Les MOOC, une révolution pédagogique ?

Ca y est, c’est le grand jour. La deuxième édition du MOOC « Monter un MOOC de A à Z » commence aujourd’hui 14h, et pour célébrer cet événement, je propose de lancer le premier débat : « Les MOOC sont-ils une révolution pédagogique ? » Ah,  cette sempiternelle question qui revient toujours sur le tapis à un moment ou un autre …

Et si l’on commençait par remplacer le terme « MOOC » par « cours » (si l’on considère le MOOC en tant que dispositif de formation), ou par « papier » (si on prend le MOOC comme un média ou comme une technologie), qu’est-ce que cela donne ? Les cours sont-ils une révolution pédagogique ? et Le papier est-il une révolution pédagogique ? On peut faire plein de choses avec des cours, ou avec du papier. Des confetti, des cocotes, des avions, et on peut même s’en servir pour écrire. Mais demander si le papier est une révolution pédagogique, vous admettrez que c’est assez idiot non ? C’était juste pour souligner l’inanité de la question.

Que l’on considère le MOOC comme un dispositif de formation ou comme un média, il est clair qu’il ne porte pas en soi une innovation pédagogique. C’est d’ailleurs vrai pour toutes les technologies, numériques ou non. La simple digitalisation de ressources (textes, cours magistraux filmés, etc) ne saurait constituer en soi une révolution pédagogique. Et si vous voulez une démonstration plus convaincante, regardez ce TEDx, où l’on explique la chose de manière remarquable.

La digitalisation a pour corrollaire l’accessibilité, pas l’innovation. On peut donc tourner la question autrement. La plus grande accessibilité à la formation permise par les MOOC est-elle une révolution ? Voilà une question nettement plus pertinente, mais bien trop complexe pour être traitée ici. Le caractère innovant d’un MOOC dépendra donc avant tout de la créativité des équipes pédagogiques, et ne saurait être attribué simplement à une technologie. La technologie ne porte pas en elle-même l’innovation pédagogique (j’enfonce un peu le clou, et les portes ouvertes). Par ailleurs, l’absence d’innovation n’est pas nécessairement une tare, et cette obsession de la nouveauté est parfois agaçante. Il y a des pédagogies anciennes (la plupart le sont) qui marchent très bien; l’important, c’est que la pédagogie soit efficace, pas qu’elle soit nouvelle (et vous aurez bien du mal à inventer de « nouvelles » pédagogies, soit dit en passant).

Elargissons un peu le débat (et je remets au passage ma casquette de défenseur de l’usage des technologies dans l’éducation) : le numérique permettra-t-il une révolution pédagogique ? N’en déplaise aux détracteurs des technologies éducatives, il est des pédagogies – aussi bien behavioristes, que cognitivistes ou constructivistes – qui ne peuvent être déployées sans l’aide du numérique. Je vous souhaite bien du courage pour mettre en place – sans outil informatique – des pratiques comme le test adaptatif ou l’écriture synchrone de documents, ne serait-ce qu’à l’échelle d’une classe.

Qu’à cela ne tienne, en quoi est-ce un problème (entends-je parfois) ? Avec en général un argument subtil et décisif pour ponctuer le tout: « La preuve que les approches traditionnelles marchent, c’est qu’on les applique depuis des siècles ». Bel argument circulaire s’il en est. Je constate simplement que ceux qui défendent cette position maîtrisent rarement le sujet, brillent par leur ignorance des outils et des pratiques, et s’assoient en général allègrement sur plus d’un siècle de recherches en pédagogie, en psychologie cognitive, en technopédagogie, et en sciences de l’éducation. Traiter avec dédain le travail de générations de chercheurs, c’est assez mal poli vous savez (surtout quand on est enseignant-chercheur). Après, cette position ne me dérange pas outre mesure tant qu’elle se base sur une connaissance solide du domaine et que ses défenseurs acceptent de se prêter sérieusement au jeu du débat contradictoire (ce qui est loin d’être toujours le cas).

Certains objecteront également que le problème des contraintes technologiques vaut dans les deux sens, et que s’il y a des pédagogies qui imposent l’usage du numérique, il y en a également qui ne peuvent être mises en oeuvre dans un cadre strictement virtuel. Quid des disciplines nécessitant des compétences manuelles et des apprentissages psychomoteurs (sciences expérimentales, médicales, etc) ?

Merci Capitaine Obvious.  Il est vrai que pour les aspects affectifs et psychomoteurs des taxonomies d’Anderson et de Krathwohl  (qui devraient être le B-A-BA de tout pédagogue), on peut s’interroger. Bien sûr, il y a des limites, mais sachez néanmoins que même pour les apprentissages psychomoteurs, l’on se sert de manière croissante d’outils de simulation perfectionnés pour apprendre à faire des opérations chirurgicales. Les pédagogies par simulation sont probablement sur le point de connaître un nouvel essor. Après, c’est sûr, les environnements de simulation un peu sophistiqués, ça n’est pas aussi répandu que les ordinateurs portables, mais ça, c’est une autre histoire. En attendant, quand les limites de ce que l’on peut faire avec un ordinateur auront été atteintes, vous m’appellerez.

Pour conclure, vous aurez compris que mon objectif n’était pas ici de répondre à la question, mais d’en discuter la pertinence. Les MOOC ne permettront une révolution pédagogique que quand les technologies éducatives qui les sous-tendent autoriseront la mise en oeuvre de pédagogies révolutionnaires (et quand on les utilisera correctement). Cela nécessite le développement et la démocratisation des technologies éducatives, entre autres dans les domaine de l’apprentissage collaboratif (le fameux Computer Supported Collaborative Learning, ou CSCL) ou de l’apprentissage adaptatif. Si la profusion des outils et des ressources ouvre des horizons, il y a encore du chemin à faire. Les plates-formes de MOOC sont encore limitées fonctionnellement parlant, et contraignent les pédagogies plus qu’elle ne les rénovent.

En attendant, s’il y a une révolution à faire, elle est plus idéologique que pédagogique. A mes yeux, c’est avant tout la reconnaissance institutionnelle de l’autoformation qui est en jeu. Pour qu’il y ait révolution, il faudra que les étudiants désireux de prendre en main leur propre formation fassent reconnaître la validité de leur démarche et aillent se battre pour leur droit à s’auto-déterminer. Le prestige des établissements à l’origine des MOOC facilite maintenant cette démarche, même s’il reste de nombreux obstacles à franchir (méthodes de validation des acquis, couplage avec l’institution, etc). Au regard de la longue histoire de l’affrontement autoformation/hétéroformation, je doute que cette « révolution » tant attendue puisse se faire totalement dans la douceur.

21 Comments

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21 Responses to Les MOOC, une révolution pédagogique ?

  1. On distingue parfois « invention » et « innovation », en soulignant que l’innovation est une invention qui a été adoptée largement. Il y a une adoption des MOOCs, mais l’étendue de cette adoption est discutable.

    Mais il me semble que deux facteurs laissent envisager une adoption plus large des cours en ligne. D’une part, les habitudes de dématérialisation que nous avons prises. D’autre part, le dépit que l’on peut ressentir envers le système scolaire, qui peut sembler (à tort ou à raison), en décalage avec une société démocratique (attention, je ne dis pas que tout le monde doit être diplômé ou quoi que ce soit de ce genre – simplement, l’échec est souvent lié au format autoritaire de l’enseignement, qui peut priver les élèves ou étudiants de toute foi en leur capacité à apprendre.).

    En un sens, on pourrait soutenir que les cours en ligne donnent une forme à une aspiration démocratique à l’enseignement, dont on trouve déjà l’affirmation au début du 19ème siècle dans les méthodes de Jacotot. La technologie permettra peut-être de mener à son terme une révolution pédagogique commencée il y a deux cents ans, et qui n’a pas été adoptée?

    (sinon: je pense aussi qu’il faut abandonner ce terme de MOOCs. « Cours en ligne », ou « dématérialisés », cela suffit.)

  2. parganin

    Effectivement, la pédagogie n’est pas nouvelle.
    Le MOOC comme dispositif est plutôt une nouvelle arme dans la guerre entre établissements de formation dans leur lutte d’influence et de notoriété. C’est une révolution dans le marketing des établissements.
    En revanche, pour ses utilisateurs, le MOOC représente une nouvelle opportunité d’acquisition de connaissances et de partage au sein d’une communauté d’intérêts. C’est bien une révolution dans les usages.

  3. Pourquoi des lors que l on parle de numérique on lui accolé le terme de révolution. Comme si le numerique était incapable de faire la preuve de sa propre legitimité par lui même. Je remplacerai donc la question par celle de son utilité et de son efficacité, en traquant les conditions ou le numérique fait sens où pas. A mon avis, ce mode dapproche evite des débats sans fins entre pros et anticiper mais permet de centrer l attention sur l usage.

  4. Krack

    J’ai lu votre texte avec attention et intérêt et je suis de votre avis: le MOOC est un média et rien de plus. C’est simplement une autre façon d’accéder à la formation.
    Est-ce plus accessible ? Il est sans doute trop tôt pour pouvoir répondre. Il faut connaître les types de formation qui sont les plus recherchées, la validité de leur contenu et le type d’étudiants qui viendront s’autoformer.
    Le vrai départ des MOOC risque d’attendre la reconnaissance officielle de l’autoformation. Est-ce pour demain ?

  5. laurent Urbain

    Bonjour,
    Je trouve effectivement que la question de savoir si l’utilisation d’une nouvelle technologie (elle ne l’est qu’un temps) est une révolution pédagogique ne devrait pas se poser.
    Si elle est bien intégrée elle peut bouleverser les techniques, parfois modifier ou plutôt enrichir les méthodes. Pour autant qu’elle soit exploitée à sa juste valeur, il ne suffit pas de placer des « PDF » sur un LMS pour faire du e-learning et il ne suffit pas de publier quelques vidéos sur le net pour réaliser un MOOC (pour représenter le propos une image admirable sur http://lorgnonmelancolique.blog.lemonde.fr/files/2011/05/aspirateur1.jpg).
    Si révolution il y a c’est probablement du coté enseignant (ou formateur, ou concepteur, ou…) qui devra, dans sa pratique professionnelle, tirer le meilleur parti de ces nouvelles possibilités. Il devra peut-être se former et certainement utiliser beaucoup de son temps à l’expérimentation. De nouvelles possibilités apparaissent mais de nouvelles contraintes également. Comme toujours la vérité se trouve au milieu, il ne me semble pas opportun de rejeter en bloc la « pédagogie traditionnelle » (càd avec des outils, techniques, éprouvées) mai il serait peu efficace de faire fi de nouveaux moyens d’enseigner encore mieux. D’autre part, utiliser la technologie pour elle-même, sans plus-value me semble absurde.
    Je m’inscris donc complètement dans le propos relaté dans cet article et attends avec intérêt les réactions des uns et des autres.
    Merci pour ce bel ouvrage.

  6. Sarah Bouabdallaoui

    Bonsoir,
    Il me semble que les MOOCs sont une révolution pour les personnes qui ne s’intéressent aux TICE, ou les découvrent, que depuis quelques années. Bien avant l’arrivée des MOOCs, les nouvelles technologies ont joué et jouent toujours un rôle indéniable de facilitation de la formation et des apprentissages. Les MOOCs sont un(e) mode de formation comme un(e) autre ;)
    Je crains que la mode des MOOCs ne donne le sentiment que la formation en ligne est un peu comme la restauration rapide. On peut réaliser en très peu de temps une formation pour un très grand nombre, avec très peu d’investissements.
    « Fast-formation », peu chère, avec la qualité qui va avec puisque de moins en moins de place est accordée à l’ingénierie pédagogique. L’ingénieur pédagogique lui-même réalisateur de contenus, les vidéos, les animations, etc.
    Bonne soirée,

    Sarah

  7. FEUGUENG Désiré Magloire

    Un enseignant, en décidant d’adhérer à la mouvance MOOC, s’engage dans un véritable défi. Un MOOC implique en effet, l’utilisation experte des technologies éducatives les plus innovantes (webinaires, podcast, plateformes de formation en ligne, tracking, email, etc.). En soit, celà constitue une véritable révolution, du moins dans ses pratiques, quand on sait qu’en général les enseignants ne reçoivent pas de formation initiale en la matière.

    L’enseignant qui se sert d’un MOOC avec ses apprenants (disons en passant qu’ils doivent être grands = des adultes, mais c’est un autre débat, imaginez un peu qu’ils soient au lycée) vise rentre avec ceux-ci dans un contrat didactique très particulier:
    – il peut faire un cours mais ne pas être celui qui répond aux questions (le tuteur s’en charge, alors qu’il n’a pas fait le cours, mais il le connait, puisqu’il peut le visionner ou a participé à sa conception).
    – le cours utilise vidéo et audio, l’enseignant est donc à la fois réel et manipulable (l’apprenant le fait reparler autant qu’il veut en revisionnant, sans que ça gène l’enseignant, il ne le sait même pas);
    – le MOOC favorise des échanges entre apprenants (socioconstructivisme?), certains parmi eux ont une certaine maîtrise des contenus, et ils échangent volontiers avec leurs pairs. La motivation des uns est d’apprendre, celle des autres est de « jouer » dans le MOOC.
    – Tout se fait par artefact interposé, de sorte qu’on n’a de l’autre qu’une image relative, tandis qu’en salle de classe, on à pleinement affaire à la personnalité de tout le monde, et on se familiarise les uns aux autres.

    Reconsidérons la question, pour ne pas digresser infiniment: le MOOC constitue-t-il une révolution pédagogique? Est-ce que le MOOC est même seulement un outil? n’est-il pas d’avantage une option? une tendance? Les MOOC sont une nouvelle manière de mettre à contribution les technologies éducative au service de l’enseignement et de l’apprentissage. Là où l’on entrevoit une révolution, c’est dans le fait que les MOOC font tendance, séduisent. Faire des cours avec la vidéo constitue une véritable innovation!
    Avant même d’évaluer l’efficacité d’un cours qui se fait avec la vidéo, l’on n’en est d’abord séduit, comme s’il apporte forcément quelque chose de bon. Il faut dire que la vidéo repose l’esprit et le distrait, en suggérant l’idée qu’on voit un film tout en apprenant, et qu’on a la maîtrise de la situation, pouvant faire avec la vidéo un peu de tout. Mais arrêtons-nous ici au risque de nous répéter.
    L’homme aime, raffole après le changement, les innovations? N’est-ce pas ce qui explique cette affluence vers les MOOC? Ne sommes-nous pas alors en présence d’une innovation en enseignement, en pédagogie?

    A suivre.

  8. max

    Excellent post! Bravo, ça donne envie de suivre ton MOOC !
    Je cherche, en ce qui me concerne, des outils et des méthodes d’innovation pour un but d’autoformation dans le domaine médical.
    Je crois que je peux trouver des pistes dans ton travail!
    Bonne continuation

  9. BARADAT

    Les MOOC sont une révolution dans la mesure où la connaissance devient accessible, où que l’on soit, à partir du moment où l’on a une bonne connexion internet. Ensuite dans le monde de l’entreprise (essentiellement en TPE / PME) les employeurs sont parfois réticents à envoyer les salariés en formation du fait de l’absence du poste de travail, des frais annexes au coût de la formation (transport, hébergement). De ce fait le MOOC constitue une réponse adaptée à cette problématique. Je considère que cette nouvelle méthode de formation peut apporter un plus aux personnes intéressées. En fonction des résultats escomptés il sera toutefois nécessaire de maintenir des formation en présentiel. Le MOOC, malgré le réel intérêt qu’il présente ne peut pas, à ce jour, remplacer totalement un enseignant physique face à un groupe. L’articulation MOOC / Présentiel me semble une piste intéressante à exploiter. Pour l’apport des concepts, des informations théoriques le MOOC présente un avantage réel sur le présentiel : la concentration du stagiaire qui doit être pleinement attentif pour assimiler, contrairement au présenter où l’on décroche parfois. Avec le MOOC on peut toujours décrocher mais nous avons la possibilité de revissions la partie non assimilée, autant de fois que nécessaire.

  10. Bonjour,

    Je partage la totalité de vos propos et je pense que la vrai révolution se fera dans les cadre des formations où la performance affichée est le critère majeur.
    Là, il n’est plus question de savoir combien de temps, quel cursus ou filière vous avez suivi pour atteindre un niveau de performance, mais de démontrer que le niveau requis est atteint.
    Il existe déjà plein de domaines où l’on peut passer par des formations “non conventionnelles“ et par des aides de simulation pour progresser de façon autonome.
    C’est justement la partie qui m’intéresse. Car en fait, ce qui importe, lorsque l’on est dans une discipline complète et complexe, ce n’est pas seulement les acquis, mais l’ensemble des savoirs qui les entourent et surtout la façon dont ils sont mis en oeuvre. Car quelque soit le mode de formation, il est nécessaire qu’il y ait une pédagogie adaptée et, c’est à mon avis là qu’est la vrai révolution.
    Autonome ou pas dans la formation, il est nécessaire qu’il y ait une pédagogie adaptée et c’est là qu’est le chalenge.
    Meilleurs sentiments, Patrick Rebeyrol.

  11. teceteli

    Les MOOC ne sont peut être pas une révolution pédagogique, mais c’est tout de même une révolution dans ce sens que l’on peut désormais former en même temps des centaines de milliers de personnes.

  12. Leite

    Cela donne à réfléchir !!

  13. Mokhtar Ben Henda

    Dans l’histoire des techniques, les règles de l’innovation sont très rarement attribuées à la nature de l’outil. L’Humain est au centre du processus de l’évolution. Il invente et s’approprie l’instrument, guidé en cela par un besoin instinctif de survie ou une contrainte d’usage, le conditionne et l’exploite à des fins pratiques. Comme tout autre dispositif technique ou pédagogique, les MOOCs sont des outils facilitateurs d’évolution dans les usages et les méthodes de transmission de la connaissance. Ils ne sont pas, en eux-mêmes, des générateurs d’innovation, mais rendent possible l’introduction de précédés pouvant être innovants par le biais de l’humain. L’histoire est pleine d’exemples démontrant cette équation des rapports entre l’évolution des techniques et les besoin de transformations d’ordre sociétal ressentis par l’homme et pour lesquelles il fallait inventer des artefacts et des outils. Quand l’écriture a fait irruption dans l’univers de l’enseignement chez les grecs et les romains, les rhéteurs n’ont pu qu’accepter cette intrusion forcée par l’évolution technique des supports d’écriture, la dégénérescence des ars memoriae et donc le besoin de mieux conserver la science des érudits. Quand le Codex a remplacé la tabula et le parchemin, c’était par un besoin de disposer d’un support plus souple et mieux accessible pour lire les sciences des trivium et quadrivium. La société médiévale en a profité pour mieux dispenser les savoirs et les connaissances. L’imprimerie, elle aussi, a fait exploser les limites de la diffusion des connaissances et a contribué, entre autres, à transformer les conditions et les règles de l’apprentissage. Le livre a permis la lecture silencieuse et l’accès individuel à la connaissance. L’avènement du numérique a aussi transformé les règles de l’accès au savoir (temporalité et spatialité) ressentis comme nécessaires dans le sillon des transformations technologiques de l’époque. Les classes virtuelles, la visioconférence, les dispositifs pédagogiques en ligne (LMS) etc. sont tous des expressions d’une nécessité de mieux s’adapter à la déferlante technologique qui envahit tous les domaines. L’éducation et l’enseignement n’ont fait que s’y inscrire pour s’aligner à une transformation sociétale transversale. Bref, c’est pour dire que les MOOCs – et encore moins les cours par correspondance, la numérisation des contenus ou les LMS et le tutorat – ne constituent pas une nouveauté pédagogique en soi. Ils reprennent les caractéristiques des plates-formes d’enseignement à distance qui ont mis en œuvre les principes de la pédagogique constructiviste développée bien auparavant par les psychologues comme Piaget, Vygotsky, etc. Leur apport majeur est dans leur nom : la massification des apprentissages qui vient dans le courant d’un besoin sociétal universel de rendre accessible la connaissance au plus grand nombre de personnes n’ayant pas les moyens (ni le temps) pour suivre une formation dans aucune des formes précédentes d’apprentissage. Les MOOCs sont de ce fait une forme de réponse à des enjeux de société conçus et définis dans d’autres projets transversaux comme l’éducation pour tous ou la société des connaissances et du savoir qui remplace progressivement la société de l’information.

  14. Gaïa Empis de Vendremont

    Pourquoi afficher sous le titre « les mooc, une révolution technologique? »
    la représentation du tableau de Delacroix qui représente l’échec de la révolution de 1830?

  15. Merci pour le document très intéressant
    « Reimagining Learning: Richard Culatta at TEDxBeaconStreet ».

    et qui met en avant certains travaux qui utilisent les algorithmes.

  16. Isabel Martin Grande

    Bonjour à tous et toutes,
    Quelques chiffres….Avec 160.000 inscrits, le premier « cours en ligne ouvert et massif » (« massive open online course ») sur l’intelligence artificielle, proposé par l’université californienne de Stanford fin 2011, avait eu un retentissement sans précédent. En quelques mois, la plupart des grands campus américains mettaient en ligne des cours gratuits en vidéo, et lançaient des plates-formes s’adressant aux étudiants du monde entier. Il y a un an tout juste, l’université française y allait de son initiative, adoptant la solution Open edX, initiée par Harvard, le MIT, Stanford et Google, pour proposer des cours sur une plate-forme portant l’étonnant nom de FUN (« France Université Numérique »).
    Une sorte de fièvre est née, celle des MOOC « Bientôt, les étudiants du monde entier pourraient bénéficier à moindres frais d’un enseignement de haut niveau », voici ce que nous pouvions lire dans les médias.
    Le potentiel révolutionnaire se cacherait-il dans les outils technologiques ?
    Depuis le succès ne s’est toujours pas démenti, il y a toujours énormément d’inscrits, mais intéressons-nous plus précisément au fonctionnement même du MOOC, du système pédagogique qu’il offre aux inscrits étudiants.
    Trois critiques :
    1/ L’assiduité
    Plusieurs expériences ont montré que les participants ne s’emparent pas vraiment des espaces d’échanges ou des outils collaboratifs à moins que cette activité soit prise en compte dans l’évaluation. Les activités se résument quelquefois à une recommandation par semaine, en matière de correction, il n’y a pas toujours d’explications associées aux corrections automatiques des quizz, et les commentaires individuels sont le plus souvent inexistants.
    Est-ce des nouveautés à maîtriser ?
    Dès la fin 2013, une étude de l’université de Pennsylvanie donnait l’alarme : le taux de rétention, c’est-à-dire le pourcentage d’inscrits qui suivent un MOOC jusqu’au bout, est particulièrement bas, de l’ordre de 5 % à 10 % en moyenne – certains cours atteignant à peine 2 %. Et les étudiants les plus jeunes, que l’on imaginait très réceptifs à des enseignements en vidéo, se montrent en fait peu assidus : les inscrits qui suivent un MOOC jusqu’au bout ont généralement entre vingt-cinq et quarante ans, et sont donc déjà diplômés. « Cela montre que la formation initiale nécessite un environnement spécifique, car il faut au préalable avoir appris à apprendre », estime Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et auteur d’un article sur les MOOC dans le dernier numéro de la revue « Le Débat » (« MOOC ou vaches à lait », juin 2014). « Les MOOC ne sont pas adaptés à tout le monde, ni à toutes les occasions », renchérit Andreas Kaplan, enseignant-chercheur à l’ESCP Europe.
    2/ le coût de revient des MOOC
    Pourtant au départ, les MOOC ont été présentés comme une réponse à la crise du modèle de l’enseignement supérieur : aux Etats-Unis, en particulier, les frais de scolarité ont augmenté plus vite que l’inflation, alors que, dans de nombreuses universités, les chances de trouver un travail qualifié à la sortie se réduisaient. « L’éducation est l’un des rares domaines où le numérique n’a, jusqu’ici, pas entraîné de gains de productivité, analyse Antoine Compagnon. Au contraire, la numérisation y entraîne une hausse des coûts. Les MOOC sont donc apparus au départ comme un moyen d’obtenir des économies d’échelle, mais cela n’a pas été le cas. »
    Placer un professeur dans un décor comme au cinéma, devant une webcam pour obtenir un résultat pédagogique satisfaisant n’est pas du tout évident. Témoignage« J’’ai expérimenté avec nos équipes pédagogiques. Un cours magistral filmé présente à l’usage un manque d’intérêt pour nos étudiants ingénieurs. En effet, les statistiques démontrent « un zapping » des étudiants. Il ressort que l’interactivité et l’attractivité (forme et mise en forme) sont des critères importants de suivi pour les étudiants ingénieurs. »
    Les équipes techniques, l’utilisation d’un studio et les frais de montage font grimper la facture – un MOOC de qualité peut coûter 30.000 euros. A ces coûts s’ajoutent des frais humains, c’est-à-dire le temps passé à préparer les cours et à suivre les étudiants. A ce jour, aucun modèle économique ne permet de rentabiliser ces investissements, que ce soit la publicité, l’abonnement ou la facturation de la certification.
    Le MOOC est le mythe de l’université virtuelle. Et ce mythe de l’université virtuelle, où chaque étudiant se formerait à coût réduit et à domicile, n’a pas duré bien longtemps. A présent, l’enseignement supérieur voit les MOOC davantage comme un produit d’appel (pour faire venir de nouveaux étudiants) ou de complément (les étudiants préparent le sujet sur écran et approfondissent en classe avec le professeur, selon le principe de la « classe inversée »).
    3/La pédagogie, l’absence de tuteurs
    Ne pas Pouvoir poser des questions avec le professeur est un élément pédagogique est une critique récurrente.
    Pourtant, il faut tout de même noter des points positifs:
    La frénésie autour des MOOC vient du fait qu’ils sont en principe gratuits, caractéristique plutôt attractive lorsqu’il s’agit d’accéder aux écoles les plus connues, traditionnellement très coûteuses. En principe seulement, car certains cours ne sont parfois accessibles qu’à un public restreint et certains modules ou certaines « certifications » sont payantes. De plus, les MOOC ne sont pas le fait d’une résurgence de la philanthropie mais, de la compétition mondiale pour conquérir un marché en expansion. Nul doute qu’une fois placés, la plupart chercheront à rentabiliser leur investissement. Il est clair que dans un proche avenir, les MOOC auront également un impact sur la crédibilité que l’on accordera à certains diplômes universitaires, voire à certaines formations suivies. Viendra le moment où les employeurs demanderont à d’éventuels candidats s’ils ont obtenu leur diplôme pour un MOOC, ou non. Y aurait-il un classement, comme il en existe pour les grandes écoles et universités ?
    Si la qualité pédagogique demeure toujours aussi inégale, les MOOC risquent d’hériter des critiques que l’on attribuait jadis aux cours par correspondance.
    Pourtant, les MOOC sont une issue d’aide aux jeunes à vivre dans le monde futur, dans une société de l’information, où les technologies sont et seront dorénavant toujours omniprésentes.
    De multiples études ont démontré de manière indirecte que les MOOC permettent aussi aux étudiants de développer différentes compétences (autonomie, compétences informatiques, etc.) qui leur seront fort utiles lorsqu’ils s’inscriront à des formations à distance. Ils seraient donc susceptibles de mieux préparer les étudiants à suivre de telles formations.
    Les MOOC ont de ce fait contribué, et contribueront d’année en année, à faire connaitre au grand public les formations à distance et leur facilité d’accès. Les universités peuvent, à travers les MOOC, tester la popularité de nouveaux cursus, ou contenus de cours, à offrir éventuellement aux futurs étudiants non virtuels. Ils favoriseraient donc, la diversification de l’offre de formation en enseignement supérieur, notamment pour la formation continue. Certains éprouvent de l’appréhension, pensant que les MOOC créent une scission entre les techno-riches et les techno-pauvres, entre les hautes écoles et les universités publiques. Nous pensons, que ce ne sont ni, les technologies, ni les MOOC qui favorisent la réussite des étudiants, mais les usages qui en seront faits.
    Au final, la popularité grandissante d’une telle innovation montre également qu’il s’agit peut-être d’une prise de risque nécessaire, possiblement d’une innovation technologique dotée d’un potentiel impressionnant, tant pour le recrutement d’étudiants que pour l’expérimentation de différentes formules pédagogiques propres aux formations à distance. Plus que technologique, l’avantage des MOOC tient à leur apport novateur : notamment, ce que doit être l’enseignement dans un monde où la transmission du savoir est moins importante que la capacité d’exploiter ces savoirs. Au motif qu’il n’y a pas qu’un seul chemin pour améliorer les MOOC, beaucoup de questions cherchent encore leurs réponses. Mais quels que soient les choix faits, le succès dépend de l’adaptation et de la cohérence du projet pédagogique. De toutes les façons, l’arrivée des MOOC dans le monde universitaire ne se fera pas sans heurts.
    Y-a-t-il un futur pour les MOOC ?
    Témoignage : « Ma grand-mère institutrice dans les années 50-65, donnait de son temps pour ce qu’on appelait « les cours du soir ». Ce système de formation continue pourrait être revisité avec le Mooc. »
    La souplesse des cours en ligne convient bien à un public ayant une activité professionnelle, et la motivation est forte. A défaut de faire disparaître les amphithéâtres, les MOOC représentent peut-être l’avenir des « cours du soir ».

  17. matthieu-cisel

    Excusez moi de ne pas avoir publié vos commentaires plus tôt. Suite à une raison que je ne m’explique pas, je n’ai pas reçu de notification de commentaire. Mea culpa. Enfin, tout est bien qui finit bien. En revanche, je n’aurai pas le temps de répondre individuellement à ces excellentes contributions … Merci en tout cas !

  18. Pas de révolution pour moi… Je m’auto forme déjà bcp en ligne MAIS je note que la différence sera peut etre sur la complémentarité que pourrait apporter le formateur en présentiel. Pour moi on ne peut pas faire 100% MOOC si notre schéma d’apprentissage n’est pas celui ci… Donc je serais plutot partisane des MOOC pour ce qui touche aux savoirs et du présentiel pour du savoir faire (sauf bien sur ce qui touche à la bureautique). Mais je vais peut etre changer d’avis en pratiquant !

  19. Fabien LAMORT

    Du grand Matthieu CISEL, merci beaucoup !!!

  20. Emmanuelle Varo

    Bon, moi j’arrive un peu après la bataille…
    Pour faire court, je dirai que je me ravie de voir de nouveaux dispositifs qui ouvrent le champs des pratiques, qui permettent d’interagir avec des personnes de tout horizon, avec des universitaires, des chercheurs… Même si j’ai beaucoup de mal à suivre de façon assidue les formations, tout ce que je lis m’aide, quoi qu’il en soit, dans ma pratique et donne matière à réflexion.
    Bien convaincue qu’il n’y a pas de dispositif parfait, je pense que la place des MOOCs, des formations à distance autre, des formations hybrides, des présentiels, ont toute leur place… là ou je verrai l’innovation c’est plutôt dans la généralisation de la différentiation, qu’elle concerne les modalités d’apprentissage ou bien les contenus, ainsi que dans sa capacité à conduire les apprenants vers l’autonomie, la responsabilité, l’engagement et la création (la recherche).
    Quant à la valeur des diplômes… vaste débat à inclure dans la thématique de l’évaluation en général…
    Merci à vous tous pour ces pensées éclairantes.

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