pas besoin d’être un établissement prestigieux pour avoir de la légitimité, il suffit d’être légitime sur le sujet que l’on aborde. Vous êtes formateur, spécialisé dans les méthodes agiles ou tel ou tel langage de programmation ? Tant que vous avez une expertise reconnue du domaine, pas besoin d’être prof à HEC ou à l’ENS. Au contraire, je pense que le milieu académique a peu de légitimité dès lors que l’on sort des pré-carrés de la formation initiale, ce qui laisse tout de même pas mal de niches à occuper… Je souhaite donc tout le succès du monde à cette initiative de l’association Laurette Fugain.

Quoi d’autre ? Sur le plan des innovations pédagogiques, je veux souligner l’excellente initiative de l’Institut Français du Pétrole (IFP School pour être plus précis), qui a intégré un serious game dans son MOOC. On l’attendait depuis un certain temps déjà, l’intégration des serious games. Pour mémoire, ce sont des « jeux » à visée pédagogique, le terme « jeu » recouvrant ici une large gamme d’acceptions. Les serious games, ou jeux sérieux, c’est la « vague » qui a précédé les MOOC en matière d’ « Innovation pédagogique », avant que le buzz ne retombe (mais les serious games ont continué à se développer, naturellement). On a souvent comparé le devenir des MOOC à celui des serious games, alors que cela n’a pas grand chose à voir. Concevoir un serious game est en général nettement plus coûteux que concevoir un MOOC. Cela ne demande pas que du temps et un peu de matériel de captation, cela demande beaucoup de compétences en « game design », et la capacité à faire des développements techniques « sur mesure ». C’est pour ça qu’il y a des entreprises spécialisées dans la conception de serious games, qui est très loin d’être triviale, et qu’en général il faut avoir une certaine « taille critique » (être un grand groupe par exemple) pour passer des commandes en ce genre (alors que des gens sans le sou mais ayant du temps peuvent faire des MOOC). On pourrait qualifier cette initiative de MOSG (le terme n’est pas de moi), pour Massive Open Serious Game.

Pour conclure sur les innovations techno-pédagogiques, je voudrais vous parler d’un logiciel « d’apprentissage adaptatif » que j’ai découvert récemment, Smart Sparrow. Le concept  finira par percoler dans les MOOC , alors autant avoir un coup d’avance (on en parle d’ailleurs dans un article récent publié dans Forbes : How Skinner will save online education).

Ce n’est pas de l’apprentissage adaptatif type « Machine à répéter » (SRS pour les intimes, comme lamachineareviser de Domoscio, Cerego, ou Memrise). Ce n’est pas non plus du séquençage adaptatif comme peuvent le faire Knewton, Carnegie Learning et consort. C’est du bon vieil enseignement programmé à la Skinner.

Machine de Skinner

Tu donnes la réponse 4 tu vas voir telle vidéo de cours. Bien déterministe, pas franchement novateur, mais au moins ça a le mérite d’exister. Rappelez-vous, la machine de Skinner faisait déjà ça dans les années 60. Au labo, je suis même retombé sur des livres qui enseignaient l’électronique de cette manière. Un petit côté « le livre dont vous êtes le héros », tu donnes la réponse 3 tu vas à la page 270 et ainsi de suite. Un siècle pour que le concept passe sur le Web ! Que de temps perdu en prototypes de laboratoires qui n’ont jamais décollé, c’est vraiment dommage, d’autant que la startup n’est pas très généreuse. Pas de version gratuite pour essayer, il faut avoir une adresse en « edu » pour demander un test. Bref, il y a encore des progrès à faire pour voir l’enseignement programmé devenir grand public. C’est pas super novateur, je l’admets, mais ça peut rendre service dans certains domaines de l’apprentissage …

Pour le moment dans les MOOC, ce qui s’en rapproche le plus, c’est la possibilité de rajouter des conditions. Tu ne peux pas voir telle vidéo, tant que tu n’as pas validé tel ou tel module. Ce qui demande moins de jus de cervelle que la conception de parcours de formation complets avec des chemins à imaginer. Je doute que Coursera ou edX développent eux-même de l’enseignement programmé (mais je peux me tromper); en revanche, il est probable qu’à terme des boîtes spécialisées comme Smartsparrow finissent par ouvrir l’outil au grand public et adoptent le protocole LTI (qui permet alors une intégration directe dans des plates-formes comme Moodle, Coursera, ou edX).

Allez, pour conclure sur une note d’humour, je vous mets « la machine à apprendre », une vidéo découverte dans le MOOC EFAN qui caricature l’enseignement programmé ! A mourir de rire …

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