Les MOOC, une révolution pédagogique ?

Ca y est, c’est le grand jour. La deuxième édition du MOOC « Monter un MOOC de A à Z » commence aujourd’hui 14h, et pour célébrer cet événement, je propose de lancer le premier débat : « Les MOOC sont-ils une révolution pédagogique ? » Ah,  cette sempiternelle question qui revient toujours sur le tapis à un moment ou un autre …

Et si l’on commençait par remplacer le terme « MOOC » par « cours » (si l’on considère le MOOC en tant que dispositif de formation), ou par « papier » (si on prend le MOOC comme un média ou comme une technologie), qu’est-ce que cela donne ? Les cours sont-ils une révolution pédagogique ? et Le papier est-il une révolution pédagogique ? On peut faire plein de choses avec des cours, ou avec du papier. Des confetti, des cocotes, des avions, et on peut même s’en servir pour écrire. Mais demander si le papier est une révolution pédagogique, vous admettrez que c’est assez idiot non ? C’était juste pour souligner l’inanité de la question.

Que l’on considère le MOOC comme un dispositif de formation ou comme un média, il est clair qu’il ne porte pas en soi une innovation pédagogique. C’est d’ailleurs vrai pour toutes les technologies, numériques ou non. La simple digitalisation de ressources (textes, cours magistraux filmés, etc) ne saurait constituer en soi une révolution pédagogique. Et si vous voulez une démonstration plus convaincante, regardez ce TEDx, où l’on explique la chose de manière remarquable.

La digitalisation a pour corrollaire l’accessibilité, pas l’innovation. On peut donc tourner la question autrement. La plus grande accessibilité à la formation permise par les MOOC est-elle une révolution ? Voilà une question nettement plus pertinente, mais bien trop complexe pour être traitée ici. Le caractère innovant d’un MOOC dépendra donc avant tout de la créativité des équipes pédagogiques, et ne saurait être attribué simplement à une technologie. La technologie ne porte pas en elle-même l’innovation pédagogique (j’enfonce un peu le clou, et les portes ouvertes). Par ailleurs, l’absence d’innovation n’est pas nécessairement une tare, et cette obsession de la nouveauté est parfois agaçante. Il y a des pédagogies anciennes (la plupart le sont) qui marchent très bien; l’important, c’est que la pédagogie soit efficace, pas qu’elle soit nouvelle (et vous aurez bien du mal à inventer de « nouvelles » pédagogies, soit dit en passant).

Elargissons un peu le débat (et je remets au passage ma casquette de défenseur de l’usage des technologies dans l’éducation) : le numérique permettra-t-il une révolution pédagogique ? N’en déplaise aux détracteurs des technologies éducatives, il est des pédagogies – aussi bien behavioristes, que cognitivistes ou constructivistes – qui ne peuvent être déployées sans l’aide du numérique. Je vous souhaite bien du courage pour mettre en place – sans outil informatique – des pratiques comme le test adaptatif ou l’écriture synchrone de documents, ne serait-ce qu’à l’échelle d’une classe.

Qu’à cela ne tienne, en quoi est-ce un problème (entends-je parfois) ? Avec en général un argument subtil et décisif pour ponctuer le tout: « La preuve que les approches traditionnelles marchent, c’est qu’on les applique depuis des siècles ». Bel argument circulaire s’il en est. Je constate simplement que ceux qui défendent cette position maîtrisent rarement le sujet, brillent par leur ignorance des outils et des pratiques, et s’assoient en général allègrement sur plus d’un siècle de recherches en pédagogie, en psychologie cognitive, en technopédagogie, et en sciences de l’éducation. Traiter avec dédain le travail de générations de chercheurs, c’est assez mal poli vous savez (surtout quand on est enseignant-chercheur). Après, cette position ne me dérange pas outre mesure tant qu’elle se base sur une connaissance solide du domaine et que ses défenseurs acceptent de se prêter sérieusement au jeu du débat contradictoire (ce qui est loin d’être toujours le cas).

Certains objecteront également que le problème des contraintes technologiques vaut dans les deux sens, et que s’il y a des pédagogies qui imposent l’usage du numérique, il y en a également qui ne peuvent être mises en oeuvre dans un cadre strictement virtuel. Quid des disciplines nécessitant des compétences manuelles et des apprentissages psychomoteurs (sciences expérimentales, médicales, etc) ?

Merci Capitaine Obvious.  Il est vrai que pour les aspects affectifs et psychomoteurs des taxonomies d’Anderson et de Krathwohl  (qui devraient être le B-A-BA de tout pédagogue), on peut s’interroger. Bien sûr, il y a des limites, mais sachez néanmoins que même pour les apprentissages psychomoteurs, l’on se sert de manière croissante d’outils de simulation perfectionnés pour apprendre à faire des opérations chirurgicales. Les pédagogies par simulation sont probablement sur le point de connaître un nouvel essor. Après, c’est sûr, les environnements de simulation un peu sophistiqués, ça n’est pas aussi répandu que les ordinateurs portables, mais ça, c’est une autre histoire. En attendant, quand les limites de ce que l’on peut faire avec un ordinateur auront été atteintes, vous m’appellerez.

Pour conclure, vous aurez compris que mon objectif n’était pas ici de répondre à la question, mais d’en discuter la pertinence. Les MOOC ne permettront une révolution pédagogique que quand les technologies éducatives qui les sous-tendent autoriseront la mise en oeuvre de pédagogies révolutionnaires (et quand on les utilisera correctement). Cela nécessite le développement et la démocratisation des technologies éducatives, entre autres dans les domaine de l’apprentissage collaboratif (le fameux Computer Supported Collaborative Learning, ou CSCL) ou de l’apprentissage adaptatif. Si la profusion des outils et des ressources ouvre des horizons, il y a encore du chemin à faire. Les plates-formes de MOOC sont encore limitées fonctionnellement parlant, et contraignent les pédagogies plus qu’elle ne les rénovent.

En attendant, s’il y a une révolution à faire, elle est plus idéologique que pédagogique. A mes yeux, c’est avant tout la reconnaissance institutionnelle de l’autoformation qui est en jeu. Pour qu’il y ait révolution, il faudra que les étudiants désireux de prendre en main leur propre formation fassent reconnaître la validité de leur démarche et aillent se battre pour leur droit à s’auto-déterminer. Le prestige des établissements à l’origine des MOOC facilite maintenant cette démarche, même s’il reste de nombreux obstacles à franchir (méthodes de validation des acquis, couplage avec l’institution, etc). Au regard de la longue histoire de l’affrontement autoformation/hétéroformation, je doute que cette « révolution » tant attendue puisse se faire totalement dans la douceur.

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